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31 mai 2013

Mystery & Imagination : Dracula


Réalisé par Patrick Dromgoole en 1968.
Scénario de Charles Graham, d'après le roman de Bram Stoker
Avec : Denholm Elliott, Bernard Archard, Susan George, James Maxwell, Joan Hickson, 
Suzanne Neve, Corin Redgrave...

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Sous la houlette de Thames production, la série Mystery & Imagination continue, à la fin des années 60, de délivrer pour le petit écran ses adaptation des grands classiques de la littérature fantastique. Bien évidemment arrive le tour de Dracula, alors que le personnage connaît un essor sans précédent sur le grand écran avec les films de la Hammer. Bien consciente de ne pouvoir déployer les mêmes flamboyances gothiques, l'équipe du film opte pour une approche tout à fait différente qu'accentue un noir et blanc qui sied particulièrement à l'atmosphère glaciale de cette adaptation plutôt déconcertante.

L'objet de la première remarque est bien sûr le scénario, qui en 80 minutes, remanie de façon conséquente le matériau de base. Si La Chute de la Maison Usher, fruit de la même équipe, brodait largement autour de la courte nouvelle de Poe, ce Dracula élague considérablement le long roman de Stoker. Lorsque le film commence, nous nous trouvons dans une cellule de l'asile du Dr Seward. Un dément à la crinière blanche qui pourrait être Renfield s'en évade et se rue dans le salon ou Lucy Weston et sa mère écoute la sonate au clair de lune. Lorsque le dément est maîtrisé et ramené dans sa cellule, l'homme au piano se lève : c'est le comte Dracula. Nous voila directement parachuté en centre de l'intrigue qui délaisse le préambule transylvanien. On apprendra par la suite que le patient de Seward est en fait Jonathan Harker (Corin Redgrave), retrouvé délirant à bord du Demeter qui amenait le comte à Londres, une explication qui n'est pas sans rappeler la découverte de Renfield au fond de la cale du navire dans le Dracula de Tod Browning (1931).


Tout se déroule ici dans un lieu unique, en de longs plans fixes, réminiscences des planches de théâtre qui ont vu naître la pièce d'Hamilton Dean, de laquelle cette adaptation s'inspire beaucoup, renforcées par le découpage en trois actes distincts. La staticité de la caméra n'empêche pas le réalisateur de mettre en oeuvre de belles idées visuelles qui font aussi office de raccourcis narratifs, comme le récits de la mésaventure d'Harker au château de Dracula, où sa rencontre avec les trois succubes prend une tournure quasi-expressionniste. 

Le téléfilm ne fait pas que bousculer la trame du roman, mais affirme sa volonté de démarcation en nous faisant découvrir le personnage de Dracula lui-même, sous un jour (si l'on peut dire) totalement nouveau. Le choix de l'acteur Denholm Elliott sonne comme un défi aux idées préconçues, très éloigné de l'image que l'on se fait du vampire valaque. Cependant l'acteur, dont on avait déjà pu admirer la performance en Roderick Usher dans le téléfilm de Kim Mills cité plus haut, assure une composition remarquable et arbore un look qui oscille entre une vision "modernisante" (un vampire gentleman, pianiste à ses heures perdues, chaussant ses lunettes à verres fumés qui lui donnent l'air distant et vulnérable d'une rock-star vieillissante) et un autre presque rétrograde (sa longue cape peu pratique avec laquelle il ne cesse de faire des moulinets, ses incisives  qui évoquent fatalement le Nosferatu de Murnau, son accent indéterminable...). 


Elliott est assurément l'élément le plus surprenant du casting, mais celui-ci reste tout à fait intéressant, Susan George et Suzanne Neve font d'excellents Lucy et Mina, la première ne cachant pas sa fascination pour le comte, et la seconde tentant désespérément de faire revenir Jonathan à la raison. On notera qu'Arthur Holmwood et Quincey Morris ont été évincé de l'intrigue pour permettre le développement de personnages de second plans, notamment la mère de Lucy, interprétée par la future Miss Marple, Joan Hickson.

Le principal intérêt de cette adaptation réside donc dans son approche quelque peu marginale, mais c'est sans compter sur le savoir-faire d'une équipe qui met tout en oeuvre pour délivrer un conte d'épouvante qui en cela conserve l'esprit du roman de Stoker. Parmi toutes les adaptations télévisuelles du roman, le Dracula de Patrick Dromgoole est  à ce jour la plus ancienne visible et à ce titre mérite largement qu'on s'y attarde.

15 nov. 2011

Oscar Wilde et le Nid de Vipères

Roman de Gyles Brandreth



Impeccable dandy à l'élégance excentrique, Oscar Wilde ne manquerait jamais une soirée mondaine en compagnie d'Arthur Conan Doyle. Surtout si elle est donnée par l'une des femmes les plus en vue de Londres, la duchesse d'Albemarle. Mais la mort brutale de leur hôtesse entraine les deux brillants compères dans une enquête au plus près des secrets de la couronne.




Cette quatrième entrée dans la série des Oscar Wilde's Murder mysteries se déroule en 1890 et rappelle par bien des aspects le brillant Jeu de la Mort (qui lui prend place en 1892), ne serait-ce que par la présence encore une fois aux côtés de Wilde, de Conan Doyle et de Bram Stoker. D'ailleurs, clin d'oeil probable à Stoker qui commence ici à s'intéresser de près aux vampires auquel il consacrera "le plus beau roman du siècle", le roman adopte la forme épistolaire et celles des journaux et carnets des différents protagonistes.

Si les enquêtes précédentes devait s'adapter au caractère indolent de notre cher Oscar, celle ci rompt brutalement le rythme instauré auparavant. Plus question ici de trainer au Savoy sur des pages et des pages ! Même si Wilde ne peut se passer d'un repas convenable (qui se résume souvent pour lui à une boutielle de Perrier-Jouët) avant de mettre en branle ses cellules grises, c'est sans compter ici sur le dynamisme d'un Arthur Conan Doyle omniprésent, qui secoue de temps en temps son ami absorbé dans ses mots d'esprits.

Comme je l'ai dit plus haut, le roman emprunte au Dracula de Stoker sa forme littéraire, et un peu plus que cela, puisqu'un petit tour au cimetière avec le club des vampires de Londres va apporter au récit une petite dose vaguement fantastique (D'ailleurs, Oscar ne serait-il pas un peu le vampire qui tenta de ravir à Bram, Florence Balcombe, la plus jolie fille d'Angleterre ?). La présence d'un vampire dans l'histoire, qui va d'ailleurs troubler (et pas qu'un peu) Oscar, semble déterminer en quelque sorte l'orientation de la saga, puisque le prochain tome s'intitule "The Vampire Murders".

Si l'intrigue, remarquablement complexe au départ -faisant intervenir Charcot et son discours sur l'hystérie, les coucheries du Prince de Galles, les vampires de Londres et les danseuses du Moulin Rouges- se clot de manière trop discrète, malgré le génie d'un Oscar que Brandreth continue de dépeindre magistralement à travers Robert Sherard, elle réserve de nombreuses surprises et The Nest of Vipers est encore une fois une lecture formidable, tant les protagonistes nous sont devenus familiers !

30 juin 2010

Dracula The Undead

Roman de Dacre Stoker et Ian Holt

En 1888, un groupe de six intrépides a réussi à détruire Dracula aux portes de son château de Transylvanie. Vingt-cinq ans plus tard, ils se sont dispersés mais le souvenir de cette périlleuse aventure où l'un d'eux à laissé sa vie les poursuit. Combat quasi mystique contre les forces du mal, vengeance d'amoureux endeuillés ou inextinguible jalousie : les raisons mêlées de leur acte continuent de perturber leur existence et la disparition du prince des ténèbres n'a pas apaisé leurs tourments.
Une mort inexpliquée devant un théâtre parisien et un deuxième assassinat d'une effroyable cruauté au coeur de Londres vont réveiller la peur. Du Quartier Latin à Piccadilly, l'ombre de Dracula semble à nouveau planer... Les héros d'autrefois devront faire face à un ennemi insaisissable aux attaques sournoises et d'une violence inouïe, mais aussi à leurs propres démons.


Cette suite "officielle" tant attendue du superbe roman de Bram Stoker se déroule 25 ans après les évènements relatés par ce dernier et qui selon les auteurs ont eu lieu en 1888 (on tentera de ne pas rire). Les intentions de Dacre Stoker et de Ian Holt sont louables et on ne peut nier la hardiesse du geste, puisque le roman à pour but la réappropriation du personnage de Dracula par le nom qui l'a fait naître : Stoker. Avançant comme ligne directrice une fidélité inédite à l'oeuvre de Bram Stoker, les créateurs de cette séquel se sont pourtant, j'en ai peur, perdus dans la masse des informations récoltées sur le personnage, que ce soit au niveau historique, littéraire ou cinématographique.
La quatrième de couverture parle des "héros d'autrefois", et cet "autrefois" est à souligner trois fois, puisqu'il serai plus judicieux de parler de ce qu'il reste de ces héros, tombés en déchéance. Après une lettre presque inopportune de Mina adressée à son fils qui résume tant bien que mal en quelques pages l'aventures que Stoker a mis 580 pages à relater en guise d'ouverture, on retrouve les noms connus du roman, Seward, Harker etc, qui 25 ans après avoir affronté Dracula, sont devenus, pour le premier, morphinomane au dernier degré et obsédé par la traque du mal qui rode dans l'ombre, pour le second, un alcoolique antipathique et con, qui a toujours en travers de la gorge l'idylle entre sa fiancée et le monstre. Une idée intéressante que de désolidariser les protagonistes qui en sont réduits à l'état d'épaves, ce qui est le cas pour toute la bande, sauf pour Mina, qui, il faut bien l'avouer ne fait que rêver à Dracula, entre désir et culpabilité.
Parmi les nouvelles têtes, on trouve bien évidemment le jeune Quincey Harker, évoqué brièvement dans la note finale du roman d'origine, qui a bien grandi et qui a pour ambition dans la vie outre de contredire son père à tort et à travers, de devenir acteur... Autant le dire tout de suite, Quincey a l'épaisseur psychologique d'une feuille cançon et il est pourtant tout l'enjeu du roman, lui qui représente la jeune génération. Grande idée qui est celle de situer les premiers évènements à 1888 n'est-ce pas ? Cela permet de lier Dracula à Jack l'éventreur et de faire intervenir un personnage présent dans les notes originales de Stoker mais évincé du roman : l'inspecteur Cotford, qui a, 25 ans auparavant assisté Abberline dans son enquête au coeur des ténèbres de Whitechapel et ne s'est toujours pas remis de l'échec, un gros baton dans les roues de Mina et compagnie... Oh et puis, n'oublions pas que la pire menace qui plane sur nos protagonistes n'est pas Dracula, mais en fait la comtesse Elizabeth Bathory, vampire et psychotique de son état qui joue avec tout ce beau monde comme avec un gigantesque échiquier.
Je pense avoir posé les bases essentielles et avoir mis en exergue quelques unes des plus importantes des grosses ficelles tirées par le duo qui promettait pourtant des merveilles. Tout d'abord notons que le roman s'émancipe du style épistolaire de son modèle, et s'émancipe d'ailleurs de toute notion de style : en français comme dans le texte, cet Immortel est écrit avec une platitude effarante ! On pourra aussi remarquer que les premiers chapitres ne sont aucunement crédibles, bourrés de références grossières éparpillées ça et là comme si de rien était... hélas, ces furoncles référenciels n'ornent pas seulement les premiers chapitres, mais se font heureusement plus discrets par la suite, mais pas pour autant plus fins, on croisera ainsi un sergent Lee, un agent Price ou un Dr Langella, et même le Titanic... quand je vous parlais de la masse d'information dans laquelle il est si facile de se perdre à force d'excès de zèle.
Dracula The Undead a au moins le mérite de se lire facilement malgré l'épaisseur du volume, et gagne en intérêt avec l'apparition dans l'intrigue de Bram Stoker himself qui (nous sommes en 1912 rappelons-le) tente de mettre en scène son Dracula au Lyceum de Londres, épaulé par Hamilton Dean. Encore une fois, c'est intéressant, mais ça n'est jamais très crédible, Stoker doit jongler avec son statut d'auteur du roman Dracula (un des intrépides lui a tout raconté, mais lequel ? Une sous-intrigue assomante et dont l'issue est complêtement bancale) et d'acteur des évènements. Le mérite de Ian Holt et Dacre Stoker est au moins d'avoir su rendre tout à fait clair ce méli-mélo narratif, qui n'en demeure pas moins insatisfaisant. Tout espoir que donne Dracula the Undead en terme de qualité, il l'anéanti presque aussitôt avec de navrantes révélations, des retournements abracadabrants de situations, et tout est perdu lorsque Dracula fait véritablement son apparition. Certes, le noble guerriers est plutôt bien dépeint, mais jamais au grand jamais, on ira croire qu'il a changé Lucy en vampire pour la sauver des erreurs de transfusion de van helsing qui la conduiraient à une mort certaine. Tout comme on ne croira jamais à cette image d'un Van Helsing, l'instant d'avant sénil, l'instant d'après, le regard rougeoyant, clamant "rejoignez-nous dans les ténèbres !". Je dirai à mon grand désespoir que le mieux est encore d'en rire.
Je reste, comme chacun le sait un grand amoureux de Dracula et j'apprécie le travail fourni par Ian Holt sur le sujet, mais je ne peux cacher ma déception qui est à la hauteur de l'admiration que j'ai pour le personnage créé par Stoker et la fièvre qu'il a engendré dans la littérature comme au cinéma. Au mieux, ce Dracula The Undead, dans lequel le personnage de Dracula n'est qu'un joli concept, pourra être qualifié de sympathique divertissement, un bien misérable qualificatif pour une suite qui avait pour but de témoigner au Dracula de Bram Stoker tout le respect qui lui était dû et qui a mis 110 a venir !

18 oct. 2009

Anno Dracula


Roman de Kim Newman, publié en 1992.
Avon Books (fiction) n°72345.
403 pages.
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1992, grande année pour un certain vampire, c'est en effet l'année de la sortie du fameux Bram Stoker's Dracula de F.F. Coppola. Les années 90 dans leur globalité ont été une décénie intéressante pour le vampire puisque, plus que les films, les romans autour du personnages ont été somme toute prolifiques. On peut citer en vrac la saga de Fred Saberhagen, débutée avec Les Confessions de Dracula (suivront Les dossiers Holmes/Dracula et une floppée d'autres), l'excellente sequelle de Freda Warrington, Le Retour de Dracula, ou encore le pastiche savoureux de Tony Marks, L'Autre Dracula. Ces romans sont aujourd'hui malheureusement de grands oubliés de nos librairies (même si la sortie récente de Dracula The Un-Dead, par Dacre Stoker va peut-être changer la donne) et Anno Dracula ne fait pas exception !
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Nous sommes en 1888, et l'Angleterre est sous le joug d'un nouveau prince consort, en effet la Reine Victoria est l'épouse du Prince Vlad Tepes, connu dans toute l'Europe sous le nom de Comte Dracula ! L'ère des vampires est arrivée, une ère de décadence et d'oppression dont le symbole radicale est la tête d'Abraham Van Helsing...au bout d'une pique, pourrissant devant Buckingham Palace. Mais tandis que Londres sombre peu à peu dans les ténèbres, un minutieux tueur en série s'applique à dépeupler les bouges de Whitechapel en éventrant les prostituées...l'affaire semble assez banale jusqu'à ce qu'un message à la craie apparaisse sur l'un des murs d'une ruelle "Vampires will not be blamed for nothing" dès lors, l'affaire recquiert l'intervention des services secrets, menés par un Mycroft Holmes désabusé.
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Voila pour la petite histoire, un pitch intéressant pour un cross over sinon maintes fois vu, maintes fois fantasmé. Mais en dehors des grandes lignes qui revisitent la chûte de Dracula et les évênement de 1888, qu'offre réellement Anno Dracula ?
Kim Newman, dandy des temps modernes ancien artiste de cabaret et spécialiste des vampires sous toutes leur formes réussit à nous emmener dans un londres ténébreux plus vrai que nature et à nous faire cottoyer les protagonistes les plus connus du monde littéraire de l'époque, auteurs comme personnages, c'est ainsi qu'on croisera le temps d'une reception Florence Stoker, veuve de l'opposant Bram Stoker, riant flûte de champagne à la main, d'un trait d'humour piquant de Lord Godalming, ce cher Arthur que nous avions quitté chaud et que nous retrouvons froid comme la mort mais toujours aussi vif, pour une petite autopsie, ça sera avec le taciturne et frèle Dr Jekyll qui partage un antique laboratoire avec le Dr Moreau, on retrouvera dans les bureaux de Scotland Yard l'inspecteur Abberline désemparé, Sir Charles Warren qui risque sa tête et qui passe ses colères sur un Lestrade "jeune-vampirisé", un Dr Seward Nevrosé, et le temps d'une entrevue à Buckingham palace, un Josef Merrick effacé, Une veuve Harker qui s'est plutôt bien remise, Un prince Consort féroce et une reine qu'on sort, littéralement.
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Inutile de vous préciser que les choses vues sous cet angle rendent la lecture savoureuse sans que pour autant le tout paraisse trop léger. Kim Newman ne propose pas une telle galerie de personnages pour rien et l'utilise au mieux, même si certaines figures sont par trop sous-employées. En plus de ses figures connues, il est agréable de découvrir de nouvelles têtes avec Charles Beauregard, employé par la Diogènes Society et surtout, le personnages le plus remarquable du roman, Geneviève Dieudonné, une "ancienne" plutôt avant-gardiste, élégante et petillante, si vivante qu'elle parait traverser les pages !
Avec le personnage de Dracula, Newman réussit un petit tour de force, car la figure malfaisante est presque absente de l'intégralité du livre, mais elle est sans cesse suggérée et l'oppression qui règne dans Londres est la digne conséquence des menaces apocalyptiques proférées par le comte dans le roman de Stoker.
Il serait dommage de divulguer un quelconque pan de l'intrigue tant toutes les surprises que recèle Anno Dracula sont délicieuses et souvent d'une extraordinaire complexité, depuis la révélation concernant l'identité de coupable jusqu'à une foule de références qui feront la joie des amateurs de littérature et de cinéma vampirique !
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Anno Dracula est un véritable roman gothique, sombre et remarquablement écrit, d'autant plus remarquable qu'il s'affranchit du style épistolaire du Dracula de Stoker, duquel tant d'auteurs s'étant essayés à l'exercice n'ont pas su se détacher : Un magnifique hommage et un premier tome brillant pour une trilogie trop peu connue.

29 mars 2009

Oscar Wilde et le Jeu de la Mort

Roman de Gyles Brandreth

Facétieux Oscar Wilde !
Après avoir choqué tout le monde par ses boutades lors de la première triomphale de L'Eventail de Lady Windermere, le voici qui propose à ses amis une curieuse activité pour les distraire : Le jeu de la mort. Chacun inscrit sur une feuille de papier le nom de la victime de son choix et aux participants de deviner qui veut tuer qui. Mais quand la mort commence à frapper les victimes potentielles dans l'ordre exact où elles ont été tirées, le drame succède à la comédie.
Flanqué de son fidèle ami Robert Sherard, et assisté par Arthur Conan Doyle, Bram Stoker et le peintre Walter Sickert, Wilde mène l'enquête avec plus de zèle que jamais...Car son nom, et surtout celui de Constance, sa femme, figurent sur la liste funèbre...




Gyles Brandreth, véritable amoureux passionné d'Oscar Wilde, récidive après Le Meurtre aux Chandelles, avec ce Jeu de la Mort, plus long, plus riche et plus audacieux, qui surpasse aisément le premier. Réunissant de nouveau le tryptique de départ, à savoir Wilde, Sherard et Conan Doyle, l'histoire nous fait entrer dans un mystère sombre digne d'un Agatha Christie, ou d'une aventure de Sherlock Holmes, et fait aussi participer toute une galerie de personnages réels qui composaient au début des années 1890 l'entourage probable de Wilde, ainsi, parmi les amis d'Oscar, on croisera à mainte reprise Bram Stoker, en passe d'écrire l'oeuvre que Wilde qualifiera de "Plus beau roman du siècle", j'ai nommé Dracula, Le peintre Walter Sickert, et bien d'autres (Lord Dumlanring et son jeune frère Lord Alfred "Bosie" Douglas...), qui nous sont présentés comme un cercle d'amis concentrés autour de ce noyau dur.

La base de l'enquête peu paraitre fort simple, elle l'est en réalité, il s'agit simplement de trouver qui aurait eu un mobile assez fort pour éxécuter sa victime, puis d'executer les autres pour faire croire à une sombre plaisanterie à laquelle le jeu aurait servit de prétexte. Mais ce qui est véritablement passionnant dans ce nouveau tome, c'est l'exploration constante et toujours plus poussée de la personnalité d'Oscar, qui sous la plume de Brandreth semble revivre, et ne pas faire figure de simple détective. C'est tout un pan de la vie de l'homme qui nous est dévoilé avec une étonnante véracité, ainsi que de la vie de Constance Wilde, de Robert Sherard et des autres. Basé bien sûr sur une solide réalité, le roman devient un témoignage poignant d'une société artistique victorienne que l'on ne peut que regrette à présent, j'ai bien souvent au cours de ma lecture soupiré en pensant "comme j'aurai aimé y être" (^_^).

Polar victorien diablement efficace, mais aussi vibrant hommage au grand homme qu'a été et que reste éternellement notre immortel Oscar Wilde, cet opus des Oscar Wilde's murder mysteries avec son épilogue mélancolique ne semble malheureusement pas appeler une suite...mais qu'une suite soit en préparation ou non, deux tomes suffisent d'hors et déjà à faire de Oscar Wilde's murder mysteries l'une des plus brillantes saga littéraire qu'il m'ait été donné de lire !

Par ici pour lire la critique de Perséphone !

8 mars 2009

Bram Stoker's Dracula's Guest

Réalisé par Michael Feifer en 2008.
Avec Wes Ramsey, Andrew Bryniarski, Kesley McCann, Dan Speaker...

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Bram, jeune clerc de notaire et Elizabeth s'aiment, malheureusement, le père de cette dernière n'y croit pas et exige que les amant se séparent pendant un an et ne se marient que si la flamme persiste d'ici là. Bram se résigne à cette décision, mais Elizabeth, furieuse contre son père et refroidie par un amant si peu combatif s'enfuit. A la gare de King cross elle tombe sur le Comte Dracula et se console auprès du vampire, qui l'enlève pour la ramener en Transylvannie. Apprenant cela, Bram se jure de ramener sa bien aimée, quoiqu'il lui en coute.

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2008 n'a pas été une année riche en vampire, drôle de choix que l'été 2008 donc pour faire revenir sur les écran (le petit du moins) le personnage de Bram Stoker...mais Michael feifer aligne les "drôles de choix" avec ce Dracula's Guest à l'affiche fort alléchante (qui copie légèrement celle d'Entretien avec un vampire).
L'Invité de Dracula est en réalité le premier chapitre du roman Dracula, qui peut être vu de 2 façon, soit comme le récit du voyage de renfield, expliquant comment il a sombré dans la folie, soit comme une prmeière tentative de Jonathan harker de parvenir au château de DRACULA. Ici, il faudrait plutôt traduire le titre par L'Invitée de Dracula (aucun rapport avec le roman de Françoise Sylvie Pauly), puisque la jeune personne qu'il accueille en sa demeurre est une femme. Parti de là, l'hypothèse du "Bram Stoker's" ne semble plus vraiment tenir debout. Le parti pris du film, de confronter l'auteur au personnage en ancrant le récit dans la réalité est asses intéressant, on pense tout de suite qu'on va se voir raconter comment Stoker en est venu à écrire Dracula, et finalement...non
Le personnage principal du film est donc Bram Stoker himself...un homonyme dirai-je, puisque Wes Ramsey aussi mignon soit-il ne fait pas illusion, jamais, il ne pourrai passer pour l'écrivain irlandais, même vu dans sa jeunesse. Première déception, le film n'entretient donc, malgré sa tagline, aucun rapport historique avec Stoker qui se retrouve grossomodo avec le statut de Jonathan Harker tandis qu'Elizabeth ( Kesley McCann) prend la place de Mina.
L'époque est assez mal déterminée, en se référent à l'âge des personnages on peut imaginer que le tout se déroule en 1870, et, comme semble nous l'indiquer une étrange didascalie apparaissant après l'introduction (qui est en fait la fin du film), ne tient qu'en une semaine (quand on sait que ce film reprend globalement la trame du roman de Stoker et que dans ce dernier l'action est étale sur 6 mois...). Les costumes sont affreusement anachroniques, et Londres est totalement absent alros que plus de la moitié du film s'y déroule.

Suite à ces constatations premières, il est temps d'entrer dans le film :


Le début laisse entrevoir une once de beauté esthétique ainsi qu'un scénario qui s'il ne casse pas des briques, tenderai à mélanger Raison et Sentiment avec Dracula, on passera sur l'accent américain très marqué et presque vulgaire de nos suposés anglais, pour apprécier une jolie scène de duel sur la plage. On passera aussi sur le plan suivant, nous présentant un Londres en ombre chinoise, visiblement une silhouette découpée dans du carton et posée au dessus d'un bassin évoquant pauvrement la Tamise ; l'effet peu paraitre artistique et ne pas être incombée à un budget microscopique, il semble même recherché.
Là ou le bât blesse c'est lorsque l'on découvre Dracula, dans le burreau de Bram Stoker. Andrew Bryniarski, s'il n'est pas obèse, a plutôt un physique de catcheur que de Dom Juan vampirique, et l'attitude du comte ne correspond en rien au personnage de Stoker...






Bon j'arrête, vraiment, je vous jure que j'aurai voulu être gentil avec un film récent qui met en scène Dracula, ils sont si rares, mais malheureusement, s'il ya quelques exceptions comme Le Dracula de Bill Eagles, la plupart sont tristement mauvais, c'est le cas vous vous en doutez de celui ci...J'ai eu beau passer sur nombre d'erreurs, au final je n'ai pas vu grand chose, puisque je n'ai fait que passer, sur tout...

Produit américain par excellence, Dracula's guest aligne les clichés, qu'ils soient vampiriques ou non, et pas les meilleurs.

Premièrement, il reprend l'idée du périple à travers l'Europe pour poursuivre Dracula, ce qui implique dans le film que Bram, seul, fasse : Londres-Paris par mer, paris-Borgo sur terre en moins de 4 jours (le tout se déroulat sur une semaine, on peut penser que le lundi matin, il demande Elizabeth en mariage, le lundi après midi le père refuse, le lundi soir Elizabeth s'enfuit, lundi soir toujours elle se retrouve comme par magie au château de Dracula, mardi matin, Bram est informé de sa disparition, mardi après midi, Dracula est de retour en angleterre pour tuer l'ami de Bram qui l'a préveu, mercredi matin, Bram est en route, mercredi soir il est à paris, Jeudi matin,il est en vue de la transylvanie, jeudi soir il y est, Vendredi matin il trouve Elizabeth dans un cachot, Vendredi après midi, ils sont empêchés de s'enfuir, samedi midi, le père d'Elizabth s'amène, samedi soir s'en est fini de Dracula, et Dimanche enfin les amants peuvent se marier ! pffiou) ! le traget lui même est censé prendre largement plus d'une semaine au 19ème siècle ! Surtout que le jeune et fringant étalon est à pied...

Au niveau de la psychologie du vampire elle est réduite à son stricte minimum, Feifer a révisé ses classiques, un peu de sang, un peu de sexe... Pour ce qui est du sang on a déjà eu quelques exemples, classiques mais bienvenus...le sexe va être une toute autre pair de manche (les acteurs en sont de beaux déjà, de manches...). Bryniarski n'a rien du vampire sensuel, et je doute qu'une jeune femme saine d'esprit ne lui offre spontanément sa virginité, surtout lorsqu'elle a été amené contre son gré dans un soi-disant château des Carpates qui est en fait une des nombreuses cryptes de luxe de Los angeles... Alors la phrase clé du film, qui n'intervient qu'au bout d'une heure et dix minutes va nous faire toucher du doigt la pire subversion qui soit : "he raped me Bram !"...C'est un scoop mesdames et messieurs, Dracula, maintenant ne se contente plus de boire le sang, il viole ! L'escalade dans l'horreur, on ne peut plus faire confiance à personne ! C'est à ce moment précis que dans les chaumières on bouches les oreilles du cadet en priant que le vilain aille vite en enfer...

Ce qui se fait somme toute assez rapidement, après quelques vagues reflexions sur la possible impuissance sexuelle de Bram (Le personnage, pas l'auteur), nos deux amants dans une impasse, se voient sauvés in-extremis par le père D'Elizabeth qui, semble bien connaitre Dracula et est bien décider à l'envoyer Ad Patres.

Avant ça il faut souligner que Bram fait escale à Paris ou il tombe sur un tribue de clodos au français approximatif qui n'ont à la bouche que des histoires obscures de révolution et de waterloo...fallait-il vraiment que Feifer se sente obligé de nous montrer qu'il avait fait des recherches sur l'histoire de france avant d'y situer un pan de son action ? La scène donne lieu à un bon fou rire, tant d'anachronisme est forcément voulu, non ?

Papa d'Elizabeth et Violeur d'Elizabeth (je me refuse à appeler cet homme 'Dracula') s'empoignent donc au final,dans un duel au sabre plus qu'improbable, filmé par un épileptique en pleine crise, tout en ressassant se faisant leur rencontre précédente sur laquelle on ne saura pas grand chose...et alors que tout semble perdu pour nos héros comme pour le film, la victoire de papa d'Elizabeth sur Violeur/catcheur les sauve de la m**** dans laquelles ils s'étaient fourrés tandis qu'elle enfonce encore un peu plus le film dans celle qu'il s'est créé : Transpercé apparemment de part en part par un sabre imaginaire, Dra...euh le violeur pas beau, s'écroule grimaçant et criant de sa voix grave "I am Immortal" avant de disparaitre. Sur ce papa d'Elizabeth vient nous dire qu'il faut vite rentrer, on a un mariage à célébrer !



Tout est donc bien qui fini bien, Dracula's guest s'est vautré en beauté, possédant au départ une base des plus intéressante, il ne marche pas, mais court dans la facilité, mais la morale est sauf pour les petits américains, Dracula, le pas beau le vilain est mort et papa d'Elizabeth est revenu sur sa décision...ah mais non ?! mais attendez Nooon ! regardez !
Alors que le deuxième plan du Londres en carton nous est montré, on entend à nouveau la voix du monstre : "I am Immortal"...Le nanard aussi est immortel : Merci Lionsgate !

21 janv. 2009

DRACULA

Réalisé par Bill Eagles en 2006.

Avec David Suchet, Marc Warren, Sophia Myles, Dan Stevens...
D'après le roman de Bram Stoker.

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Lord Arthur Holmwood, après avoir demandé en mariage Lucy Westenra, se rend au chevet de son père mourrant qu’il n’a pas vu depuis de longues années. Le médecin de ce dernier avoue à Arthur que son père est victime de la syphilis, qui a également provoqué le décès de sa mère et qu’il est sûrement lui-même atteint par cette maladie du sang. Alfred Singleton, membre d’une confrérie satanique, propose alors au jeune Lord une solution : faire nettoyer son sang par "leur maître" : le Comte Dracula. Pour ce faire, Arthur doit réussir à faire venir à Londres Dracula, qui vit en Transylvanie…
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La BBC s'était déjà essayé avec succès à l'adaptation dy mythe de Dracula en 1977 avec l'excellent téléfilm de Philip Saville avec Louis Jourdan dans le rôle du comte (Count Dracula). Trente ans plus tard la chaine retente l'aventure avec ce Bram Stoker's Dracula qui fait polémique, notamment à cause des écarts pris avec le matériaux d'origine et qui pour beaucoup font passer le "Bram Stoker's" du titre comme un mensonge pur et simple.

Le film de Bill Eagles frappe d'entrée de jeu par son esthétique et sa photographie magnifique, les décros sont sublimes et rendent superbement hommage au roman de Stoker, avec leur majestée gothique et leur beauté plastique. Le plus beau plan étant pour moi celui de la carriole d'Harker arrivant au château de Dracula :


Dracula d'ailleurs n'apparait que tard dans le film, qui se focalise plutôt sur les problèmes de couple de Lucy et Arthur qui devienne les principaux acteurs du récit, tandis que Harker n'est plus qu'un outil et Mina ne trouve son importance qu'encore plus tard. C'est dans ce postulat que réside les principaux changement par rapport au roman. Eagles introduit la Syphilis dans le scénario et l'invoque comme la raison de la venue du Comte en Angleterre. cela donne lieu à quelques scènes choc comme la première rencontre avec le père Holmwood, rongé par la maladie, ou à celle qui font exploser la folie latente d'Arthur. la tension qui grandit entre les jeunes mariés, Lucy et Arthur va crescendo de façon très fluide, Lucy se plaint que son mari ne la touche jamais, sa frustration est l'état idéal dans lequel la vcueillera le vampire lors d'une scène fortement érotique où Dracula la rejoint dans son lit. Jonathan et Mina eux, forment un couple impossible, chacun d'eux est encore vierge et se réserve pour un mariage qui n'arrivera jamais, Jonathan meurt en transylvanie vidé de son sang par le comte qui retrouve du coup son aspect juvénil (séduisant Marc Warren).

Au niveau du casting c'est un sans faute, Marc Warren campe un Dracula, qui vaut bien Garry Oldman, mais dont le rôle se rapproche plus de celui d'un Frank Langella, son maquillage est superbe et son regard à la Malcolm McDowell fait beaucoup. Sophya Myles est certainement celle qui en impose le plus dans le film, une lucy au caractère fort et dur et à la beauté classique envoutante et Dan Stevens, parfait dans le rôle d'un Arthur assez salaud et égoïste. le bat blesse un peu du côté de Van Helsing, qui devient u mixe entre le chasseur de vampire bien connu et le malade Renfield (uqi est d'ailleurs occulté du récit). Interprété par un David Suchet toujours merveilleux, Van Helsing ici craint Dracula plus que tout et semble un peu dérangé, probablement à cause d'une longue peridoe d'enfermement dans un cachot du comte...le rôle reste néanmoins intéressant car il propose une belle variante du personnage et une origine à sa haine du vampire.


En résume malgré qu'il s'écarte à mainte reprise du récit et de l'esprit du roman, Dracula par Bill Eagles reste une réussite esthétique quasi parfaite et une approche original de l'histoire écrite par Stoker, dont les décors et les acteurs frôle à tout moment la perfection. A ne pas manquer !

18 janv. 2009

Le Retour De Dracula par Freda Warrington

Roman de Freda Warrington publié en 1997 aux éditions Calmann-Lévy. 312 p.
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Sept ans après la mort de Dracula, Mina et Jonathan Harker accompagnés du Professeur Van Helsing retournent en Transylvanie pour s'assurer que la malédiction est bien levée. Lorsqu'ils arrivent sur les lieux, l'étrange sentiment de malaise qui les étreint se disspie vite quand il font la connaissance du professeur Kovacs et de sa nièce Elena. Mina, séduite par celle ci l'engage comme gouvernante et l'emmène en Angleterre. Très vite la jeune femme en vient à se demander si le voyage n'a pas réveillé les démons du passé...l'ombre de Dracula plane de nouveau sur les ruines de Carfax. Pendant ce temps, Kovacs se met en tête de retrouver la Scholomance, l'école du diable par laquelle Dracula aurait acquit l'immortalité.

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Donner une suite au pavé virtuose de Bram Stoker n'a rien d'une mince affaire, nombreux sont ceux à s'y être cassé les dents. Cependant, ça et là, on déniche quelque petites perles comme la trilogie de Jeanne Kalogridis (Pacte avec le vampire...), ou le roman de Françoise-Sylvie Pauly (L'invitée de Dracula) et bien sûr la plus célèbre de toutes : Le retour de Dracula par Freda Warrington.

Force est d'admettre que l'auteur s'en sort remarquablement bien dans cet exercice et parvient à retrouver le style évocateur du roman original sans pour autant en faire une copie conforme. Au fil d'un récit formé de lettres de journeaux intimes et d'articles de presse elle parvient à rendre la tension du roman d'origine tout en jouant sur tous les registres pour susciter l'épouvante et l'émotion.

On retrouve avec plaisir les personnages du Dracula de Stoker, 100 ans après, avec 7 ans de plus, mais inchangés, toujours aussi attachants, toujours aussi ambigües. Freda Warrington nous fait découvrir un peu plus en profondeur les zones d'ombre des personnages qu'elle parvient à faire siens ; la fascination de Van Helsing pour le vampire, l'attirance trouble de Mina pour cet amant d'outre tombe, la jalousie déplacée de Jonathan. Elle fait aussi intervenir de nouveaux arrivants, comme la famille Kovacs qui sera sans le savoir le moyen pour Dracula de revenir à la vie, le jeune fils de Mina et Jonathan, Quincey Harker dont le rôle dans le récit à une grande importance, ainsi qu'une autre menace, bien plus terrible que Dracula et qu'il va falloir combattre...

Et bien évidemment Dracula est au centre du roman, bien plus qu'un prédateur sans voix, il est ici l'un des acteurs principaux et nos petits croisés (Harker, Holmwood, Morris, Seward...) ne monopolisent plus les pages avec leurs discours égocentriques et bornés. Si Dracula revient c'est bien sûr pour récupérer Mina, mais c'est aussi l'occasion de rendre justice au personnage et d'en faire enfin le héros tragique qu'il n'avait pas pu devenir jusqu'alors. Le vampire qui n'avait pas ou très peu la parole dans le roman de Stoker entrouvre ici son coeur glacé mais avec réserve et même parfois avec tendresse et une humilité touchante, sans pour autant perdre de vue son but premier, et quelques dialogues avec Mina, à la lueur d'une cheminé dans l'abbaye de carfax pourrait bien tirer à certain une petite larme.

Freda Warrington ouvre les yeux de ses personnages, et plus personne n'est ni blanc ni noir, pour au final inverser les rôles, ceux qui meurent pour la bonne cause ne sont pas ceux que l'on croit...

Avec Le Retour de Dracula c'est à la fois le personnage de Dracula qui revient à la vie et le mythe créé par Stoker qui retrouve un nouveau souffle à travers ce récit passionnant et poignant. Un seul bémol, une note/épilogue un peu trop grandilocante.

14 déc. 2008

Dan Curtis' Dracula

Réalisé par Dan Curtis en 1973.
Scénario de Richard Matheson.
Avec Jack Palance, Simon Ward, Nigel Davenport, Fiona Lewis, Murray Brown...

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1897, un jeune clerc de notaire anglais se rend chez le comte Dracula qui veut acquérir une demeure à Londres. Lorsqu'au dîner Dracula tombe sur une photo réunissant Lucy et Mina, son attitude change du tout au tout. Décidé à retrouver celle qu'il pense être la réincarnation de sa défunte femme, il abandonne Harker à ses 3 compagnes vampires et se rend à Londres...

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Au début des années 70, la figure de Dracula au cinéma est devenu totalement incontournable. La Hammer achève définitivement sa série avec Dracula vit toujours à Londres (Dracula is dead...and well and living in London, 1973), Jess Franco réalise ce qui reste comme l'un de ses meilleures films avec Les Nuits de Dracula (El Conde Dracula 1970) Et Andy Warhol et Paul Morissey s'apprètent à réaliser Du sang pour Dracula (1974). Il est donc normal que la télévision américaine s'intéresse au célèbre vampire et nous livre, dans la même période un téléfilm créé par des grands noms du fantastique, j'ai nommé Dan Curtis (la série Dark Shadows et son superbe Revival) et Richard Matheson (La maison des Damnés, ainsi que les scénarios du cycle Poe de Roger Coman). La succès télévisuel de cette production de 2 heures est tel, que les producteurs le réduisent à 1H40 (ce qui en fait quand même le Dracula le plus long à l'époque...mais on se demande encore où sont passé les 20 minutes charcutées) pour le diffuser en salle.


Malgré un manque de moyens flagrant, Le DRACULA de Dan Curtis n'a pas à rougir face aux films de Terence Fisher (Le Cauchemar de Dracula, 1958 et Dracula prince des ténèbres, 1966) et surtout pas face au film de Jess Franco (duquel on a tendance à le rapprocher facilement).

Le vampire est interprété par Jack palance qui insufle au personnage un côté torturé et bestial, romantique jusque là inédit, évoluant dans un scénario de Richard Matheson (maître du fantastique moderne) assez fidèle au roman de Stoker. L'adaptation, suivant tout de même la lancée de film de Franco met en avant le passé guerrier du comte et introduit pour la première fois l'idée de son amour perdu, idée reprise bien plus tard par Coppola. Il faut reconnaitre en passant que la scène où Dracula expose à Harker les batailles de ses ancêtres est beaucoup moins pognante que celle du film de Franco, mais elle n'en est pas moins belle et le film de Curtis est globalement bien plus réussi que celui de ce vieux Jess.


Jamais auparavant Dracula n'avait fait montre de tant d'émotions, il devient une figure pathétique, transportant une aura imposante, effrayante et attirante, incarnation d'Eros et Thanatos qui est obligé de détruire ce qu'il aime pour le garder auprès de lui.

Les décors démontrent le peu de moyens de la production mais aussi une grande inventivité de l'équipe du film. la demeure du vampire n'est plus le château en ruine du film de Tod Browning ou de celui de Franco, ni la batisse dont les murs arborent trophées de chasse et blasons guerriers du film de Fisher, c'est au contraire un manoir meublé dans un mélange de style empire et victorien, où les meubles vernis et les tentures de velours contrastent avec les épaisses portes de chêne et els immenses cheminés de pierre. Pas question ici de rats ou de toiles d'araignées, le sempiternel caveau est remplacé ici par un burreau certes un peu poussiéreux mais néanmoins classieux.

A côté de Dracula, c'est presque Van Helsing (Nigel Daveport) qui nous apparait comme le méchant. Le vampire devant la caméra de Dan Curtis s'effondre comme le héros d'un opéra de Verdi alors que la clameur d'une foule semble s'élever au loins, elle cri "Dracula, Dracula !", et on pourrait croire que c'est une façon de nous dire "Le roi est mort...Vive le roi !".

10 oct. 2008

L'Historienne et Drakula (The Historian)


Roman d'Elizabeth Kostova, publié en France en 2006 en 2 tomes de respectivement 496 et 512 pages. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Evelyne Jouve.
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Qui était vraiment le prince Vlad de Valachie, aussi connu sous le nom de Drakula, le vampire des Carpates, mort depuis cinq siècles ? C'est la question que se pose, intriguée, une jeune fille de seize ans en découvrant dans le bureau de son père un livre très ancien dont toutes les pages sont blanches, sauf la mystérieuse page centrale, sur laquelle un Dragon aux ailes déployées semble protéger entre ses griffe cet unique mot "DRAKULA".
Commence alors, pour son père comme pour elle même, une enquête périlleuse autour de cette noire figure du passé. Peu à peu, l'ombre maudite et ses émissaires se font plus présents et oppressants autour d'eux. la quête se transforme en traque, et la vérité qui se dégage de la légende pourrait bien être plus terrible encore.
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Ce premier roman d'Elizabeth Kostova, acclamé par la critique à sa sortie est basé sur une construction ingénieuse, mélant 2 journeaux intimes écrits à 30 ans d'interval. L'auteur ne reprend en aucun cas la succession de Bram Stoker et ne fait pas de son roman une suite des aventures du vampire mais bel et bien une enquête sur les fondements de la légende.




Cette grande aventure aux allures de parcours initiatique (c'en est un pour l'héroïne comme c'en fut un pour son père) met très vite le spectateur dans l'ambiance ; le premier tome se révèle passionnant, le processus d'identification est diablement efficace et les amoureux du personnage de Stoker comme moi, y prendront un réel plaisir. Non pas que Dracula soit présent dans cette première partie, il est absent de la quasi totalité du roman et pourtant, il parvient à s'imposer entre les lignes, tout suggère subtilement sa présence et la menace parait effectivement très oppressante.

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Le dépaysement est aussi au rendez vous, puisque notre jeune héroïne et son père traversent l'Europe sur les traces de Dracula, depuis les coins reculés de la Roumanie jusqu'en Turquie en passant par Venise.

Le style d'Elyzabeth Kostova est aussi très plaisant, l'auteur joue sur le côté épistolaire du roman de Stoker pour développer une psychologie très fine de ses personnages ; on ne peut simplement pas lacher ce premier tome dont les 500 pages se dévorent très vite.




Le second tome est la suite direct de l'histoire (il n'y a aucune intérruption entre les deux puisque le roman a été écrit en un livre unique), et le début est donc toujours aussi intéressant, nous suivons toujours notre jeune héroïne qui s'en entiché d'un Elève D'Oxford depuis une centaine de pages déjà, son récit est entrecoupé de celui de son père, qui raconte son périple d'il y a trente ans...et le tout fini par prendre une tournure des plus linéaire et par perdre par là la quasi totalité de son intérêt...


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L'histoire s'essoufle dans cette seconde partie, les deux récit pataugent et les révélations sont maigres. je ne voudrai pas être trop dur, car le final vaut le détour, mais la déception est grande, tant il est difficil de venir à bout des 500 pages qui constituent cette seconde partir alors que les 500 premières étaient passées comme l'éclair.

Au final, cet ambitieux roman a plutôt été pour moi une déception car toute une moitié se révèle quasi sans intérêt, malgré une recherche historique considérable de la part de l'auteur, une volonté d'hommage digne de ce nom au personnage de Dracula, qu'il s'agisse du mythe ou de ce cher Vlad III, et un style fort plaisant. Les inavouables secrets du Sultan Mehmed II n'ont rien de transcendants, et la menace de Dracula finit par paraître secondaire par rapport à l'orripilante histoire de coeur de la jeune héroïne, le journal du père reste assez intéressant...mais ne constitue pas la majeur partie de ce tome ci. Dommage...
Séduisant sur le fond comme sur la forme, The Historian n'a cependant pas comblé mes attentes, cela ne veut pas dire qu'il ne comblera pas les vôtres!

21 sept. 2008

Les Nuits de Dracula (1970)

Réalisé par Jess Franco
Avec : Christopher Lee, Klaus Kinski, Soledad Miranda, Herbert Lom, Maria Rohm...
Musique de Bruno Nicolaï
D'après le roman de Bram Stoker

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Jonathan Harker, jeune clerc de notaire britanique se rend en Transylvanie pour rencontrer le comte Dracula à qui il doit vendre une propriété à Budapest. très vite il se rend compte que son hôte le retient prisonnier et projette même de l'offrir à ses trois femmes vampires. Jonathan, sacrément perturbé parvient à s'échapper et se retrouve qques jours plus tard à l'asile des Dr Van Helsing et Seward, qui héberge déjà un cas similaire, Renfield.

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En 1970, La Hammer entamait une période déclin, et Christopher Lee endossait plus que jamais la cape du vampire pour le compte de la firme। L'acteur rechignait à reprendre le rôle pour la Hammer, trouvant qu'il était à chaque fois un peu plus ridicule, et ayant fait part à Franco de son désir de jouer dans une nouvelle adaptation fidèle du roman de Stoker, il accepta de bon gré le rôle que lui offrit Jess Franco, dans ce qui devait être l'adaptation la plus fidèle jamais réalisée alors. Sous ce couvert de fidélité maximum, Franco s'entoure d'un casting international, nous retrouvons bien sûr Christopher Lee (qui fait ça aussi un peu pour faire plaisir) et Klaus Kinski (habitué des films de Franco, comme "Les infortunes de la vertu" d'après Sade ou la très bonne version Franco de "jack l'éventreur"), la jeune et belle Soledad Miranda, muse et égérie du réalisateur, Maria Rohm (quand on a pas pu avoir Claudia Cardinale...oui je sais c'est mesquin ce que je dis là), et cerise sur le gâteau, le grand acteur Britanique Herbert Lom dans le rôle de Van Helsing. C'est le talentueux Bruno Nicolaï qui se charge de la musique du film, gage de qualité de cette dernière. Jusque là tout semble parfait, mais réaliser en 70, une adaptation aussi fidèle que possible du (génial) pavé de Stoker, avec un budget minimaliste et sur une durée totale d'environ une heure et demi n'est pas chose aisée...loin de là !
Dès le début du film, on peut voir que Franco a mis les petits plats dans les grands, les décors brumeux, l'atmosphère mélancolique, et la valse macabre de Bruno Nicolaï on de quoi séduire. Bien sûr, nous sommes loin du charme gothique des productions Hammer de la décénie précédente, le tournage en décors naturels ne permet pas tant de liberté que le couteux aménagement d'un studio, mais qu'à celà ne tienne, Franco, amoureux du cinéma veut y croire ! L'équipe technique effectue donc un travail remarquable sur le château de Dracula et sur les plans en extérieur (cf la superbe scène ou une carriole traverse une cour intérieur pavée sous une pluie battante, ou encore l'immense salle à manger du château avec ses murs de pierre, et pourquoi pas l'arrivée de Jonathan Harker dans une brume épaise qui enveloppe une meute de loups). Christopher Lee un peu fatigué du rôle qu'il vient de jouer 2 fois de suite dans les très gothique et ironiques "Une messe pour Dracula" de Peter Sasdy et "Les cicatrices de Dracula" de Roy Ward Baker, respectivement 1969 et 1970 réendosse la cape avec un air abattu, qu'il abandonne très vite, grand acteur qu'il est, trop content de voir qu'enfin Dracula bénéficie de répliques qui lui font honneur : la scène ou Dracula raconte l'histoire de ses ancêtres à Harker, devant la cheminée de la salle à manger et probablement la meilleure qui ait été tournée dans toute l'histoire des adaptations de Dracula.


Herbert Lom campe un Van helsing déterminé, et on attend avec impatience la confrontation entre le vampire et sa némésis. Soledad Miranda, fragile Lucy Westerna, devient la parfaite victime du vampire et la scène ou elle quitte sa chambre pour retrouver Dracula dans le parc, avec sa longue robe de chambre flottant dans la brise atteint presque le niveau des mêmes scènes dans les films de Terence Fisher ou de Peter Sasdy. Klaus Kinski, lui nous offre une composition de fonctionnaire syndiqué, son Renfield est totalement muet, le malade mental se contente de tapisser sa chambre capitonnée de nourriture, de manger des mouches et finit par mourir sans véritable explication, pas convaincu le Kinski, et donc, peu convaincant (sa prestation néanmoins passe auprès de certains pour du pur génie...allez savoir pourquoi). Maria Rohm incarne une Mina belle et décidée, qui aurait pu selon moi s'offrir un rôle un peu plus développé...mais rappelons nous ; 1H38 oblige.


Jusque ici, rien ne s'annonce vraiment mal, Franco nous a gratifié d'une belle entrée en matière, maitrisée et on sent une réelle volonté de bien faire, ainsi qu'un certain dédain pour l'académisme. Pourtant, la seconde partie est bien moins convaincante. En effet, pour éviter d'avoir à gérer les déplacements sur mer de ses personnages, Franco a choisi de situer l'action non plus à Londres, mais à Budapest, et de réduire le cadre à l'asile et à la demeurre de Dracula, ce qui a pour effet de décrédibiliser la raison pour laquelle Harker vient d'Angleterre et de faire cohabiter ensemble dans l'asile tous les personnages de l'intrigue excepté Dracula...

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Donc tout n'est pas rose, Franco a eu beau faire un effort non négligeable pour réaliser ce qui reste dans sa filmographie une excellente surprise, l'interprétation des acteurs a beau être correcte, le travail esthétique a beau se sentir, son Dracula n'est pas la perle noire gothique attendue, il ne peut même plus se targuer de fidélité tant les racourcis pris vis à vis de l'intrigue sont abracadabrants. Et en grattant un peu on pourra dire que ses loups ne sont que des bergers allemands, que ses araignées sont en plastique, et que Christopher Lee porte une moustache...lentement, sur la valse macabre de Bruno Nicolaï, les lumières se rallument...mais qu'on se rassure, pour Dracula comme pour Franco, c'est loin d'être la dernière séance !

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10 août 2008

Dracula (1979)

Réalisé par John Badham.

Avec Frank Langella, Laurence Olivier, Kate Nelligan, Donald Pleasance.
Musique de John Williams.
Basé sur le Roman de Bram Stoker.





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1911, le Demeter, un cargot roumain à destination du port de Scarborough se brise sur les rochers non loin de l'asile du Dr Seward (Donald Pleasance) à Whitby. C'est la jeune Mina van Helsing (Jan Francis) qui, comme attirée en plein orage par le navire échoué porte secours à celui qui semble être le seul survivant. Elle s'approche de l'homme couché sur le sol, et s'agenouille, doucement, il avance une main faible et saisi celle de Mina...elle ne sait pas encore que ce geste aussi touchantsoit-il va sceller sa perte.


Passé cette superbe introduction, Nous retrouvons les personnages de Stoker, tous interprétés avec brio par une distribution magique. Si on peut repprocher à Badham quelques modifications par rapport aux différents statuts des protagonistes (Modifications déjà présentes dans l'adaptation théâtrale d'Hamilton Dean ainsi que dans le grand classique de Tod Browning avec Bela Lugosi, qui font de Jack Seward le père de Lucy et d'Abraham van Helsing le père de Mina, et qui suppriment du scénario les personnages d'Arthur Holmwood et de Quincey Morris), On ne peut en aucun cas lui repprocher son traitement de ces mêmes personnages, qui si ils ne sont pas les exactes répliques de leurs homologues Stokeriens, n'en sont pas moins psychologiquement très riches.

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-Commençons d'abord par Mina (Jan Francis); la place qu'elle occupe dans le film est en réalité celle de lucy, première victime du vampire, qui connait une fin plutôt atroce, dispensée par ceux même qui ne veulent que son bien. Mina est une jeunne fille fragile, maladive et réservée, qui
demande beaucoup d'attention à cause de sa santé (Seward fait d'ailleurs remarquer à sa fille "mais ma chérie ton amie est TOUJOURS malade !!" balayant ainsi les arguments de Lucy qui souhaite rester auprès de Mina en invoquant sa santé fragile). Son innocence est à l'origine de son cruel destin, c'est l'ignorance de ce qui l'attend dans l'ombre, en suivant dracula, qui va la transformer, non pas en femme épanouie, mais en créature torturée et asoiffée de sang, le visage putréfié, allant jusqu'à s'attaquer à un bébé. Pour Badham, la véritable victime, celle qui craint le vampire, celle qui refoule ses désires, devient la créature qu'est Lucy une fois morte dans le roman, et non celle qui ne craint pas l'inconnu, le désir, la chair...

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-Vous avez dit Coincé ? Eh oui, Jonathan Harker (Trevor Eve) remporte la palme. le rôle de Jonathan pour Badham est clairment celui d'un obstacle en Lucy et son épanouissement total, si son amour est réel, sa jalousie, son manque de finesse, sa brutalité (envers la lucy devenu vampire) en font un personnage facilement détestable. Le jeu de Trevor Eve sans être le plus remarquable du film est extrèmement juste, malheureusement pour ce pauvre Jonathan, le charisme de Dracula/langella a vite fait de n'en faire qu'une bouchée.


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-Le père de Lucy, le Docteur Seward (Donald Pleasance) est lui aussi un personnage peu subtile mais ô combien attachant. Pleasance prête son embonpoint à un Seward gourmant et froussard dont on a peine à croire qu'il puisse être le père d'une divine créature comme sa fille. Badham en fait un personnage extrêmement ironique, celui du médecin qui ne parvient jamais à prendre un cas au sérieux, le spassages où on le voit dans son asile en témoignent, et sa réaction face à la
mort de Mina (Il lui donne des claques pour qu'elle respire, et plus tard en discute tout à fait naturellement en déjeunant, manquant de tacher sa veste de jaune d'oeuf) parait complêtement déplacé. On peut noter une réplique très significative du personnage, lorsqu'ayant dit à Van Helsing qu'il avait donné du laudanum à Mina pour la calmer, il lui dit plus tard que jamais il n'en donnerai à sa propre fille...bref, ce cher Seward/Pleasance présente bien des travers, mais il attire très vite toute la sympathie du spectateur.


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-On en arrive à Abraham Van Helsing, interprété par un Laurence Olivier un brin fatigué mais qui n'a rien perdu de sa prestance. Il n'est pas le Van Helsing enthousiaste et robuste de Stoker et fait plutôt figure de vieillard face à Dracula, mais sa répartie, sa manière de tenir tête au vampire alors qu'il pourrait en aller de sa vie donnent une impression de puissance et de sagesse infinie. Il parvient plusieurs fois à faire echec au vampire mais en sort toujours à bout de souffle, cette faiblesse, qui pour beaucoup empêche Olivier de rester comme l'un des meilleurs Van Helsing, est pourtant nécessaire, car elle permet à Badham de montrer que dans une angleterre au relents Victoriens, l'affirmation du désir est sur le point de prendre le pas sur le puritanisme du XIXème siècle.


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-Bien au dessus de ces personnages bien-comme-il-faut, encore ancrés dans l'ère victorienne et ses tabous, flotte l'ombre menaçante (ou libératrice) de Dracula.
L'acteur Frank Langella insufle au personnage un standing totalement nouveau, très différent de celui initié par Bela Lugosi, Christopher lee etc. Badham semble clair là dessus l'avantage est au vampire et c'est pour lui que nous prendrons fait et cause. En effet à la vue du couple Lucy/Dracula, on ne peut que souhaiter qu'ils échappent tous deux enfin à cette société castratrice, qu'ils s'éloignent de ce monde des vivants qui par bien des aspects évoque la mort. Dracula/Langella éclipse très vite les gentils, et Jonathan disparait, avalé tout cru par l'aura magnifique et sensuelle du vampire. cette opposition est très bien rendu lors d'une superbe scène de valse ; lucy et Dracula dansent, à un rythme endiablé, sous le regard d'un Jonathan qui achève de nous paraître moche et con. Non content de monopoliser l'attention de ces dames (et de ces messieurs) lorsqu'il est là, Dracula semble même présent lorsqu'il est absent ; sa présence est sans cesse suggérée, par des symboles plus ou moins flagrants, comme lorsque Lucy se rend à Carfax, ("par courtoisie" comme elle dit à son père, pour ne pas faire l'affront de refuser une invitation à diner du comte) et entre dans la magnifique salle à manger : Dracula n'est visiblement pas là, mais la caméra est postée dans un coin, juste au dessus d'une toile d'araignée, toile qui se superpose donc sur Lucy en contrebas. La jeune femme semble donc piégée dans la toile.

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- Mais Lucy (Kate Nelligan) n'est pas femme à se laisser piéger, si elle s'abandonne à Dracula c'est avant tout parce qu'elle le veut ("Je suis venu de mon plein gré" en référence à la phrase bien connu "entrez ici de votre plein gré"). Kate Nelligan
nous offre ici une performance qui vole littéralement la vedette à Dracula, pour une fois enfin, la femme n'est plus la victime passive qui attend d'être sauvé mais bien l'actrice principale de la trame. Exit les jolies filles aux cris éffarouchés, voici la femme émancipée ("Nous ne sommes pas des meubles" dira-t-elle à Mina) qui n'est pas là pour décorer. quand elle dit qu'elle suivra Dracula, on ne la pense pas du tout sous l'influence d'un quelconque maléfice, car on sent, on sait que c'est là son désir, d'échapper enfin à un monde de convenances, à un Jonathan trop peu ambitieux (et pas aussi séduisant que son amant immortel il faut bien le dire). ce n'est pas à Dracula qu'elle attribut la mort de Mina, mais aux trois homme qui l'entourent et disent la protéger; comment peut-elle faire confiance à son père, à son futur mari ou à ce Van helsing qui se dit son ami, alors qu'elle les a vu transpercer sa pauvre ami d'un pieux, elle qui venait juste de passer à un nouveau stade d'existance, comment peut-elle faire confiance à un père aimant qui n'hésite pas à arracher le coeur de sa défunte fille en disant vouloir la sauver ? Elle ne le peut tout simplement pas, car jamais elle ne deviendra ce que Mina est devenu, car elle sait ce qui l'attend, elle n'est plus une victime car Dracula la hisse à son rang et ce n'est plus une scène de morsure à laquelle on assiste lorsque Dracula vient la visiter dans sa chambre mais à une scène d'amour, sublimée par un éclairage parfait. Pour Badham, Dracula, c'est l'amour.



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D'un point de vue esthétique, ce Dracula est particulièrement somptueux, les décors ont fait l'objet d'une attention et d'une créativité qui les rendent particulièrement imposants, il faut voir l'idée que Badham se fait de l'abbaye de carfax, qui prend ici les atours du chateau original de Dracula, haut perché sur les rocailles, un décors en apparence parfaitement gothique mais aussi terriblement érotique, qui semble inviter le vampire et sa proie à des jeux de morsures plus poussés.


Le soin apporté à la photographie est à tomber à la renverse, tout comme la magnifique partition composée par le talentueux John Williams qui évoque avec brio l'âme torturée du vampire.

Bref, John Badham est parvenu à nous offrir la quintescence du vampire, épaulé par une pléiade d'acteurs magiques, le couple Kate Nelligan/Frank Langella en tête. Ce Dracula aux allures de Dom Juan maudit fait figure de chef-d'oeuvre !