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25 juil. 2012

Frankenstein et le Monstre de l'Enfer


Réalisé par Terence Fisher en 1974.
Avec Peter Cushing, Shane Briant, Madeleine Smith, David Prowse, Charles Lloyd-Pack, Patrick Troughton...
Scénario de John Elder.
Musique composée par James Bernard.
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Présumé mort, le baron Frankenstein officie sous le nom de Karl Victor dans un asile. Les dossiers qu'il possède sur le personnel lui permettent de mener ses expériences sans être dérangé, mais ses mains, brûlées dans un incendies ne sont plus ce qu'elles étaient et un assistant ne serait pas de trop. la chance sourit au vieux baron puisqu'un jeune chirurgien vient justement d'être interné après avoir tenté de reproduire les expériences de Frankenstein qu'il a pris pour modèle...
***

En 1970, la Hammer en quête de renouveau avait tenté d'apporter du sang neuf à l'une de ses sagas phares, en a résulté The Horror of Frankenstein, dans lequel Ralph Bates (Taste the Blood of Dracula, Dr Jekyll & Sister Hyde...) remplaçait Peter Cushing pour une révision du roman de Mary Shelley dont la réalisation confiée à Jimmy Sangster n'est pas des plus brillantes. Pas question de clore le chapitre Frankenstein sur cet essai peu concluant, et surtout sans avoir convié Peter Cushing à la fête. Terence Fisher va donc mettre sur pieds avec Anthony Hinds et son acteur principal cette conclusion, qui sera son dernier film, ainsi que le dernier film gothique de la Hammer.

L'ouverture présente tous les ingrédients emblématiques de la série : un voleur de cadavre, payé par un médecin aux méthodes peu orthodoxes, l'intrusion d'un policier dans le laboratoire, et le procès du scientifique jugé fou. Cette introduction est déjà un "petit Frankenstein" à elle seule. Le jeune chirurgien interné pour cause de démence, Simon Helder est interprété par Shane Briant (Demons of the Mind, Captain Kronos : Vampire Hunter, Straight on Till Morning) qui achève un contrat de quatre films avec la Hammer. Helder éprouve une grande admiration pour les travaux de Frankenstein et son internement va lui donner l'opportunité de rencontrer son idole.



C'est un Frankenstein émacié, plus minéral que jamais que nous rencontrons alors qu'il vient en aide à Helder qui subit les mauvais traitement des gardiens. L'autorité de Frankenstein au sein de l'asile est indiscutable, et même les pensionnaires lui témoignent un grand respect. Cette autorité le baron la doit à certaines informations sur le personnel que les intéressés n'aimeraient pas voir divulgués, le directeur de l'asile en particulier dont le comportement avec les patientes est loin d'être éthique. Frankenstein ou plutôt le Dr Karl Victor n'est plus une figure aussi menaçante qu'il ne l'était dans Frankenstein must be Destroyed, il semble au contraire très apprécié et on trouve à ses côtés une très jolie jeune femme du nom de Sarah que tout le monde surnomme l'Ange. Pour la première fois, le baron semble manifester un attachement particulier à une personne du sexe opposé. L'Ange (Madeleine Smith qui trouve ici l'un de ses meilleurs rôles), dont le mutisme renforce l'altérité par rapport à son environnement, est une sorte de personnage intouchable que tous les pensionnaires semblent aimer et vouloir protéger, sa présence semble d'ailleurs toujours être une source d'apaisement : elle est aimée, mais jamais convoitée.

Sarah a été, nous dit le baron, ses mains, avant que n'arrive Helder. Leur rencontre va redonner à Frankenstein l'espoir de réussir enfin l'expérience qui a motivé son existence entière : créer un être humain de toute pièce. Les pensionnaires de l'asile vont offrir aux savants fous le matériel nécessaire à l'élaboration d'un être parfait. Le suicide d'un dément aux allures néandertaliennes fournit un corps puissant, la mort inexpliquée d'un sculpteur, des mains d'orfèvre et le suicide provoqué d'un mathématicien violoniste à ses heures, un cerveau brillant. Si Frankenstein nous apparaît quelque peu assagit et beaucoup plus humain qu'à l'accoutumé, on aura vite compris que les morts "accidentelles" ou les "suicides" sont de sont fait, nécessité faisant loi. Le pauvre violoniste, professeur Durendel (Charles Lloyd-Pack excellent) se suicide en effet après avoir vu une note certifiant qu'il est incurable, laissée négligemment dans sa cellule par le baron. Il n'y a donc pas de rémission possible pour Frankenstein qui est le véritable incurable de l'asile, poursuivant échec après échec ses expérience quoiqu'il en coûte.



Mais malgré le matériel réuni, la créature qui en résulte est tout à fait grotesque. David Prowse (que l'on reconnaîtra, ou pas, trois ans plus tard sous le masque de Dark Vador) malgré un maquillage extrêmement lourd et contraignant parvient à faire passer suffisamment d'émotion pour attirer la sympathie dans le rôle de cet être raté, cette personnalité raffinée et brillante (Durendel) coincée dans un corps grossier, dont les mains, étrangères, refusent d'obéir. Le baron ne semble pas se rendre compte du ridicule et de l'horreur du résultat et il tente en vain de maintenir à flot le cerveau du professeur en essayant de lui apprendre à commander un corps qui rejette ses greffes. Il y a dans cette révision du schéma original une dimension pathétique qui nous pousse à plaindre Frankenstein autant que sa créature. Le génie maléfique, brillant scientifique en est réduit à n'être plus qu'un petit maître d'école, dont les frustrations évoquent celles qu'a dû éprouver le Marquis de Sade lorsqu'il tentait de mettre en scène des pièces de théâtre avec les pensionnaires de Charenton.

La trame est donc ici très simple et se prête très bien au décors de l'asile, qui transforme le film d'horreur en huis-clos. Tous les personnages y sont réunis et une fois la caméra entrée dans l'enceinte de l'établissement, elle n'en sortira plus. Cette quasi absence d'extérieur rend trouble la frontière entre les médecins et les malades, et tout le monde finalement est prisonnier. La direction artistique de Scott MacGregor et la photographie de Bryan Probyn sont tout à fait splendides et les éclairages à la bougie dans les couloirs de pierre font merveille. Malgré un décor réduit à l'asile et sa cour intérieure, Frankenstein and the Monster from Hell démontre une réussite esthétique indéniable. Le gore ne peut être considéré comme un atout, mais il convient de souligner qu'il s'agit là de l'épisode le plus impressionnant de la série, si ce n'est le film le plus sanglant de la Hammer. Il n'y a rien d'insoutenable pour le spectateur aujourd'hui, mais les effets spéciaux de Les Bowie (Fahrenheit 451) sont très convaincant. On notera une scène mémorable ou le baron tient entre ses dents une artère pour que Helder puisse suturer à vue dégagée. 



Tout semble voulu pour faire de ce film une apothéose tant il est un concentré de tout ce que la Hammer a offert de mieux dans le genre auparavant. Ceci associé au traitement du personnage de Frankenstein par Fisher fait de la vision de ce film un véritable plaisir. On sent une réelle tendresse de la part de Fisher pour le personnage, comme lorsque pour la première fois il l'autorise à rire, dans une scène d'antologie : Alors qu'ils viennent de greffer des yeux à leur créature, le baron dit "lorsqu'il se réveillera nous verrons", ce à quoi Helder répond "espérons que c'est lui qui verra" déclenchant un fou rire du vieux baron peut habitué à l'humour. Il amène ici le personnage à ses limites sans pourtant consentir à mettre un véritable point final à ses expériences. Alors que sa créature a été détruite par les déments de l'asiles dans une frénésie gore, alors qu'une nouvelle expérience a raté, et malgré son âge avancé, le baron ne sait se résigner et s’attèle à la tache de nettoyer son laboratoire : la prochaine fois sera la bonne.

Mais il n'y aura pas de prochaine fois, Fisher nous laisse, avec cette fin ouverte, comprendre qu'il n'y a pas de fin à la recherche du progrès, que Frankenstein existera toujours sous une forme ou une autre. A quoi bon mettre en scène la mort d'un personnage qui s'est toujours débrouillé pour survivre jusque là. Non, on ne dupera pas le spectateur cette fois avec une mort suivie d'une résurrection, d'un éternel retour, on se quittera sur l'image d'un Victor Frankenstein toujours sur le même rail, toujours obsédé, jamais résigné, dans son monde. L'aliénation de Frankenstein, c'est son travail, sa cellule, son laboratoire. Magnifiquement mis en scène, cette brillante conclusion démontre tout le talent de Terence Fisher, et contre toute attente, il se pourrait bien que le dernier film du maître soit aussi son meilleur.

23 juil. 2012

Le Retour de Frankenstein


Réalisé par Terence Fisher en 1969.
Avec Peter Cushing, Veronica Carlson, Simon Ward, Freddie Jones, Thorley Walters, Maxine Audley...
Scénario de Bert Batt.
Musique composée par James Bernard.
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Le baron Frankenstein loge dans une pension sous le nom de Fenner, non loin d'un asile au sein duquel est interné un de ses anciens collègues devenu fou, le Dr Brandt. Apprenant que le fiancé de sa logeuse travaille à l'asile et s'adonne au trafique de cocaïne pour payer le traitement de sa future belle-mère, il saute sur l'occasion de les faire chanter : S'ils n'acceptent pas de l'aider à sortir Brandt de l'asile et à l'opérer pour guérir son cerveau malade, il les dénonce. Avant de sombrer dans la démence, Brandt devait en effet confier à Frankenstein la technique qu'il avait mise au point pour une parfaite transplantation du cerveau.
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Une rue embrumée, un meurtre sanglant, une fuite effrénée, une atmosphère digne de Burke et Hare, et un titre qui annonce la couleur : Frankenstein Must Be Destroyed ! L'efficacité de l'introduction, avec son montage fragmenté qui ménage une tension extraordinaire ne laisse pas de doute quand à la direction qu'empreinte Fisher, cette fois, personne n'en réchappera ! Ce n'est pour une fois ni le nom de Jimmy Sangster ni celui de John Elder (Anthony Hinds) que l'on peut apercevoir au générique pour ce qui est du scénario mais Brett Bart qui, se basant sur une histoire originale établie avec Anthony Nelson Keys, amène le baron Frankenstein aux confins de la vilenie. Il ne reste plus rien du peu d'humanité que l'on avait pu apercevoir dans Frankenstein Created Woman, rien de ces penchants métaphysiques, et rien de cette "propreté" du personnage qui ne se salie pas habituellement les mains mais paye d'autres mains pour se salir. Plus que jamais pour le baron, la fin justifie tous les moyens. Il n'est plus ce génie incompris dont on pardonne les écarts criminels parce que ses manières délicieuses nous séduisent à chaque fois, non, on ne peut plus se laisser avoir cette fois, l'homme apparaît tout à fait haïssable.




Les préoccupation du baron sont à nouveau beaucoup plus terre à terre qu'elle ne le sont dans le film de 67. Up to his old tricks again, il tente à nouveau la transplantation cérébrale et semble mener ses recherches comme une croisade contre les ignorants, semblant ignorer qu'il est devenu lui-même une sorte de fanatique... on aurait presque pitié, si la mécanique inépuisable du personnage ne l'empêchait de montrer une quelconque faille.

Peter Cushing comme toujours reprend brillamment un rôle qui s'avère poliphanique, malgré le caractère cruel du personnage, on appréciera ses habituelles remarques ironiques. On remarquera qu'ici le baron est à nouveau obligé de vivre sous une fausse identité, alors que dans le précédent film il officiait sous son vrai nom sans être plus inquiété. Comme toujours le baron se trouve un assistant, ce n'est plus un jeune médecin qui vient faire chanter le baron, mais bien le baron qui menace un jeune médecin, ici personnifié par le jeune premier Simon Ward (décédé le 20 Juillet dernier à l'âge de 70 ans, on aura pu le voir une dernière fois à l'écran dans la série The Tudors), dont l'aspect juvénile le fait passer pour un enfant à côté de Cushing ce qui accentue l'impression d'une innocence corrompue et distille une certaine ambiguïté. Une ambiguïté que James Carreras, producteur exécutif, a sans doute voulu étouffer, en insistant pour inclure une scène sans intérêt, et surtout d'un très mauvais goût dans laquelle le baron viole Anna (la très jolie Veronica Carlson déjà vue dans Dracula Has Risen from the Grave), la jeune land lady. Aussi dénué d'humanité soit Frankenstein dans cet opus, la séquence est tout à fait hors de propos et le comportement ne correspond absolument pas au personnage qui se soucie peu des plaisir de la chair. La scène fut incluse en fin de montage malgré les objections atterrées de Cushing, Carlson et Fisher.




Corrupteur, manipulateur, implacable, Frankenstein se révèle aussi être un meurtrier sans scrupules. Si on l'a vu jeter un vieux savant dans les escaliers pour se procurer un cerveau dans The Curse of Frankenstein, on pouvait comprendre qu'il s'agissait de ses recherches, mais cette fois, l'homme tue, sinon par plaisir, par colère. Rien ne doit se mettre en travers de sa route, et comme l'indique le titre, pour qu'il soit stoppé, il doit être détruit. Loin des retournements ironiques de Revenge of Frankenstein, cet opus se trouve totalement dénué d'espoir, pour le personnage comme pour ceux qu'il atteint de près ou de loin : le body count est exceptionnellement élevé. Révoltant mais tout à fait splendide dans son exécution, Frankenstein Must Be Destroyed fait partie des immanquables de la Hammer. 

On reconnaîtra la direction artistique de Bernard Robinson qui fait des merveilles avec les studios d'Elstree, magnifiés par la photographie d'Arthus Grant, ainsi que la musique de James Bernard qui semble n'exister que pour souligner qu'aucun espoir n'est permis tant elle est sinistre dans sa simplicité, belle dans sa noirceur. Tout cela sonne un peu comme un requiem, d'ailleurs Fisher va jusqu'à nous gratifier d'un final qui voit Frankenstein et sa "créature" (le cerveau du Dr Brandt dans un autre corps) finir dans un incendie (Fisher avait jusque là privilégié des fins plus sobres). Sur les flammes qui déchirent un ciel d'encre se déroule le générique qui clos ce jeu de massacre. Mais on aurait tort de croire à la mort du personnage, on retrouvera Frankenstein, amoindri mais toujours déterminé pour un chant du cygne prodigieux cinq ans plus tard.


Frankenstein Créa la Femme


Réalisé par Terence Fisher en 1967
Avec Peter Cushing, Susan Denberg, Thorley Walters, Robert Morris...
Scénario de John Elder.
Musique composée par James Bernard.
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Poursuivant ses travaux, le baron Frankenstein pense à présent pouvoir transcender les question physiques pour atteindre directement l'âme de ses sujets. L'opportunité lui est offerte de vérifier la pérennité de l'âme humaine lorsqu'un jeune homme accusé à tort de meurtre est guillotiné, et que sa jeune amie se suicide par noyade. Il va alors transférer l'âme de l'innocent dans le corps de sa bien aimée...
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Après Dracula Prince des Ténèbres en 1966, Terence Fisher abandonne la saga Dracula qui suivra une route convenue et monotone entre les mains de quatre réalisateurs différents, mais il n'a heureusement pas délaissé de la même façon la saga Frankenstein qui semble lui tenir beaucoup plus à coeur. Après l'opus sans relief de Freddie Francis, Fisher reprend les rennes pour achever en 1967 ce qui demeure l'un des meilleurs accueils critiques de la Hammer. Frankenstein créa la Femme (un titre qui parodie malicieusement celui du film de Roger Vadim, Et Dieu créa la Femme, avec Brigitte Bardot) fut en effet loué pour son aspect conte de fée adulte et sa réflexion poussée bien au delà de l'habituel schéma créateur/créature.

Le script d'Anthony Hinds se révèle beaucoup plus inspiré que son précédent effort, et cette nouvelle expérience de Frankenstein ne s'intéresse plus seulement à la mécanique du corps, mais prend une tournure beaucoup plus métaphysique avec les questionnement du baron sur la possibilité d'isoler l'âme humaine hors du corps (un postulat que Martin Scorcese qualifiera de "proche du sublime"). C'est un Frankenstein assagi que nous retrouvons, certes débarrassé des affectes trop présents de celui du film de 64, mais beaucoup plus tourné vers les questions spirituelles. On pourra s'étonner de le voir travailler pour réparer en quelque sorte une injustice ou disserter sur des questions plus ésotériques que scientifiques. Toujours tout de paradoxes, Frankenstein admet l'existence de l'âme, sans de défaire de son incrédulité, mais en admettant que s'il existait un diplôme de sorcellerie, il l'aurait certainement obtenu (Van Helsing, docteur en médecine, psychologie, philosophie et théologie semble avoir déteint sur l'autre rôle majeur de Cushing).

S'ouvrant sur l'image de la guillotine, réminiscente des premiers épisodes, Frankenstein Created Woman scande le style reconnaissable de Fisher avec son entrée en matière brutale et exceptionnellement crue. Cette guillotine est destinée à accueillir le père du tout jeune Hans qui assistera, traumatisé, à l'exécution. Plusieurs années plus tard, Hans partage son temps entre son travail à la taverne et le laboratoire du baron Frankenstein qu'il assiste avec le Dr Hertz (Thorley Walters). Nous découvrons alors le baron, couché dans une sorte de sarcophage de métal, apparemment mort, avant d'être réanimé par Hertz. Nous comprenons que Frankenstein s'est prête volontairement à une expérience : techniquement mort pendant une heure, il est revenu à la vie, inchangé et fait par là la preuve que l'âme ne s'échappe pas dans un soupir vers l'au delà mais demeure à l'intérieur du corps. 

Le script torturé de Hinds va suivre une trame qui opère d'incessants aller et retour. Nous présentant la relation de Hans et Christina, soit celle d'un fils de meurtrier et d'une jeune fille défigurée, il pose des bases qui annoncent la tragédie avant même que le premier élément déclencheur ne vienne bouleverser la situation. Passé une longue mise en place comme seul Fisher sait les orchestrer, le plus minutieusement du monde, une suite d'évènement va mener le couple à la mort. Christina est molestée dans la taverne par trois jeunes aristocrates, Hans jure de les tuer et c'est tout ce que retient l'assemblée. A la nuit tombée les trois voyous s'en viennent voler du vin dans la cave de la taverne, surpris par un homme, ils le battent à mort avant de s'enfuir. Le meurtre est attribué à Hans qui est condamné à mort, de chagrin, Christina se jette dans un torrent.

Le Dr Hertz fait jouer une relation peu glorieuse pour fournir à Frankenstein le corps du jeune Hans pour que le baron puisse en extraire l'âme qui restera en attente d'un corps viable, corps qui ne tardera pas à arriver puisque l'on repêche la pauvre Christina. Avec l'aide de Hertz, Frankenstein parvient à transférer l'âme de Hans dans le corps de sa bien aimée, en réparant au passage le visage de la jeune femme qui se révèle être une créature de rêve. Mais personne ne semble se rendre compte de la perversité de la situation : les deux amants bafoués se retrouvent dans le même corps et des deux personnalités, celle de Hans, avide de vengeance ne tarde pas à influencer celle de sa douce amie.



Christina va donc accomplir la vengeance qu'ils recherchent tous les deux. A présent paré des attributs les plus séduisants, elle n'est plus la jeune fille qui voulait fuir la vie, et forte d'une seconde personnalité elle est prête à affronter ceux qui se sont dérobés à la justice pour laisser Hans être accusé à leur place. Frankenstein Created Woman est donc l'histoire d'une renaissance plus que d'une création. La crise identitaire de la créature résulte ici d'une forme poétique de schizophrénie et non plus d'une frustration ou d'une colère, en effet l'apparence de Christina n'inspire pas la terreur, mais le désir. Son air innocent inspire aussi la sympathie de Hertz, qui pallie à la froideur de Frankenstein en se montrant beaucoup plus attentionné vis à vis de la jeune femme, que le baron toujours occupé. La vengeance de la créature ne se dirige pas vers le créateur qui n'a finalement offert que le moyen aux amants de rendre justice, avant de disparaître à nouveau : dans un élan de lucidité, Christina se jette à nouveau et définitivement dans le torrent, emportant Hans avec elle.

S'il ne présente pas l'aspect flamboyant des productions Hammer de 57 à 64 (une absence propre au films des années 65-67), il arbore une mise en scène millimétrée et des idées formidables. Lorsque Christina s'exprime avec la voix de Hans, l'effet est saisissant et les éclairages baroques qui prennent le pas sur la lumière naturelle lorsque Hans prend les commandes donnent au film un caractère onirique. L'humour de Fisher est aussi très présent, Thorley Walters, par exemple, qui n'a pas le physique de jeune premier de Francis Matthews fait passer l'assistant de Frankenstein pour une sorte de Dr Watson à la Nigel Bruce, en étant tout de même beaucoup plus subtil et même touchant, qui sait se montrer persuasif quand il s'agit d'obtenir un cadavre par le chantage.

Ce nouvel opus ne semble pas être pensé comme la continuité de la saga, Fisher préfère sans doute le voir comme un stand alone, pour éviter que son impact soit minimisé par un côté feuilletonesque. Laissant de côté cette expérience métaphysique et celle pataude du film de 64, il retrouvera l'année suivant Frankenstein dans un contexte londonien pour enfin donner une suite véritable à Revenge of Frankenstein avec Frankenstein must be Destroyed, une autre superbe pierre à l'édifice. Mis en scène pendant une période charnière (la Hammer quitte cette année là les studios de Bray pour ceux d'Elstree, et ce sera l'un des derniers films tourné à Bray), Frankenstein Created Woman est un superbe exemple de la tragédie fisherienne. 

19 juil. 2012

L'Empreinte de Frankenstein


Réalisé par Freddie Francis en 1964.
Avec Peter Cushing, Sandor Eles, Peter Woodthorpe, Katy Wild, Kiwi Kingston...
Scénario de John Elder.
Musique composée par Don Banks.
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De retour en Suisse avec son assistant Hans, le baron Frankenstein espère trouver le calme suffisant pour continuer ses expérience, dans son château laissé à l'abandon... 
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Il y a d'emblée quelque chose d'incroyablement frustrant à voir que ce film de Freddie Francis ne tient pas compte de l'évolution qu'à imprimé Fisher au personnage principal, et qu'il balaye dès l'introduction le chemin parcouru jusqu'à Londres. Francis ne semble pas du tout à l'aise avec les monstres classiques que sont Dracula et Frankenstein, et les scenarii d'Anthony Hinds ne sont pas pour l'aider. Ni Evil of Frankenstein, ni Dracula has risen from the grave ne seront à la hauteur d'autres films bien plus intéressants de Francis comme Nightmare, Paranoiac (avec Oliver Reed) ou The Creeping Flesh (réalisé pour la Amicus, avec Cushing et Lee).

Nous avions laissé Frankenstein sous l'identité du Dr Franck à Londres, là où Fisher l'avait malicieusement amené, après l'avoir ressucité, Anthony Hinds (Elder) et Freddie Francis vont le ramener dans ses contrées natales sous le prétexte qu'un prêtre anglais à détruit son laboratoire sur place. A cette occasion nous découvrons un baron complètement désenchanté, qui s'insurge contre les ignorants qui hurlent qu'élargir les connaissances c'est réduire le territoire de Dieu, et soupire "they always destroy everything" ou "why can't they ever leave me alone", comme s'il était le bouc émissaire de tous les savants fous dont l'oeuvre fut détruite tout au long de l'histoire du cinéma.

Le Frankenstein de Francis n'est pas l'être contenu et mesuré de Fisher, il s'emporte, comme lorsque dans une auberge il voit sa bague au doigt du bourgmestre et s'apprête à faire scandale, un comportement qui ne correspond pas du tout au personnage. Cushing fait montre dans son jeu de beaucoup plus d'affectes ce qui minimise l'aura de son personnage dont les élans colériques ou compassionnels sont assez inattendus et finalement peu conséquents.

Mais la déception ne réside pas seulement dans cette approche du personnage. Un partenariat avec Universal autorise la Hammer à créer un maquillage proche de celui de Jack Pierce pour Boris Karloff dans le film de 1931. Ce que l'on peut dire de la création de Roy Ashton, c'est qu'elle n'est pas des plus réussies, et Kiwi Kingston (qui n'est pas acteur en réalité mais lutteur) a bien du mal à composer avec le visage tartiné de ciment. Elle est bien malheureuse cette volonté de faire ressembler le monstre à celui des films Universal, car elle oblige Hinds à réécrire sa genèse en annulant les évènements de The Curse of Frankenstein via un simple flashback ou Frankenstein raconte à Hans (Francis Matthews laisse sa place à Sandor Eles) le désastre de sa première expérience. Ainsi Frankenstein raconte-t-il que sa créature s'est enfuit et que poursuivie par la police elle est tombée dans un ravin. Ravin au fond duquel il va la retrouver, conservée dans la glace...



Un baron ramolli, des bases ignorées, un créature ratée puis congelée... Evil of Frankenstein pourrait-il pousser le vice jusqu'à réanimer la créature pour qu'elle aille faire un petit tour au village ? Oui. Est-ce qu'il fait ça bien ? Non. On peut s'interroger sur la raison qui pousse le baron que l'on sait capable d'une transplantation cérébrale parfaite, à reprendre le brouillon qui lui a valu l'opprobre, si ce n'est peut-être un élan paternaliste ou une étrange nostalgie. Revenue à la vie la créature est inerte, Frankenstein s'en ouvre alors à Zoltan un célèbre hypnotiseur, pour faire revenir dans les yeux de l'homoncule une étincelle de vie. Mais comme toujours les petites mains ne sont pas dignes de confiance et Zoltan voit en la créature, qui est désormais en son pouvoir, un moyen de se débarrasser des gêneurs... Mais inutile de s'attarder sur cette vaudevillesque mascarade. Dans un final explosif, la créature dans une rage éthylique va ravager le château qui s’effondre sur elle et le baron. Le dernier mot revient au sentencieux Hans Kleve : "They beat him after all".

On ne retrouvera rien de ce qui faisait la grandeur des précédents films dans celui-ci, qui malgré tout offre un bon divertissement. L'Empreinte de Frankenstein (un titre qui évoque peut-être la marque durable qu'à imprimé Karloff à l'imagerie du personnage) est une entrée passablement inutile dans la saga, un hors série dispensable malgré une interprétation juste de Peter Cushing. Le film de Freddie Francis demeure un beau livre d'image, mis en scène non sans un certain panache, mais plombé par un scénario rocambolesque, un maquillage ridicule et un traitement trop superficiel d'un baron Frankenstein désabusé, qui aurait pu être l'aspect le plus intéressant de ce film qui n'est au final qu'une coquille vide.

12 juil. 2012

La Revanche de Frankenstein


Réalisé par Terence Fisher en 1958.
Avec Peter Cushing, Francis Matthews, Eunice Gayson, Michael Gwynn...
Scénario de Jimmy Sangster.
Musique composée par Leonard Salzedo.
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En soudoyant un gardien infirme, le baron Frankenstein a échappé à la guillotine à laquelle il était promis. Installé en Allemagne sous le nom de Stein, il exerce en tant que médecin auprès des plus pauvres, une couverture, qui lui permet d'obtenir facilement des corps frais pour poursuivre ses expériences...
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Terence Fisher orchestre cette revanche de Frankenstein, toujours basée sur un scénario de Jimmy Sangster, avec ce qui ressemble à un réel plaisir. On retrouve Peter Cushing dans le rôle titre, la photographie splendide de Jack Asher, les décors de Bernard Robinson... de quoi ravir le public de la Hammer, tout est là, et plus encore !

Opérant sous un pseudonyme, Victor Frankenstein est reconnu par un jeune médecin avide de savoir qui lui propose son assistance contre son silence. Le jeune Hans Kleve (Francis Matthews : Dracula Prince of Darkness, Rasputin the Mad Monk) va donc être impliqué dans les recherches du baron qui a découvert le moyen de transplanter un cerveau humain d'un corps à un autre, une expérience qui servira en même temps au baron à payer sa dette envers le gardien qui l'a aidé à s'échapper. Karl, ledit gardien est en effet handicapé et Frankenstein peut lui offrir un corps en parfait état.

Bien plus que l'ambitieux et froid savant fou qu'il était dans The Curse of Frankenstein, le baron est un être tout à fait paradoxal. On pourra s'étonner de le voir ouvrer au service des pauvres de Carlsbruck, ou de la  pédagogie et de l'attention dont il fait preuve à l'égard de Kleve qui était au départ son maître chanteur avant de devenir son élève dévoué. Même si l'on apprendra au final que toutes ses actions sont calculées pour servir un plan parfait, il semble que nous soit donné à voir l'humanité d'un personnage complexe qui en plus d'être un spécialiste de la mécanique humaine est aussi fin psychologue. Il est difficile de détester ce Frankenstein même s'il n'est pas du tout le personnage repentant de Mary Shelley, tant il fait preuve de manières et d'une conversation délicieuse, au ton joliment ironique, même si l'on peut s'interroger sur sa perception de l'humour : Frankenstein/Cushing ne rit pas souvent.

Avec l'aide de Kleve, Frankenstein parvient donc à transplanter le cerveau de Karl dans un nouveau corps, conçu par le baron lui-même, et même si le résultat est des plus encourageant, les conséquences seront, comme il faut s'y attendre, désastreuses. Le pauvre Karl refuse de demeurer un sujet de curiosité et s'enfuit grâce à sa nouvelle enveloppe, mais la transplantation entraîne chez lui des comportements inquiétants et la piste laissé par ses actes criminels ne tarde pas à mener au baron. Karl est une créature elle aussi plus complexe que celle qu'incarnait Christopher Lee. Cette fois doté de parole, le "monstre" à l'aspect en tout point humain est incarné par Michael Gwynn (acteur que l'on reverra dans Les Cicatrices de Dracula), qui est tout à fait extraordinaire dans sa composition pathétique.


Lorsque l'on pense à la Hammer, l'idée d'une violence graphique n'est pas celle qui vient à l'esprit en premier, pourtant, Revenge of Frankenstein se montre assez généreux sur ce plan, et si le film offre assez peu d'action pour se concentrer sur un aspect plus psychologique, il sait y allier son lot de scènes sanguinolentes très réussies. Impressionnant sur ce plan mais aussi sur celui de la mise en scène, le film est ciselé par un réalisateur touché par la grâce. 

Le final, sommet d'ironie, voit la baron Frankenstein devenir le sujet de ses propres expériences : tué par ses patients qui ont découvert son identité, le baron laisse un cerveau en bon état et un corps de son invention destiné à l'accueillir au cas où une telle chose se produirait. C'est Kleve, l'élève qui a reçu l'apprentissage adéquat, qui finit par dépasser le maître en réussissant une opération parfaite et sans conséquences fâcheuses. Les deux hommes fuient pour Londres, ou le baron devenu l'une de ses créatures, pourra de nouveau exercer sous le nom de Dr Franck.

Esthétiquement magnifique, les décors du film sont aisément reconnaissables, comme le laboratoire du baron, dont il dit lui-même qu'il s'agissait auparavant d'une cave à vin... à vin rouge semble-t-il puisqu'elle servit de caveau au comte Dracula dans le précédent film de Fisher, Le Cauchemar de Dracula. The Revenge of Frankenstein voit le jour au cours d'une période bénie où Fisher enchaîne les tournages pour établir une oeuvre imposante et riche. Il est indéniablement l'un des meilleurs chapitres de la Comédie Humaine selon Fisher.

9 juil. 2012

Frankenstein s'est échappé !



Réalisé par Terence Fisher en 1957.
Avec Peter Cushing, Christopher Lee, Hazel Court, Robert Urquhart, Valerie Gaunt, Melvyn Hayes...
Scénario de Jimmy Sangster.
Musique composée par James Bernard.
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Dans une cellule de prison, le baron Frankenstein attend son exécution, pour quel crime ? Avoir poursuivit un rêve insensé qui l'a conduit à devenir un meurtrier froid et calculateur : créer un être parfait et lui insuffler la vie.
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1957 fut un grand cru pour le cinéma fantastique car avec The Curse of Frankenstein, la Hammer entamait un cycle gothique qui se poursuivrait jusqu'en 1974, lançant une série d'adaptation des classiques de la littérature fantastique. Produit par Anthony Hinds et Michael Carreras, le film pose les base de ce que sera désormais le style de la Hammer. Ce style est principalement celui de Terence Fisher, réalisateur phare de la firme, qui met en scène les scenarii de Jimmy Sangster (Le Cauchemar de Dracula, La Revanche de Frankenstein, La Malédiction des Pharaons, Les Maîtresses de Dracula...). Cette adaptation de Frankenstein est aussi le théâtre de la formation d'un duo qui restera emblématique : Peter Cushing (le baron) et Christopher Lee (la créature). Mal reçu par la critique de l'époque, The Curse of Frankenstein fut un énorme succès publique qui encouragea la Hammer et Fisher à poursuivre leur oeuvre. Il est unanimement reconnu aujourd'hui comme un chef-d'oeuvre.


Pour cause, malgré d'énorme libertés prises par Jimmy Sangster vis à vis du roman de Mary Shelley, il s'agit bien là de l'une des transpositions les plus saisissantes du récit au cinéma; Au delà des nombreuses qualités propres aux films gothiques de la Hammer qui font pour la première fois leurs preuves à l'écran (les splendides décors du studio de Bray aménagés par Bernard Robinson, entre autres), le film bénéficie du talent visionnaire d'un réalisateur qui ne veut pas se borner à raconter un simple conte d'horreur. Comme toujours chez Fisher, la construction des personnages nécessite une mise en train qui si elle est un peu longue demeure passionnante, ainsi l'introduction durant laquelle nous est présenté le jeune baron Frankenstein (Melvyn Hayes) permet au spectateur de voir et de comprendre l'évolution du personnage, de ce jeune homme radieux laissé orphelin à la tête d'une fortune jusqu'à l'homme hagard que l'on découvre en prison.

Conscients que le personnage du baron recèle un potentiel inexploité jusque là, Fisher et Sangster vont le mettre en avant bien plus que la créature (Dans la série de films produite par Universal, c'était la créature qui devenait le personnage central, alors que la Hammer va centrer la saga sur le baron, qui poursuit encore et toujours ses expériences). Peter Cushing, futur Van Helsing et Sherlock Holmes, est l'incarnation parfaite du scientifique obnubilé par ses recherches, l'acteur offre une performance extraordinaire dans cette composition qu'il reprendra cinq fois. Difficile d'imaginer Christopher Lee sous l'impressionnant maquillage de Phil leakey et Roy Ashton (qui n'est ici qu'assistant, mais qui recouvrira Lee de bandelettes pour La Malédiction des Pharaons) ! La créature incarnée par Lee est très éloignée de celle qu'interprétait Boris Karloff, il est en effet presque impossible de ressentir de la sympathie pour cette être défiguré et aussi incapable de faire montre d'émotions que son créateur.


Le casting féminin est assuré par deux Hammer girls : Hazel Court (que l'on retrouvera aux côtés de Lee et Anton Diffring dans The Man who could Cheat Death de Fisher en 1960 et dans Le Masque de la Mort Rouge de Roger Corman avec Vincent Price en 1965) est une bien malheureuse Elizabeth qui épouse son cousin sans savoir qu'il lui préfère une domestique, et Valérie Gaunt, ladite domestique qui connaîtra un destin funeste. Robert Urquhart complête cette excellente distribution dans le rôle de Paul Krempe, une sorte d'Henry Clerval qui est ici le mentor de Victor, mais qui ne pourra cautionner les activités de son ancien élève.

De magnifiques décors, une distribution extraordinaires, une variation dramatique à l’extrême sur le roman de Mary Shelley, The Curse of Frankenstein est tout cela à la fois, mais il est surtout le point de départ d'une extraordinaire aventure cinématographique pour la Hammer, une exploration des rivages gothiques conduite part l'aventurier Terence Fisher et ses acolytes Peter Cushing et Christopher Lee.

26 déc. 2011

Lady Frankenstein



Réalisé par Mel Welles en 1971.

Avec : Rosalba Neri, Joseph Cotten, Paul Muller, Herbert Fux...

Scénario de Edwardo Di Lorenzo.

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Depuis des années, le professeur Frankenstein s'échine à donner vie à un être de sa création, sans succès. Fraichement diplomé de l'institut de Genève, sa fille Tania lui propose une aide qu'il refuse, craignant pour sa progéniture. Epaulé de son fidel assistant Charles, il parvient à réanimer un être monstrueux qui le tue avant de prendre la fuite. Un instant effondrée, mais assez vite remise, Tania jure de poursuivre les recherches de son père contre vents et marées...

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Du bis en veux-tu en voila ! Mel Welles a révisé ses classiques, de la Universal des années 30 à sa Hammer contemporraine, il sait lui ce que signifie "gothique" au cinéma, et il le prouve avec cette réjouissante série B qui cultive un aspect référenciel curieux.

Lady Frankenstein n'a rien d'un film de monstre Universal, pas grand chose d'un film de la Hammer et encore moins d'une adaptation du roman de Mary Shelley, et a pourtant beaucoup de choses pour plaire, à commencer par une variation majeure : le personnages principal, n'est pas ici un savant fou, mais bien une savante folle! La lady du titre évolue dans un décors à faire pâlir un fantôme anglais, entre murs de pierres, cheminées gigantesques, chauve-souris baladeuses et toiles d'araignées qu'on pourrait confondre avec des draps. Esthétiquement beau et étonnament timide côté érotisme malgré une certaine réputation, La Figlia di Frankenstein mérite bien un coup d'oeil.




Interprétée par Rosalba Neri (magnifique), arborant des toilettes somptueuses et une détermination à toute épreuve, Tania Frankenstein aurait pu rejoindre directement le panthéon des grandes figures de l'horreur si la réputation du film ne restait pas encore à faire. Joseph Cotten ne s'en sort peut-être pas aussi bien dans le rôle de son père, le baron vieillissant. L'acteur, pensant peut-être interpréter le personnage dans une adaptation traditionnelle se montre assez peu rassuré quant à la qualité de l'ensemble, et on l'entendrait presque penser très fort : "mais qu'est ce que je fous ici moi?". Paul Muller, figure incontournale du bis transalpin délivre une composition honorable, aussi rigide et aussi bonne qu'à l'accoutumé.

Evidemment, on ne peut pas nier le caractère farfelu de ce film qui fut peut-être une source d'inspiration pour le Flesh for Frankenstein de Paul Morrissey. On ne peut pas non plus passer outre l'a-peu-préosité de certaines scènes, ou leur ridicule (la créature du baron qui se balade dans la campagne, la trogne désaxée par un éclair mal tombé, et jette une fille nue dans un torrent), mais il y a quelque chose de fort agréable dans Lady Frankenstein, outre son interprète principale. Serait-ce son ambiance (le château gothique à souhait, la neige...) ou simplement sa modestie, son ton bon-enfant malgré un scénario qui aurait pu s'autoriser plus de polissonnerie?

Une chose est sûre, Lady Frankenstein n'a rien d'un joyau, c'est tout au plus un bijou fantaisie, un pur produit bis, mais dont le plaisir d'une seconde vision égale celui de la découverte!

11 avr. 2011

Les Mémoires d'Elizabeth Frankenstein

Roman de Théodore Roszak

Paru en 1995, et en 2007 pour la traduction française au Cherche Midi. 600 pages.

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Recueillie par la baronne Caroline Frankenstein, la jeune Elizabeth est introduite dans le monde secret des sorcières et initiée à l'alchimie, aux lois de la nature et à celles du corps humain. De son côté, Victor, fils légitime de la baronne ne jure que par la raison et le savoir : il prétend pouvoir créer une vie qui ne naitrait pas du corps de la femme, mais de la science. Ces deux natures contradictoires vont se confronter et se mêler jusqu'à l'accomplissement de l'oeuvre, qui voit la funèbre consécration du prométhée moderne.

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Merveilleuse plume que celle de Theodore Roszak, historien et professeur à l'université de Californie, mais surtout romancier et essayiste hors pair. Le Diable et Daniel Silverman était déjà un remarquable huis clos doublé d'un discours à la fois subtil, brutal et satyrique, multi-référenciel et angoissant au possible.

Ce que l'on peut dire en premier lieu des Mémoires d'Elizabeth Frankenstein, c'est qu'il le surpasse grandement. En tout point, ce roman est un chef-d'oeuvre, et probablement la pièce maîtresse de la bibliographie de Roszak !


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Lorsque Frankenstein ou le Prométhée Moderne parait en 1818, personne ne veut croire qu'il est l'oeuvre d'une femme, et pourtant, c'est bien Mary Shelley qui se trouve derrière ce conte macabre et philosophique, chose dont peu se sont rappelé jusque là dans leur traitement du mythe, que ce soit au cinéma ou en littérature. Il faut dire que dans son roman, Mary Shelley ne laisse la parole qu'aux hommes, ne laissant Elizabeth s'exprimer qu'à travers quelques lettres (ce que souligne Roszak au début du roman). Pourtant, il demeure que l'auteure se serait prise pour modèle en imaginant le personnage d'Elizabeth, et voila qui donne à penser qu'il y a bien des choses à découvrir sur l'énigmatique "fiancée de Frankenstein".


Donnant ainsi la parole tantôt à Elizabeth, tantôt à Walton (l'homme ayant recueilli les confessions de Victor Frankenstein) qui commente le journal, Roszak s'applique à nous livrer toute l'histoire et même un peu plus, depuis l'enfance d'Elizabeth, jusqu'à sa tragique nuit de Noce, du point de vue de la jeune femme.

L'idée de base est alléchante, mais s'arrêter là aurait été frustrant, et on peut compter sur Roszak pour l'enrichir, d'une histoire parallèle mélant alchimie, spiritualité et féminisme, qui utilise avec brio les bases posées par Mary Shelley et qui perpétue les grandes traditions romantiques. Ainsi les personnalités d'Elizabeth et de Victor sont explorées, dévoilées jusque dans leur plus profonde intimité, pour délivrer une oeuvre d'une puissance bouleversante.


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Jusqu'au boutiste et sans concession, mais aussi tendre et d'une inventivité sans limite, d'une profondeur terrifiante et d'une sincérité désarmante, ces mémoires d'Elizabeth Frankenstein sont probablement le plus bel hommage que l'on pouvait rendre à Mary Shelley.

1 sept. 2009

Frankenstein Unbound



Réalisé par Roger Corman en 1990.
Avec John Hurt, Raul Julia, Bridget Fonda...
D'après le roman de Mary Shelley et librement inspiré du roman de Brian Aldiss.

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Le Dr Joe Buchanan pense avoir trouvé le moyen de créer une arme qui contrairement à la bombe atomique ne pourrait jamais mette le monde en péril. Mais sa découverte entraine un boulversement spatio-temporel qui va le conduire au début du 19ème siècle à Genève. Là il fait la connaissance de la jeune Mary Godwin et des poètes Shelley et Byron, mais assiste aussi aux faits qui ont inspiré le roman Frankenstein : il se retrouve en effet face au baron lui même et à sa créature...
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Le mythe de Frankenstein s'est trouvé surexploité dans les années 70, divers téléfilms adaptent en effet plus ou moins fidèlement le roman de Mary Shelley, comme celui de Dan Curtis, Terror of Frankenstein avec Leon Vitali, Frankenstein; The True Story de Jack Smight (dont j'ai parlé précédemment) et le cinéma d'exploitation s'en donne à coeur joie avec des variantes jouissives tel le Chair pour Frankenstein de Paul Morrissey, ou le succulent Lady Frankenstein de Mel Welles, sans oublier l'irrésistible Frankenstein Junior de Mel Brooks...tant d'avatars qu'on en vient à perdre l'essence de l'oeuvre et à oublier sa genèse et sa raison d'être. Si de 85 à 88 sortirons sur les écrans divers films narrant la genèse du roman, avec la fameuse nuit des Shelley à la villa Deodatti : Gothic de ken Russell, Rowing with the wind, avec Hugh Grant ou le très rare Haunted Summer, auxquels on peut ajouter par curiosité The Bride, avec Sting et Jennifer Beals, difficile de mettre en relation cette nuit de débauche hallucinatoire avec le Prométhée Moderne de Mary Shelley.
C'est en 1888 que Corman se voit confié un budget conséquent par la Twentieth Century Fox pour enfin faire ce lien. Voila près de 17 ans que Corman n'a oeuvré qu'en tant que producteur, et si on se souvient de la prolifique décénie 1960 (qui vit entre autre naitre le cycle Poe), Roger Corman, versatile et dillétante professionnel n'entre plus dans les bonnes grâces dans grands studios ni dans celles du spectateur. Le projet de Frankenstein Unbound aboutie finalement en 1990 à un film d'une durée totale d'une heure et vingt minutes certes nanti d'un casting de choix, d'une belle photographie et d'un scénario intéressant mais qui recevra un accueil mitigé duquel le temps n'a pas encore eu raison : Frankenstein Unbound reste un film hautement sous estimé.
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De la même manière que le Phantom of The Opera de Dwight H. Little (1989), Frankenstein Unbound revient aux fondements de l'oeuvre via un twist de même nature : Le Dr Buchanan, version moderne de Frankenstein va apprendre à ses dépend que l'histoire se répète et ce de façon irréversible. Corman réussit à rendre son histoire tout à fait crédible, ou du moins parvient à la rendre moins invraissemblable qu'il n'y parait : En effet, Buchanan en plus de se retrouver à cheval sur deux époques, va devoir jongler avec deux univers, d'un côté celui de Mary Shelley et de l'autre, celui du Baron Frankenstein, qui n'est pas encore devenu le personnage littéraire que l'on connait aujourd'hui. Le tout aurait pu devenir très compliqué, mais au final le scénario s'avère béton et jamais le spectateur ne se retrouve le cul entre quatre chaise comme le pauvre Buchanan mais suit agréablement l'intrigue.
Sur sa forme, le film ne pèche aucunement, les effets spéciaux certes un peu dépassés servent très bien le film ainsi que le superbe maquillage de Nick Dudman (qui oeuvrera plus tard sur la saga Harry Potter), on pourra aussi saluer les magnifiques costumes de Franca Zucchelli. La prestation des acteurs ne souffre aucune critique, le trio de tête John Hurt (Buchanan), Raul Julia (Frankenstein, que l'on retrouvera dans le rôle de Gomez dans The Addams Family) et Bridget Fonda (Mary Shelley) est fantastique. Nick Brimble dans le rôle du monstre offre lui aussi une belle composition, ainsi que Jason Patrick dans le court rôle de Lord Byron.
Mais vous l'aurez compris, ce qui est pour moi le point fort de Frankenstein Unbound, c'est son scénario, qui capte à merveille le message du roman de Mary Shelley dans un final apocalyptique où Buchanan se rend compte qu'il n'est lui-même plus qu'une sorte de Frankenstein et que le progrès pour le progrès engendrera toujours les mêmes effets.
Certes on pourra toujours préférer un adaptation fidèle et plus "grand publique" comme la splendide version de Kenneth Brannagh, dont je ne nie nullement les qualités, mais il serait dommage de passer à côté de la si belle reflexion que nous offre Frankenstein Unbound qui du reste et sur tous les plans n'a que peu à envier aux films de Brannagh et consort.

9 août 2009

Frankenstein: The True Story

Réalisé par Jack Smight en 1972
Avec : Leonard Whiting, James Mason, Jane Seymour, David McCallum, Michael Sarrazin, Nicola Pagett, Ralph Richardson...
D'après le roman de Mary Shelley.

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Victor Frankenstein est un jeune et brillant médecin, fiancée à la belle Elizabeth, fille du très influant lord Fanshawe. Ayant perdu la foi en Dieu après la mort de son jeune frère, Victor se lance, sous l'influence de Clerval dans des expériences dangereuses ayant pour but de rendre la vie à des tissus mort, sans se douter que le tout est orchestré par l'odieux Docteur Polidori. De ces experiences naitront deux créatures Beau et Prima...et les terribles conséquences s'accumulent.
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Diffusée en Novembre 1973 sur le petit écran américain, cette adaptation très libre et très étonnante du roman de Mary Shelley bénéficie d'un casting assez extraordinaire et très intéressant ainsi que du maquillage d'un vétéran hammerien : Roy Ashton. D'une durée totale de trois heures (et 3 ou 4 minutes) cette "True story" n'a finalement plus grand chose à voir avec le roman original tant elle en modifie les évènements, personnages etc. En effet ici, c'est Clerval qui entraine Victor dans ses expériences, le film introduit aussi le personnage de Polidori (qui a réellement existé et à qui l'on doit Le Vampire, texte fondateur de la littérature fantastique) qui est une sorte de maître à penser d'une vilainie qui n'est pas sans évoquer le Dr Pretorius de Bride of Frankenstein (1935).
Ce téléfilm d'une grande qualité esthétique n'a rien à envier aux productions Hammer auxquelles il succède directement et préfigure dans un sens le Flesh for Frankenstein de Paul Morrissey (le leger aspect "homo-erotique" se pressent...et Morrissey n'aurait pas renié le séduisant Dr Frankenstein que fait Leonard Whiting, encore auréolé de son image de Romeo Montaigu). On peut en effet y déceler un certain décalage, une légère ironie vis à vis du matériel original, introduite avec subtilité par des dialogues très bien écris. Si la force de cette adaptation farfelue réside dans son casting formidable (ébréché ça et là par une ou deux apparitions manquées ou par un James Mason fatigué) elle présente aussi des décors très intéressant, qui sentent certes le studio à plein nez, mais rendent très bien le contexte dans lequel est censé se dérouler l'histoire (début du XIXème semble-t-il).


Pour un téléfilm, Frankenstein: The True Story va assez loin dans l'horreur, psychologie la plupart du temps bien sûr, mais visuelle surtout, un peu à la manière du superbe Frankenstein Must Be Distroyed (pièce maitresse de la saga de Terrence Fisher), le film nous gratifie de toute opération, de toute effusion de sang, et surtout d'un maquillage plus vrai que nature, pour une créature dont le changement physique est terriblement réalliste. On peut repprocher au film d'aller parfois un peu trop loin, par exemple avec l'horrible fin du Dr Polidori qui plutôt qu'effrayante est tout à fait ridicule. Au niveau psychologique, Don Bachardy et Christopher Isherwood au scénario effetuent un travail remarquable, surtout sur le personnage de Prima, en laquelle réside presque tout l'intérêt du métrage, remarquablement interprétée par Jane Seymour.


Disponible dans sa version non censurée sur un très bon DVD universal, cette étrange version du Mythe de Frankenstein se doit d'être découverte, pour l'impacte qu'elle produit et pour son intérêt littéraire, ses acteurs et ses dialogues. Même s'il s'agit d'un téléfilm, c'est loin d'être la plus sage adaptation, au contraire et heureusement, elle est l'une de celles qui prennent le plus de risques et c'est en grande partie pour ça qu'elle figure parmi mes préférées.

31 mai 2009

The Bride of Frankenstein

Réalisé par James Whale en 1935.
Avec Boris Karloff, Elsa Lanchester, Colin Clive, Ernest Thesiger, Valerie Hobson...
Music composée par Franz Waxman
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Un soir de Juin 1816, Lord Byron, Percy Shelley et Mary Shelley sont réunis à Deodati. Alors que l'orage gronde, Mary élabore la fin de son chef-d'oeuvre, Frankenstein, et raconte à Byron et Percy comment la créature demanda une compagne...
Des ruines du moulin que les villageois ont incendié pour faire périr le monstre, la massive silhouette se relève, bien décider à faire payer aux vivants la haine qu'ils lui opposent.
Le Baron Frankenstein se repose, traumatisé par l'échec de son travail et bien décidé à en finir avec ses idées blasphématoires, mais c'est sans compter sur le persuasif Dr Pretorius qui le pousse à recommencer pour créer cette fois une femme...
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Nous connaissons tous aujourd'hui l'histoire de Frankenstein par Mary Shelley, ainsi que le film de James Whale dont les racourcis scénaristiques ont été maintes fois repris aux cinéma. Le premier Frankenstein de Whale reste d'ailleurs l'une des plus grandes références du cinéma fantastique, même si la fidélité n'est pas toujours au rendez-vous, ne serai-ce que pour la prestation inoubliable de Boris Karloff dans le rôle de la créature et celle de Colin Clive dans le rôle d'un Frankenstein possédé par ses travaux. En 1935, Whale donne une suite à son Frankenstein en mettant en scène un pan du roman totalement éclipsé du premier film.
Le film s'ouvre d'une manière surprenante avec une introduction nous montrant le couple Shelley ainsi que Byron dans le salon de la villa Deodati, inutile de préciser que la vision qu'en donne Whale est incomparable à celle que donnera bien plus tard Ken Russell dans son film GOTHIC, mais la tentative de rattacher l'histoire de Frankenstein à celle de son auteur est louable, de plus la scène est particulièrement belle, les décors et l'orage grondant dehors, les éclairs, lui donnent un caractère onirique ensorcelant.
Si on peut voir que Whale encore une fois prend de grandes distances vis à vis du matériaux d'origine, il en reste totalement fidèle à lui-même, ainsi, l'histoire de Frankenstein reprend là où elle s'était arrêtée. Frankenstein, ainsi que sa créature ont survécu à l'incendie qui as dévasté le moulin dans la scène finale de Frankenstein. Les histoires des deux personnages vont donc se dérouler en parallèle et n'intéragir que vers la dernière partie du métrage, nous suivrons donc d'un côté le Baron Frankenstein harcelé par le Dr Pretorius, et de l'autre, la créature, pourchassée de nouveau. Whale va accentuer le côté mélodramatique de l'existence de la créature, Boris Karloff parvenait déjà à faire éprouver de la pitié pour le monstre dans une terrible scène de Frankenstein ou il jetait une petite fille dans un lac, sans comprendre, paniqué de voir qu'elle ne flotte pas comme les marguerittes. L'accent est donc mis sur cet aspect, la solitude, la tristesse, et la rancoeur, le passage avec le vieux violoniste aveugle en est un exemple parfait, même si on pourra lui reprocher et plutôt deux fois qu'une un côté "morale chrétienne" assez déplaisant.
Le Dr Pretorius, à l'origine de la création de la fameuse fiancée, est un personnage encore plus dénué de scrupule que l'était Frankenstein dans le précédent film. Tirant le personnage vers une carricature grotesque mais délicieuse, Whale en fait une sorte de magicien pervers, légèrement dérangé et carrément anachronique.
Le casting est de tout premier choix, on y retrouve les têtes d'affiches du premier film à savoir Boris Karloff dans le rôle de la créature, Colin Clive dans celui du Baron et la belle Elizabeth personnifiée pas Valerie Hobson. Mais dans ce film-ci, c'est réellement Elsa Lanchester dans le double rôle de Mary Shelley et de la Fiancée, qui tire son épingle du jeu, son apparition finale, avec son immense coiffure, drapée dans une longue robe blanche constitue le point d'orgue du film.
Karloff jugera le film inférieur au premier, du fait principalement que la créature est cette fois dotée de parole alors qu'elle avait toujours été muette, pensant que le monstre n'avait pas besoin de s'exprimer pour que l'on ressente sa détresse et qu'au contraire même son mutisme accentuait le côté pathétique. Ce "défaut" qui n'en est pas vraiment un est pallié par un accompagnement musical extra-diégétique très présent, parfois presque larmoyant qui cherche à immerger de façon excessive le spectateur dans l'histoire. Whale réalise certes un bijou d'émotion, mais dont l'ironie latente ainsi que la caractère quasi "burtonesque" avant l'heure cache une reflexion acerbe sur la religion. L'équipe du film s'en sort donc avec des honneurs largement mérité, La Fiancée de Frankenstein surpasse son ainé et forme avec ce dernier un dyptique parfait qui s'il est d'une fidélité discutable au roman de Mary Wollstencraft Godwin Shelley reste l'une des plus belles oeuvres cinématographique de tous les temps !

14 sept. 2008

GOTHIC (1986)

Réalisé par Ken Russel.



Avec Gabriel Byrne, Julian Sands, Natasha Richardson, Timothy Spall...
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Le 16 Juin 1816, en Suisse, Percy et Mary Shelley accompagnés de Claire Clairmont s'apprêtent à passer la nuit à la somptueuse villa Deodati où vit Lord Byron, contraint à l'exile à cause de ses moeurs débridées. Ils feront la connaissance de son biographe et médecin, John William Polidori et vivront une nuit mémorable, au cour de laquelle les vapeurs d'opium donneront la vie à leurs peurs les plus intimes.



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Ken Russel est une figure atypique dans le paysage cinématographique de la fin du XXème siècle, réalisteur entre autre des films-biographies de grands compositeurs classiques comme Elgar, Debussy, Prokofiev, Mahler, ou de joyaux baroques comme Dante's inferno, Les Diables, Salome's last Dance ou encore ce Gothic qui nous intéresse ici, Russel est connu pour sa fascination de l'homosexualité, du sulfureux, du malsain, et pour sa mise en image très personnelle des figures de l'inconscient. Il n'est donc pas étonnant de le voir aux commandes de cette ambitieuse entreprise qu'était le récit des évenements qui ont conduit Polidori à écrire Le Vampyre (oeuvre fondatrice du genre ayant inspiré des chef-d'oeuvres comme Carmilla ou Dracula) et bien sûr Mary Shelley à créer son Prométhée moderne, FRANKENSTEIN.
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Le générique de Gothic annonce la couleur, le film est placé sous le signe de la mort et de la peur, les noms apparaissant et disparaissant devant un crane aux orbites vides sur fond noir. Puis vient l'introduction ; une foule de gens, fanatiques ou curieux se pressent sur les rives du lac Leman pour observer à la longue vue les hautes fenêtres de la villa Deodati ou vit le poête diabolique, tandis qu'un guide leur expose les "crimes infâmes" du personnage. Russel met clairement en avant le côté voyeur de l'entreprise, la place de ces curieux, c'est aussi la nôtre, le spectateur est un voyeur, et il sera le témoin privilégié des excès des protagonistes.



L'arrivée des Shelley et de Claire à Deodati donne lieu à une espèce de course-poursuite entre Percy et deux jeunes femmes qui selon Mary les suivaient depuis Genève. Le poête Percy est donc perçu comme une star, l'attitude des deux filles ressemble à celle de groupies lors d'un concert de rock. Suite à cette entrée en matière un peu déroutante, on découvre la villa Deodati dans toute sa splendeur, véritable manoir gothique entouré de saules démesurés au milieu d'un parc peuplé de paons et de fontaines représentant des figures fantasmagoriques. Le décor intérieur de la villa est aussi baroque que l'extérieur, immenses escaliers de marbre cottoyent draperies rouges et vanités sinistres, de hautes fenêtres à croisillons illuminent des salons pourvus de tapis persans et de chandeliers démesurés...bref un cadre idéal aux "ébats" de nos personnalités littéraires. Du côté justement des personnages, on pourra reprocher à Russel et à son équipe un rendu outrancier de personnages comme Shelley ou Polidori ; L'acteur Julian Sand (Shelley) caricature le personnage à l'excès (comme il le fera 12 ans plus avec le fantôme de l'opéra de Dario Argento), et on déplorera peut-être un jeu sans nuance, tout en mimique et en grimace de la part de Timothy Spall, qui en Polidori anxieux et coupable de ses désirs se tord les doigts à tout bout de champ en arborant un air constipé qui le rend difficilement sympathique. Il en va de même pour Claire Clairmont dont les yeux hallucinés finissent par lasser.




Mary Shelley est interprétée avec conviction par la très jolie Natasha Richardson ; Mary est finalement le personnage le plus affecté par le petit jeu de Lord Byron, au cour de cette nuit, elle fera à la fois face à ses peurs profondes mais aussi à celle de Claire, de Percy, et même de Byron. Cette avalanche de crainte et de haine fera naître en elle l'ébauche de son Frankenstein, né de sa volonté de réssuciter son enfant mort né, et de sa haine envers ce jeu maléfique qui a enjendré le délire de cette nuit. Byron quant à lui est bel et bien le personnage le plus convaincant du film, Gabriel Byrne campe un maître de cérémonie froid et manipulateur, son rôle est pour beaucoup dans le fait que GOTHIC est une expérience unique.


L'élément fantastique est aussi présent ; on ne saura jamais si la créature née cette nuit là est réelle ou si elle est le fruit d'une hallucination collective. Telle la créature de Frankenstein revient tourmenter son créateur, le fruit de leur délire revient les hanter sous une forme à chaque fois différente, une silhouette d'enfant mort pour Mary, ou un arbre enflamé par la foudre, un vampire pour Polidori, une tombe pour un Percy qui est bel et bien vivant, et un véritable filet de sangsues pour Byron.


Le film fourmille de figures fantasmagoriques et de symboles freudiens plus ou moins flagrants, on appréciera le clin d'oeil au tableau 'The Nightmare', ou la scène pathétique et dérangeante ou Byron fait l'amour à une servante portant un masque représentant le visage de sa soeur Augusta, ainsi que les seins affublés d'yeux de Clair dans un délire de Percy. Les effets sonores participent aussi à l'ambiance malsaine, comme cet entêtant battement d'aile d'un oiseau prisonnier dans le grenier, les cris de Clair ou le bruit du vent dans les couloirs aux fenêtres ouvertes. On ne peut que saluer l'esthétisme pointilleux de Russel, en particulier lors du bouquet final, la fuite de Mary à travers le labyrinthe qu'est devenu Deodati, au cour duquel elle est témoin de toutes les peurs profondes des autres protagonistes, Byron recouvert de sangsues, Percy enterré vivant, ainsi que de ses propres peurs, des visions de foetus décomposés, d'enfants l'appelant à l'aide. On peut déceler de la part du réalisteur un certain décalage, comme lorsque au cours de son délire Mary prend le temps de recouvrir Byron de sa cape sans se poser de question.

Le final surprenant voit tout ce petit monde reprendre au matin une attitude normale, personne ne semble vraiment s'inquiéter des évènements de la nuit, sauf Mary, qui devra les exorciser en couchant sur le papier son Frankenstein, l'histoire d'une création, d'une créature né de la folie d'un homme, qui faute d'inspirer l'amour inspirera la peur et viendra hanter son créateur jusqu'à sa mort...L'épiloque témoigne encore du décalage voulu par Russel : de nos jours, dans la cour de Deodati, une foule de touristes visite ce qui a été le lieu d'exil et de vie du poète Byron, et le théâtre de cette nuit délirante, tandis qu'une voix monocorde débite depuis un haut parleur un compte rendu probable des évènements de la nuit du 16 juin 1816.

Le plan final aurait pu nous être épargné, mais il clôt adroitement le film, en nous montrant dans une fontaine du parc le foetus déformé et effrayant de la créature née cette nuit là, qui est venu jusqu'à nous sous l'apparence du Prométhée moderne, la véritable créature de son auteur.