24 févr. 2009

Le Fantôme de l'Opéra (1962)

Réalisé par Terence Fisher.
Avec : Herbert Lom, Edouard De Souza, Mickael Gough, Heather Sears...
Musique de Edwin Astley.


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Alors qu'on se prépare à la première de Jeanne d'Arc, la cantatrice, Maria Sorelli assure avoir vu un fantôme. Les phénomènes étranges se multiplient et l'opéra se transforme en cauchemar lorsque le corps du chef machiniste déchire la toile du décor, pendu à un cable. C'en est trop pour la Sorelli. Privée de Star, l'opéra organise un casting et c'est la jeune Christine Charles qui est retenue...et qui en plus d'attirer l'attention de son producteur...attire l'attention d'un mystérieux individu qui vit sous l'opéra.

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La Hammer, est en grande partie célèbre pour avoir réactualisé les grands mythes de la littérature gothique, Dracula, Franckenstein, Jekyll, le loup-garou, la Momie etc. Il n'est donc pas étonnant de voir apparaître au palmarès de la firme, et qui plus est dans la filmographie du grand Terence Fisher, une adaptation du superbe roman de Gaston Leroux ; Le Fantôme de l'Opéra. Ce qui est plus étonnant en revanche c'est que le film ait rencontré un insuccès total et fut, pour la Hammer un véritable gouffre financier et un echec critique.

Anthony Hinds, brillant scénariste s'éloigne du roman original pour emprunter à la version Universal de 1943 (à noter qu'Universal co-produit cette nouvelle version, comme elle le fera avec L'Empreinte de Frankenstein en 1964) son postulat de départ à savoir que le fantôme ets ici un compositeur déchu, à qui l'oeuvre a été dérobé et qui aurait fini défiguré en voulant récupérer son travail.




Si au niveau des acteurs, Lom apparaît comme un choix étrange en Fantôme, il livre tout de même un partition bouleversante, pour ce personnage touchant, avide de vengeance et furieux contre lui-même de s'être laissé trompé. Tout chez Lom passe par le corps, ses gestes hurlent sa trop longue solitude, le fantôme est ici un rôle très peu dialogué mais d'autant plus imagé. Edouard De Souza est un parfait jeune premier pour le rôle de Harry Hunter, le Raoul de Chagny de cette version, personnage intègre et fondamentalement bon. Quant à Michael Gough, qu'on empêchera plus de cabotiner, il s'investi à merveille dans son rôle de salaud. Seule Heather Sears qui semble jouer son rôle avec trop de réserve, peut paraître un peu en deçà du lot, mais elle reste une Christine ravissante à la voix enchanteresse.

Le point le plus déroutant de cette adaptation vient certainement de son scénario, qui se focalise sur la vengeance du fantôme plus que sur son attirance pour Christine. Il veut avant tout faire de la jeune femme une grande chanteuse, pour qu'avant de mourir il puisse enfin entendre chanter son oeuvre comme il l'a voulu. Si l'histoire d'amour passe à la trappe, il n'empêche que le final du film pousse l'émotion à son paroxysme et hisse définitivement Le Fantôme de l'Opéra au rang des belles réussites du studio. Si l'amour est absent, c'est pour dénoncer aussi, ce pourquoi le fantôme se bat, Eric (ou le professeur Petrie dans le film) est un idéaliste, un naïf hypersensible, à son opposé, le personnage de Michael Gough (son producteur qui lui vole par la suite son oeuvre) a dans l'idée d'amener Christine dans son lit sans autre forme de désir que celui de posséder une jeune fille qu'il fait marcher. Ensuite le fantôme n'est plus si jeune, il traite Christine comme une perle rare, il ne la veut pas pour lui, il ne veut que son chant, et si elle est heureuse avec Harry/Raoul il l'accepte, il le dit lui-même "I'm dying already, it's my last wish, give me a week, and I'll make her sing !", entendre Christine chanter son oeuvre est déjà pour lui l'achèvement de toutes ses années de travail, il ne s'attend pas à plus. 

On notera aussi que cette fois, les interactions du fantôme avec l'extérieur sont très limitées. Les méfaits du fantôme sont de la main de son "serviteur", un autre personnage inadapté qui voue son existence à protéger le génie reclus dans les sous-sols de l'opéra. Si Fisher assagit son personnage en lui ôtant ses pulsions meurtrières, ce n'est pas pour en faire le gentil de service, le fantôme reste une créature déformée, incapable de se réhabiliter, et sa mort vient par celui qui l'a toujours servi, et qui bien sûr sans le vouloir, le sert encore une fois en le faisant échapper aux policiers, en le faisant disparaître alors qu'il atteint le firmament de la grâce...


On ne peut reprocher à Terence Fisher un manque de panache dans sa mise en scène, car comme à son habitude il livre avec tout son talent une habile révision du mythe, on ne peut pas imputer le mauvaise accueil fait au film à des décors moins beaux qu'à l'ordinaire, puisque comme toujours chez la Hammer, les couleurs chatoyantes le disputent à un agencement intimiste des lieux, à une somptueuse atmosphère gothique, qui se dégage de l'opéra de Londres. Du point de vue technique, tout participe à faire de Phantom of the Opera un nouveau chef-d'oeuvre.




Bel exemple de la production Hammer Film du début des années 60, le bide que connu ce Fantôme de l'Opéra reste un mystère. On note à l'époque une grosse déception critique, qui s'expliquent peut-être par les attentes d'un public habitué à des prouesses plus baroques de la part de Fisher. C'est oublier la tendance du réalisateur à verser dans le drame. Avec ce film, Terence Fisher a voulu approcher le monstre dans une optique plus mesurée, lui qui a privé la créature de Frankenstein de l'auréole whalesienne, lui préférant le baron, lui qui a bestialité le comte Dracula, il rend au fantôme une part importante d'humanité. En cela, il n'adapte certes pas Gaston Leroux, mais il le plie à la cohérence de son oeuvre, il se l'approprie, et avec quel talent !

2 commentaires:

Dario a dit…

Gosh, j'ai atrocement envie de le revoir! Décidement, j'adore Terence Fisher ... et ton article par la même occasion. Il y a beaucoup de "fantomes" sur ton blog !

Clelie a dit…

Hello Gabriel,

Brillant article, une fois de plus !
Même si je n'ai pas du tout le même avis sur ce film. Je l'ai vraiment trouvé à côté de la plaque (désolée pour cette constation dénuée d'argumentation ^_^) L'histoire d'amour passe en effet à la trappe, et cela dénature un peu l'apsect obsessionnel du personnage. On sait qu'il pense avoir trouvé en Christine l'interprète parfaite, mais il éprouve néanmoins une jalousie particulièrement farouche, voire meurtrière, envers tous ceux qui l'approcheraient d'un peu trop près...

J'ai trouvé le choix d'Herbert Lom assez bizarre, mais ce n'est pas encore ce qui m'a le plus dérangée. J'ai l'impression que le tout manque un peu de finesse...

Amicalement,

Clelie