30 juin 2009

Marta-Ligeia, une diva dans la soie...


C'est dans un recoin sombre de l'une des dépendances que j'ai fait la connaissance de cette étrange créature. Tapie dans l'ombre, vivant dans une semi torpeur et ne mettant en mouvement ses longues pattes et son lourd abdomen que pour se nourri, cette être sans âge occupe son domaine de soie depuis des années, et je ne m'éttonnerai pas qu'il soit plus âgé que moi.




Lorsqu'elle tourne vers moi ses huits prunelles vindicatives palîes par la cataracte, et qu'elle anime lentement ses membres démesurés dans une imprécation muette, je lui pardonne, certes mon affection pour elle est à sens unique, mais les tourments de sa vie sont cause de sa solitude, solitude que je m'éfforce de ne pas troubler. Mais Marta-Ligeia, se prête aussi au jeu cabotin de la photo, depuis le temps qu'on se connait, elle sait qu'il ne serait pas de bon ton de m'opposer son droit à l'image alors qu'elle est nourrie logée.
Marta-Ligeia est somme toute assez simple, aucun caprice aucune scène, indépendante et discrète, elle se révèle cependant une chasseresse habile à laquelle ni papillons de nuit ni même ses congénères plus petites n'échappent.
Son apparence peu troubler, rebuter même, mais elle cultive un look sombre à dessein, en effet, l'araignée à des gouts littéraires très intéressants, gothiques jusqu'au bout des poils, d'où son pseudonyme évocateur.


Mais déjà la diva est fatiguée et préfère se retirer dans ses appartements, faisant fi des convenances elles nous tourne le dos, je regrette mesdames et messieurs, l'entevue est terminée. Peut-être, la grande Marta-Ligeia (dix centimètres d'envergure tout de même) malgré son grand âge acceptera de nous recevoir de nouveau plus tard.

19 juin 2009

Le Fantôme de Baker Street


Roman de Frabrice Bourland.

Publié en janvier 2008 (ed 10/18, 247 pages)

*
***
*
Londres, 1932. Depuis que la minicipalité a attribué à la maison du major Hipwood le n°221 à Baker Street, le salon du premier étage semble hanté. S'agit-iol d'un esprit, comme le prétendent certains ? Existe-t-il un lien entre ces manifestations et la série de crimes qui ensaglante Whitechapel et les beaux quartiers du West End ? Motivé par un funeste pressentiment, Lady Conan Doyle, la veuve de l'écrivain, solicite l'aide de deux détectives amateurs, Andrew Singleton et Jams Trelawney. Lors d'une séance de spiritisme organisée à Baker Street, ces derniers découvrent avec effarement l'identité du fantôme. Et quand ils comprenent que les meurtres à la une des journeaux imitent ceux commis par Jack l'éventreur, Mr Hyde, Dracula et Dorian Gray, nos jeunes enquêteurs sont entrainés dans une aventure qu'ils ne sont pas pret d'oublier.
***
Fabrice Bourland est une jeune auteur, passionné d'Edgar Poe, Stevenson, Hoffmann, Conan Doyle et de tout le tremblement, qui avec Le Fantôme de Baker Street entâme une série d'enquêtes réjouissantes dans l'angleterre des années 30.
Andrew Singleton et James Trelawney, nos deux héros, ne sont pas sans évoquer Sherlock Holmes et John Watson, et les enquêtes de ces détectives de l'étrange ne manquent pas d'être toujours hautement référencielles et particulièrement ce Fantôme de Baker Street qui regroupe les plus grandes figures "maléfiques" de la littérature victorienne. C'est ce qui fait de ce roman un livre très riche et captivant, réellement étonnant : Fabrice Bourlabd n'a rien laissé au hasard, depuis l'intérêt porté par Conan Doyle au spiritisme jusqu'à de menus détails dans les romans gothiques qui permettront de résoudre l'affaire. Nul doute que nous avons affaire là à un spécialiste.
L'auteur nous entraine donc dans son monde et pour peu qu'on en soit un minimum on se retrouve emporté par le jeu des conclusions, ce qui donne au Fantôme de Baker Street un caractère ludique et au lecteur aguerri une chaleureuse impression de se retrouver chez lui.
Les deux détectives amateurs sont très attachants, et les dialogues, qui ne dépareraient pas dans une nouvelle de Conan Doyle sont pour le moins piquants. Inutile par ailleurs de dévoiler l'identité du fameux fantôme de Baker Street, qui n'en est pas vraiment un d'ailleurs : En effet le roman propose l'hypothèse fort alléchante que les personnages de fictions aient grace à l'imaginaire collectif la possibilité de se matérialiser de façon plus où moins palpable selon le degré de vivacité de son image dans l'esprit des lecteurs, s'il en est un qui plus que tout autres aurait cette capacité, vous devez bien deviner lequel !
On pourra reprocher au roman un final expédié après une lecture bien trop courte, il est vrai que l'enquête se déroule sans temps morts, le tout est fort bien rythmé mais malgré tout trop rapide.
Il en reste un lecture agréable certes pas un style exceptionnel, mais un divertissement de qualité qui donne envie de retrouver Singleton et Trelawney très vite et surtout Fabrice Bourland pour d'autres ouvrages aussi référenciels et bien mené, qu'ils mettent en scène ou non les deux détectives.

12 juin 2009

Antichrist



Réalisé par Lars Von Trier.

Avec Charlotte Gainsbourg et Wilem Dafoe.

Film en compétition au festival de cannes 2009


*
***
*
Impossible de résumer le film de Lars Von trier sans tomber dans une affligeante banalité, mais le propos premier du film est simple ; le deuil douloureux d'une femme névrosée qui a perdu son fils et qui rongée par la culpabilité sombre dans l'hystérie. L'effort d'un mari pour donner à ce deuil terrible des allures de thérapie, et l'envers du décors d'une nature hostile et dépouillée en lieu et place du bois qui voyait auparavant les jeux d'une mère et de son enfant.
***

Antichrist se regarde comme s'écoute une symphonie, de l'ouverture jusqu'au dernier point d'orgue, et pour renforcer cette impression Lars Von Trier a choisi Haendel pour accompagner son prologue et son épilogue. Entre l'ouverture et le dernier point d'orgue, diront certains la musique ne fait office que de remplissage, mais c'est mal connaitre les grands, car jusqu'à maintenant, personne ne quitte la salle après le "pom pom pom pom" de Beethoven. Et Lars Von Trier de prouver qu'il est grand car les moments de bravoure ne sont ni concentrés dans l'ouverture ni dans l'épilogue, mais ils constituent à eux seuls le film dont la force déséquilibrée, l'adresse inégale, la virtuosité bancale et fébrile, font passer le spectateur à travers tous les états de la névrose qui noircit l'écran et tâche ici et là, de bleu, de vert et d'ocre teinté de sang le tableau déchiré du couple qui évolue à l'écran.

La prestation de Charlotte Gainsbourg valait bien le premier prix d'interprétation féminine, et celle de Wilem Dafoe est tout aussi honorable, mais ce serait oublier la place de la nature dans le film (Antichrist, c'est avant tout une ambiance), cette nature qui pourrait bien être l'"antichrist" du titre, dégoutante et putressante, envahie de mort, emplie de cris d'enfants et d'oisillons mourants : l'église de Satan comme l'appellera la femme anonyme, qui abrite en son sein les trois mendiants, qui annoncent la mort. Au détour d'une clairière, Lars Von Trier clame son désenchantement, alors qu'une biche paisible s'enfuit, trainant derrière elle un petit faon mort né qu'elle n'a pas su expulser, mais c'est le renard le premier qui dans un ultime acte de survie dévore ses propres entrailles, nous informe de la nouvelle, "Chaos Reigns !", peut-être nous en doutions nous déjà, mais c'est sûr à présent et ses paroles resteront à l'esprit du spectateur bien après la vision du film.

Inexorablement, Lars Von Trier nous entraine au fin fond de l'angoisse, sueurs, frissons, larmes et tremblement sont au rendez-vous, Antichrist est un film fait par le cinéma pour le cinéma et trouve sa force dans le fait qu'il cherche à ne satisfaire personne. Et si le fou rire au sortir de la salle vous guette, laissez le exploser, vous aurez bien le temps d'y réfléchir ensuite, et d'entendre encore le renard énigmatique vous souffler à l'oreille "Chaos reigns".

31 mai 2009

The Bride of Frankenstein

Réalisé par James Whale en 1935.
Avec Boris Karloff, Elsa Lanchester, Colin Clive, Ernest Thesiger, Valerie Hobson...
Music composée par Franz Waxman
*
***
*
Un soir de Juin 1816, Lord Byron, Percy Shelley et Mary Shelley sont réunis à Deodati. Alors que l'orage gronde, Mary élabore la fin de son chef-d'oeuvre, Frankenstein, et raconte à Byron et Percy comment la créature demanda une compagne...
Des ruines du moulin que les villageois ont incendié pour faire périr le monstre, la massive silhouette se relève, bien décider à faire payer aux vivants la haine qu'ils lui opposent.
Le Baron Frankenstein se repose, traumatisé par l'échec de son travail et bien décidé à en finir avec ses idées blasphématoires, mais c'est sans compter sur le persuasif Dr Pretorius qui le pousse à recommencer pour créer cette fois une femme...
***
Nous connaissons tous aujourd'hui l'histoire de Frankenstein par Mary Shelley, ainsi que le film de James Whale dont les racourcis scénaristiques ont été maintes fois repris aux cinéma. Le premier Frankenstein de Whale reste d'ailleurs l'une des plus grandes références du cinéma fantastique, même si la fidélité n'est pas toujours au rendez-vous, ne serai-ce que pour la prestation inoubliable de Boris Karloff dans le rôle de la créature et celle de Colin Clive dans le rôle d'un Frankenstein possédé par ses travaux. En 1935, Whale donne une suite à son Frankenstein en mettant en scène un pan du roman totalement éclipsé du premier film.
Le film s'ouvre d'une manière surprenante avec une introduction nous montrant le couple Shelley ainsi que Byron dans le salon de la villa Deodati, inutile de préciser que la vision qu'en donne Whale est incomparable à celle que donnera bien plus tard Ken Russell dans son film GOTHIC, mais la tentative de rattacher l'histoire de Frankenstein à celle de son auteur est louable, de plus la scène est particulièrement belle, les décors et l'orage grondant dehors, les éclairs, lui donnent un caractère onirique ensorcelant.
Si on peut voir que Whale encore une fois prend de grandes distances vis à vis du matériaux d'origine, il en reste totalement fidèle à lui-même, ainsi, l'histoire de Frankenstein reprend là où elle s'était arrêtée. Frankenstein, ainsi que sa créature ont survécu à l'incendie qui as dévasté le moulin dans la scène finale de Frankenstein. Les histoires des deux personnages vont donc se dérouler en parallèle et n'intéragir que vers la dernière partie du métrage, nous suivrons donc d'un côté le Baron Frankenstein harcelé par le Dr Pretorius, et de l'autre, la créature, pourchassée de nouveau. Whale va accentuer le côté mélodramatique de l'existence de la créature, Boris Karloff parvenait déjà à faire éprouver de la pitié pour le monstre dans une terrible scène de Frankenstein ou il jetait une petite fille dans un lac, sans comprendre, paniqué de voir qu'elle ne flotte pas comme les marguerittes. L'accent est donc mis sur cet aspect, la solitude, la tristesse, et la rancoeur, le passage avec le vieux violoniste aveugle en est un exemple parfait, même si on pourra lui reprocher et plutôt deux fois qu'une un côté "morale chrétienne" assez déplaisant.
Le Dr Pretorius, à l'origine de la création de la fameuse fiancée, est un personnage encore plus dénué de scrupule que l'était Frankenstein dans le précédent film. Tirant le personnage vers une carricature grotesque mais délicieuse, Whale en fait une sorte de magicien pervers, légèrement dérangé et carrément anachronique.
Le casting est de tout premier choix, on y retrouve les têtes d'affiches du premier film à savoir Boris Karloff dans le rôle de la créature, Colin Clive dans celui du Baron et la belle Elizabeth personnifiée pas Valerie Hobson. Mais dans ce film-ci, c'est réellement Elsa Lanchester dans le double rôle de Mary Shelley et de la Fiancée, qui tire son épingle du jeu, son apparition finale, avec son immense coiffure, drapée dans une longue robe blanche constitue le point d'orgue du film.
Karloff jugera le film inférieur au premier, du fait principalement que la créature est cette fois dotée de parole alors qu'elle avait toujours été muette, pensant que le monstre n'avait pas besoin de s'exprimer pour que l'on ressente sa détresse et qu'au contraire même son mutisme accentuait le côté pathétique. Ce "défaut" qui n'en est pas vraiment un est pallié par un accompagnement musical extra-diégétique très présent, parfois presque larmoyant qui cherche à immerger de façon excessive le spectateur dans l'histoire. Whale réalise certes un bijou d'émotion, mais dont l'ironie latente ainsi que la caractère quasi "burtonesque" avant l'heure cache une reflexion acerbe sur la religion. L'équipe du film s'en sort donc avec des honneurs largement mérité, La Fiancée de Frankenstein surpasse son ainé et forme avec ce dernier un dyptique parfait qui s'il est d'une fidélité discutable au roman de Mary Wollstencraft Godwin Shelley reste l'une des plus belles oeuvres cinématographique de tous les temps !

13 mai 2009

Tales of Terror

Réalisé en 1962 par Roger Corman.
Scénario de Richard Matheson.
Avec Vincent Price, Peter Lorre, Basil Rathbone...
Musique de Les Baxter.

*
***
*

Morella est morte de puis près de 20 ans après la naissance de sa fille Elenora, mais elle hante toujours son époux. Lorsque Elenora revient à la maison après 20 ans d'absence, Morella y voit la possibiliter de revenir en chair et en os.

Le chat noir est détesté par l'ivrogne chez qui il vit, jusqu'au jour où il pourra se venger en dénonçant le meurtre que ce dernier à commis.

Enfin, Monsieur Valdemar est au prise sur son lit de mort avec un curieux docteur qu'il pourrait bien emmener avec lui dans la tombe.

***

"Tales of terror" est le 3ème long métrage du cycle Poe de Roger Corman. Cette fois, Corman n'adapte pas une, mais trois nouvelles de Poe, réalisant lui-même les trois segment qui bénéficient tous de la stupéfiante prestation (j'ai presque envie de dire "présence") de Vincent Price.
Comme toujours, Richard Matheson est obligé de romancer quelque peu les récits pour les rendre adaptable, porter sur grand écran une nouvelle de Poe n'a rien de facil, mais le trio Corman/Matheson/Price a déjà su prouver qu'on pouvait s'en tirer à merveille avec La Chûte de la maison Usher et Le Puit et le Pendule.
***
Avec Tales of terror on entre directement dans le vif du sujet, une voix off nous berce tandis que dans le noir apparait un coeur dont les battements nous conduisent jusqu'à Morella.
Morella est le plus court, et le plus classique des trois récits, il se rapproche énormément de la chûte de la maison Usher ou de La Tombe de Ligeia (le personnage de Vincent Price l'éternel angoissé qui vit avec la mort dans une maison branlante), ce qui en fait bien entendue une réussite plastique et tragique mais aussi une découverte assez peu surprenante. Morella aurai pu occuper à lui seul un métrage entier, mais le choix de Corman de l'inclure en tant que sketch est compréhensible compte tenu des similitudes trop flagrantes avec d'autres films de la série.
***
Le Chat noir est au centre du film, et en constitue d'ailleurs l'intérêt principal. Bien plus long que Morella, Le chat Noir, quoique bien édulcoré par rapport au texte d'origine, est assez fidèle à l'esprit de la nouvelle. Si Matheson se permet de broder autour du personnage principal, incarné avec beaucoup d'humour par Peter Lorre, le final laisse apparaitre toute l'horreur et toute l'ironie de l'histoire : "j'avais muré le monstre dans la tombe", les cris du chat noir risque de hanter le spectateur un long moment.
***
L'étrange histoire de Mr Valdemar sans être ininteressant est certainement le plus faible et le moins accessible des trois récits. Vincent Price y incarne un homme mourant qui réclame les services d'un étrange médecin pour ne pas souffrir. Le médecin, campé par un Basil Rathbone aussi rigide que Sherlock Holmes, va s'emparer de son âme et se jouer du mourant l'empêchant de trouver le repose jusqu'à ce que ce dernier accepte de lui donner la main de la veuve. Le final granguignolesque, même s'il peut se targuer d'une certaine fidélité à Poe n'a pas l'ampleur nécessaire pour clore le métrage.
***
En bref, Tales of Terror, de par son caractère inégal et la trop courte durée de ses récits peut paraitre quelque peu hermétique aux novices. La qualité aléatoires des segments ne rend pas pour autant le tout désagréable et on y retrouve toute l'ambiance et de nombreux themes du cycle Poe. Tales of terror constitue donc une belle synthèse de l'univers d'Edgar Poe et de la série initiée par Roger Corman, dont le segment, Morella, s'il n'est pas le plus original reste mon préféré.

5 mai 2009

Edge of Sanity

Réalisé par Gérard Kikoïne en 1989.
Avec Anthony Perkins, Glynis Barber, Sarah Maur Thorp, David Lodge, Ben Cole...
Music composée par Frédéric Talgorn.

*
***
*

Le Docteur Henry Jekyll cherche à remplacer la morphine par une dilution de cocaïne comme anesthésiant pour créer un anesthésiant local non addictif et sans risque pour le patient. Un soir qu'il teste la mixture sur son singe dans son laboratoire, un geste malencontreux de l'animal provoque une réaction qui plonge la pièce dans les émanations de cocaïne. Lorsque Jekyll en sort, il se retrouve embarqué dans un trip qui le conduira aux limites de la raison : il devient Jack Hyde et s'adonne dans Whitechapel à son passe-temps favoris, le meurtre de prostituées !

***

La fin des années 80 a constitué une période riche en adaptations de classiques de la littérature, on peut citer le téléfilm de David Wickes, Dr Jekyll & Mr Hyde, celui de Alan Birkinshaw, La Chûte de la Maison Usher, ou le superbe film de Dwight H. Little, Phantom of the Opera. Il est étonnant de constater que les deux dernières empruntent une voix très éloignés de leurs prédécesseurs, on sait par exemple que contrairement aux adaptations antérieures, la version du fantôme de l'opéra par Dwight H. Little, tout en étant très fidèle au roman de Leroux, est un film relativement violent. Un autre film, adapté du grand classique de la littérature gothique (The strange case of Dr Jekyll and Mr Hyde), j'ai nommé Edge of Sanity va opter pour le même parti pris en l'étirant jusqu'au limite du visible.

C'est Gérard Kikoïne qui se retrouve aux commandes de la chose, l'homme est déjà connu pour son passif cinématographique dans l'érotisme ou même dans la pornographie, sans connaître les titres, on connait au moins la réputation du monsieur et ce n'ets pas sans une certaine appréhension que l'on visionne sa mise en image très...personnelle, de l'étrange cas du Dr Jekyll et de Jack l'éventreur...pardon je veux dire, de Mr Hyde !

***

Mais c'est pourtant dans un état de quasi jubilation que j'ai extirpé Edge of Sanity de sa fragile gangue de coellophane après l'avoir déniché dans une fabuleuse boutique de Bruxelles !

Dès l'introduction, ce qui frappe, c'est la douceur du score musical composé par Frédéric Talgorn, qui évoque une valse de Vienne et la photographie très net qui impose à l'oeil une définition des rouges et des noirs terriblement profonde annonçant déjà les couleurs dominantes du métrage.

Du début jusqu'à la fin, Edge of Sanity se concentre sur son personnage central, le Dr Henry Jekyll, interprété génialement par Anthony Perkins encore auréolé de la folie de Norman Bates dans Psychose d'Alfred Hitchcock. Jekyll nous est montré comme un personnage frustré sexuellement, traumatisé dans son enfance qui trouve dans la cocaïne un échapatoire qui lui permet d'assouvir ses penchants issus du trauma sans éprouver de remords et sans pouvoir être démasqué. Nuit après nuit, Jekyll devient Hyde et dans cet état second par à la recherche de Suzanna, celle qui lui causât tant de torts lorsqu'il était petit garçon trop curieux et la reconnait à travers chaque prostitué qu'il cottoie. L'acte charnel n'est jamais représenté à l'écran, ou du moins, Hyde ne s'y adonne pas, préférant pousser jusqu'au bout le parti pris de la frustration.

La mise en parallèle de Hyde et de Jack l'éventreur n'est pas sans rappeler Dr Jekyll and Sister Hyde de Roy Ward Baker (1972): tout en proposant une explication aux antipodes l'une de l'autres, les deux films jouent sur le tableau de la double personnalité, utilisant à merveille le fait que l'éventreur aie pu être doué de connaissances médicales, et pourquoi pas médecin lui-même.

Psychologiquement très riche et porté par des dialogues qui soulèvent nombre de question philosophiques (l'homme est-il libre, que deviendrait-il une fois sorti du carcan de la loi, pourrait-il profoter d'une liberté totale, ou en serait-il incapable et préfèrerai se réfugier dans l'établissement de nouvelles règles...?), le film peut aussi s'ennorgueillir de son casting. Aux côtés de l'excellent Anthony Perkins, on trouve la très jolie Glynis Barber et le très aristocratique David Lodge qui cadrent parfaitement dans le tableau de la haute société victorienne. Pour couronner le tout, les décors servent à merveille le récit: la direction artistique, tout en respectant les codes de l'époque s'autorise quelques excès ça et là, donnant au Londres du XIX un caractère Jekyll&Hyde qui en fait le jour une façade lisse de convenance et la nuit, des bas fond de débauche, humides des ébats qui les agitent. Il est à souligner aussi que la BO tient tout au long du film le même souffle qu'au début et que l'ensemble savament orchestré constitue une véritable symphonie de l'horreur dont le climax n'est pas sans faire penser au Nouveau Monde de Dvorak.

Bien sûr je ne cacherai pas que Kikoïne a par moment laissé allé sa caméra aux limites du visible, mais ce sans pour autant tomber dans la pornographie. A la manière d'un Ken Russell par exemple, il offre une relecture à la fois odieuse et géniale, ou génialement odieuse d'un mythe qui n'a jusque là été traité que de manière fort sage, ainsi qu'une pièce essentielle à la longue série des adaptation de Jekyll & Hyde qui montre qu'il est encore et toujours possible de renouveler un mythe bien connu. Il nous évite ainsi la vision d'un énième drame ou se mélange les visage de John Barrymore, Spencer Tracy ou Michael Cain (qui même s'il sont excellents n'en restent pas moins interchangeables) et fait de son Henry Jekyll un personnage à part, reconnaissable entre mille qui possède sa propre histoire, et ses propres visages.

Vous l'aurez compris, je conseille vivement Edge of Sanity à tout ceux qui s'intéressent à la nouvelle de Stevenson, qu'ils en aient vu d'autres adaptations ou non. Bien sûr, seule elle ne peut se suffire à elle-même, mais complêtée de la lecture du roman et/ou de la vision d'une adaptation plus classique, elle peut alors affirmer son originalité ! Elle n'est cependant pas à mettre devant tout les yeux et même à réserver à un public averti voire exclusivement adulte.


(petit détail intéressant, le film est produit par Harry Allan Towers et sa femme Maria Rohm qui ont tout deux fait parti de l'entourage proche de Jess Franco à la fin des années 60.)

25 avr. 2009

WILDE

Réalisé par Brian Gilbert en 1997.
Avec Stephen Fry, Jude Law, Vanessa Redgrave, Jennifer Ehle, Michael Sheen, Zoe Wanamaker, Tom Wilkinson...
D'après le livre de Richard Ellman.
Musique composée et dirigée par Debbie Wiseman.


*
***
*


Le récit de la vie d'Oscar Wilde, depuis son mariage avec Constance en 1884, jusqu'à sa mort en 1900, en passant par ses succès au théâtre, sa rencontre avec Lord Alfred "Bosie" Douglas et le fameux procès intenté contre lui par Lord Queensberry.


***


Il est très difficile d'écrire sur les oeuvres qui nous touchent réellement, celles qui font céder en vous jusqu'à la dernière parcelle de scepticisme. Mon amour pour Wilde m'oblige toujours à considérer une éventuelle critique de ses oeuvres, ou des oeuvres lui rendant hommage, avec une certaine distance ; aussi objectif puisse-je être ou m'efforcer d'être, parfois je sens une barrière se briser et je ne peux que voir et accepter ce que je vois...


Brian Gilbert dirige avec une affection visible ce superbe, émouvant, et respectueux biopic...je ne ferai pas l'affront au lecteur de revenir une fois encore sur les faits relatés, la vie d'Oscar et son oeuvre sont connues de tous ceux qui le portent dans leur coeur, et ceux qui le détestent connaissent la scandaleuse affaire de Wilde. Mais le film fait bien plus retranscrire une période la vie d'Oscar Wilde, il nous fait entrer dans la vie de son personnage central comme peu de biopic peuvent le faire.



Le film bénéficie d'interprètes fabuleux, Stephen Fry en tête, plus vrai que nature, suivit de près par Jude Law, Jennifer Ehle et Michael Sheen ainsi que d'un score parfaitement adapté à Wilde, une musique teinté d'optimiste qui rend merveilleusement hommage à la vision du monde selon Oscar Wilde et sa capacité naturelle à relativiser même les coups les plus dures, très vite, l'air de la BO devient indiscociable de l'évocation du personnage. Inutile de parler de la reconstitution d'époque, rien d'étonnant à ce qu'elle soit parfaite, à l'image du reste.

Eblouissant sur la forme, le film l'est tout autant sur le fond, et ne cherche jamais à appitoyer le spectateur, l'ensemble reste d'une grande dignité, Brian Gilbert semble vouloir nous rapprocher de Wilde, et parvient à faire en sorte que son film n'apparaisse jamais comme un documentaire mais comme si nous étions introduit dans le salon de Tite Street et qu'un "enchanté Mr Wilde" était de mise. Le final a le bon goût d'occulter pudiquement les images des derniers jours de l'homme...

La dernière note est laissé à un épilogue très sobre et au superbe score de Debbie Wiseman qui semble clamer qu'Oscar Wilde jamais ne sombrera dans l'oubli.

L'émotion est donc au rendez-vous, et au delà de toute objectivité, WILDE est un chef-d'oeuvre qui ravira les initié, enchantera les amoureux et fera une splendide entrée en matière pour les novices à condition qu'ils aient l'esprit ouvert et que la vérité pour eux ne doivent jamais s'encombrer du masque de la bien-séance et de sa censure assassine.