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26 sept. 2011

The Strange Case of Dr Jekyll and Miss Osbourne

Réalisé par Walerian Borowczyk en 1981
Avec Udo Kier, Gérard Zalcberg, Marina Pierro, Howard Vernon, Patrick Magee...
D'après le roman de Robert Louis Stevenson.

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Alors que l'on célèbre les fiançailles du docteur Henry Jekyll et de miss Fanny Osbourne, la soirée prend une sombre tournure. Alors que Jekyll s'absente, un invité signal le viol de l'une des convives ; il semblerait que l'un d'eux soit un maniaque. S'engage alors un jeu de cache-cache dans toute la maison pour échapper à Edward Hyde...

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Lorsque Stevenson rédigea le premier jet de ce qui deviendrai plus tard L'Etrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, sa fiancée, Fanny Osbourne se montra parait-il très choquée du propos et du contenu. La petite histoire veut que Stevenson ait jeté cette première version au feu pour écrire le roman que nous connaissons. L'idée de Borowczyk (Les Contes Immoraux, La Bête) est donc, probablement ici de se rapprocher de ce qu'aurait éventuellement put donner cette première version, ce work in progress avorté qui choqua tant Miss Osbourne, qui devient pour l'occasion l'une des protagonistes du récit.


Le charme malsain de la bourgeoisie hypocrite, mourante, indécente est ici mis en exergue par un Borowczyk visiblement très inspiré, mais aussi handicapé par une limite budgétaire que l'on ne devine que trop. La photographie est crue, le décors exigü, ce qui au final devient l'atout d'un huis-clos étrange, à l'atmosphère ouateuse. Inscrivant son film dans le sillon trash de Blood for Dracula et Flesh for Frankenstein (Paul Morrissey, 1974) via la présence de Udo Kier, qui traine ici sa beauté translucide de dandy soufreteux, le réalisateur soigne le reste d'un casting très "bis" avec un Howard Vernon (Le Silence de la Mer, L'Horrible Dr Orloff, Alphaville...) et un Patrick Magee (Le masque de la Mort Rouge, le Chat Noir, Demons of the Mind...) tout deux en grande forme et enfin une Marina Pierro (La Morte-Vivante, Intérieur d'un Couvent...) qui garde ses vêtements plus longtemps qu'à l'accoutumé. N'oublions pas le trouble fête, le Hyde incarné par Gerard Zalcberg (Les Prédateurs de la Nuir, Parking...) dont le faciès particulier est très reconnaissable et se prète à ce genre de rôle, l'homme restera pourtant tout au long de sa filmographie relégué à l'arrière plan (les rôles de portier inquiétant ou d'homme de main bizarre).


Cette idée de faire jouer Jekyll et Hyde par deux acteurs distinct, en plus de nous éviter une nouvelle scène de transformation mal-foutue comme on en a trop vu, permet de faire aisément la distinction entre les deux personnalités, on ne peut blamer Jekyll pour les agissements de Hyde. On évite aussi le côté Dorian Gray, et l'idée que ce Hyde inquiétant serait le vrai visage d'un Jekyll lisse et d'aspect attrayant. A cette preuve de bon gout et à un attachement à rendre sa reflexion le discours de Stevenson la plus claire possible, Borowczyk ajoute sa touche personnelle et inévitable, l'aspect transgressif et outrancier qui le caractérise avec un cynisme bienvenu. Sa Miss Osbourne succombe à la théorie de Jekyll, et les deux amant, quittant les lieux du massacres s'adonnent à une dévoration mutuelle et passionnée qui constitue le long et magnifique point d'orgue de ce chef-d'oeuvre méconnu et encore trop ignoré de nos jours.


7 sept. 2011

Dr. Jekyll & Mr. Hyde (1980)



Réalisé par Alastair Reid en 1980.
Avec David Hemmings, Lisa Harrow, Clive Swift, Ian bannen, Diana Dors, Roland Curram, Desmond Llewelyn, Toyah Willcox...
scénario de Gerald Savory, d'après le roman de Robert Louis Stevenson.

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Le Dr Jekyll s'intéresse de près à la dualité de l'Homme et pense au terme de ses recherche pouvoir dissocier le bien et le mal qui cohabitent en chaque être humain. Sûr de lui, il finit par tester son procéder sur sa propre personne.

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Il s'agit ici d'une adaptation assez méconnue du roman de Stevenson dont l'intérêt principal est de bénéficier de l'interprétation de David Hemmings. L'intérêt principal certes, mais pas le seul ! Comme souvent avec les productions de la BBC, il faut s'attendre à un travail appréciable sur le plan technique comme littéraire. Certains reprocherons à ces films leur aspect statique, le côté studio un peu artificiel, parfois préjudiciable il est vrai, mais participant bien souvent à leur charme.

Dr Jekyll & Mr Hyde version 1980 n'échappe pas à la règle et on a clairement vu des mises en scènes plus folichonnes malgré l'originalité que tente d'apporter Alastair Reid en filmant ce que l'on devine être le point de vue de Jekyll/Hyde en pleine transformation. Ce qui choque le plus, c'est l'aspect involontairement kitsh de l'ensemble : les flacons et autres cornues du laboratoire de Jekyll contiennent des liquides tous plus colorés et plus flashy les uns que les autres, et surtout la musique, grosse faute de goût commise pas Dave Greenslade, soupe pseudo-psychédélique au synthé qui cadre difficilement avec l'ambiance victorienne très travaillée du téléfilm. Moins kitsh mais totalement raté est le maquillage de David Hemmings lorsqu'il se transforme, heureusement que l'acteur en est débarrassé dans la majeure partie du film qu'il soit Jekyll ou Hyde.

Ces petits défauts mis à part, il faut tout d'abord reconnaitre que Hemmings s'en sort très bien dans le rôle du vieillissant et stricte Dr Jekyll comme dans celui du jeune et libertin Mr Hyde. Comme l'a fait Fisher avant eux (ainsi que Jerry Lewis), Reid et Savory inversent la tendance et prètent au mal un visage, et des manières plutôt agréables: difficile de détester le Hyde/Hemmings, mielleux et cynique en société. Pourtant le réalisateur et son scénariste on chargé la mûle en prêtant à l'alter égo du bon docteur des tendances pédophiles.

Le reste du casting ne brille malheureusement pas avec l'éclat de David Hemmings, sauf peut-être Lisa Harrow, la fiancée du sage et sévère Dr Jekyll qui se trouve séduite par l'ambigu, le ténébreux, le mystérieux, l'hédoniste Mr Hyde.

Cette version de l'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde laisse donc une impression mitigée, malgré une peinture de l'East End douloureusement convaincante et un couple central (presque un trio!) dont l'évolution est assez inédite et très intéressante. Le rythme souffre de sévère baisses de régimes, même si les deux heures passent facilement, il manque clairement au film les moyens de son ambitions. Jugé carrément ennuyeux par certains, ce Dr Jekyll & Mr Hyde mérite au contraire qu'on lui accorde le temps d'un visionnage : ses défauts n'effacent pas ses qualités et il serait dommage de manquer une belle performance de David Hemmings, de ne pas reconnaître le travail de l'équipe sur les décors et de ne pas saluer l'originalité bienvenue dont fait preuve Savory à l'égard d'un filon qu'on pensait devenu stérile à force d'exploitation.

29 oct. 2010

I, Monster


Réalisé par Stephen Weeks en 1972
Avec Christopher Lee, Peter Cushing, Mike Raven, Richard Hurndale, George Meritt, Susan Jameson, Kenneth J. Warren...
D'après le roman de Robert Louis Stevenson.

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Le Dr Marlowe s'intéresse de près à la psychanalyse et aux théories de Freud, auxquelles il n'adhère pourtant pas. Travaillant sur une drogue qui altèrerai les effets du "super-ego" (qui assimile les lois, crée le remords et la culpabilité), il pense faire en sorte que ses patients en acceptant leurs pulsions, s'acceptent eux-même. Il s'avère que chaque patient réagit différemment, et de manière plutôt excessive. Curieux de savoir ce qu'ils en éprouvent, Marlowe s'injecte une petite dose de sa drogue... Mais bien vite son corps et son esprit vont en réclamer beaucoup plus, et un 'antidote sera inutile.
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C'est à nouveau à une production Amicus à laquelle je m'intéresse ici : une énième adaptation de l'Etrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, par le britanique Stephen Weeks. Le film arrive sur les écrans après deux productions Hammer sur le sujet, et non des moindres : The Two faces of Dr Jekyll (Terence Fisher, 1960) et Dr Jekyll & Sister Hyde (Roy Ward Baker, 1971), ce qui ne l'empêche pas, tout en étant de facture plus classique de se montrer plutôt audacieux et esthétiquement beau.
Ce qu'on peur reconnaitre d'emblée comme un atout de I,Monster, ce sont ses décors: reconstitution d'un quartier de Londres dans un vaste studio, intérieurs richement décorés etc. et la musique de Carl Davis qui passe d'un mélo appuyé à un grotesque prononcé, selon qu'on se trouve en présence de Marlowe (Lee/jekyll) ou de Mr Blake (Lee/Hyde).
Autre qualité notable est celle d'avoir lié Jekyll (qui vous l'aurez compris s'appelle Marlowe dans le film) à la psychanalyse, ce qui donne lieu à un discours fort intéressant, surprenant même. Stephen Weeks et son scenariste Milton Subotsky palient aux carences budgétaires en étoffant cette piste, ce qui s'avère salvateur pour le film, qui aurait pu devenir une bête série B parmi tant d'autres.
S'il faut parler d'atout majeur, c'est bien évidemment vers le casting qu'on se tourne, puisque le film propose en vedette Christopher Lee dans le rôle du Dr. Bien sûr, on peut reprocher à Weeks un écueil que Fisher avait su éviter (Lee jouait dans The Two Faces, mais à la surpris générale n'interprétait pas Jekyll), mais il serait malséant de ne pas reconnaitre à Christopher Lee un jeu impeccable comme à l'accoutumé, que l'on remarque d'autant mieux que le maquillage est plutôt minimaliste : Lorsque Marlowe devient Blake, le visage de Lee ne se fent, pour seul signe de tranformation, que d'un rictus délirant, soulignant l'amoralité de son alter égo, littéralement content d'être méchant.
Richard Hurndale dans le rôle d'un Lanyon vieux-jeu livre une prestation des plus honorable, mais c'est Peter Cushing, dans un second rôle pourtant très présent, qui l'éclipse littéralement lorsqu'il se trouve à l'écran et donne au personnage de Frederick Utterson une importance phénoménale, ce qui a du pousser Weeks à donner le dernier mot à Cushing et non à Hurndale dans la séquence finale.


La particularité de I, Monster, au regard des autres adaptations est aussi et surtout de ne pas mettre en scène d'histoire d'amour contrariée, ainsi que c'est souvent le cas : les sentiments humains tiennent finalement fort peu de place dans la vie de l'égocentrique Dr Marlowe. Le film en ressort plus froid, et le discours, plus efficace.
L'ensemble évidemment peut manquer quelque peu de grandeur, mais cette adaptation trop méconnue de Jekyll & Hyde signée Amicus Productions talonne de près ses ainées Hammeriennes.

25 oct. 2010

Dr Jekyll & Sister Hyde

Réalisé par Roy Ward Baker en 1971.
Avec : Ralph Bates, Martine Beswick, Gerald Sim, Lewis Fiander, Susan Brodrick...
Musique de david Whitaker.
Scénario de Brian Clemens, d'après le roman de R.L. Stevenson.
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Le Dr Jekyll, jeune et brillant scientifique est obsédé par l'idée de vieillir ou de tomber malade, et poursuit des recherches sur une potion qui prolongerai la vie. Le jeune homme s'enferme nuit et jour dans son laboratoire, au rez-de-chaussée d'une pension londonienne, et même s'il n'est pas insensible au charme de Susan Spencer, sa jolie voisine, son travail le prive de toute distraction. Un soir, pensant avoir touché au but, il teste le résultat sur lui-même... sans penser une seconde que le concentré d'hormones féminines qu'il vient d'ingérer pourrait avoir d'autres effets que celui de soigner.
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Réalisé par Roy Ward Baker (Les Cicatrices de Dracula, The Vampire Lovers... le réalisateur décédé le 5 octobre 2010 à l'âge de 93 ans a apporté une contribution non négligeable au cinéma) pour la myhtique Hammer, Dr Jekyll & Sister Hyde est probablement l'une des plus grandes réussites du studio au regard de la période (70-75) qui l'a vu naître. Souvent boudés, les films produit par la Hammer après 70 sont pourtant bien plus chatoyants que ceux produits aux alentours de 65-67, et des réalisateurs comme Peter Sasdy ou Roy Ward Baker ont largement participé à ce regain de peps
Tourné à peu près en même temps que Hands of the Ripper, de Peter Sasdy, et dans des décors similaires, Dr Jekyll & Sister Hyde traite presque du même sujet au fond, puisque c'est bien le mystère Jack l'Eventreur qui se voit donné une louable explication par les voies de la fiction (Brian Clemens, avec son scénario préfigure ici les romans à venir, mélant Sherlock Holmes ou Dracula à l'enquête). C'est donc ici, vous l'aurez compris, l'alter ego féminin de Jekyll, qui se rend coupable des crimes, commis dans la brume insondable de Whitechapel (magnifiques décors, somptueuse photographie, et score formidable de David Whitaker, l'ambiance est simplement parfaite !)

Au niveau de l'interprétation, on peut saluer le couple de choc, réuni dans un même corps : Ralph Bates, dandy à l'improbable coupe 70's et à l'expression sévère, dont le Jekyll névrosé est diablement queer, et Martine Beswick (on note une sacrée ressemblance lorsqu'ils sont habillés de la même façon), femme fatale dans tous les sens du terme, qui semble beaucoup s'amuser de son rôle : un esprit d'homme dans un corps de femme. Eclipsant sans difficulté le reste du casting, les deux acteurs évoluent avec une facilité déconcertante dans leur rôle, et les apparitions impromptues de Sister Hyde sont à chaque fois Jubilatoire.
Si le film ne manque pas d'un certain humour (noir le plus souvent), Baker n'en fait pas pour autant une comédie, le pastiche est élégant et l'issue en est bien sûr la tragédie.

Sombre et délicieusement déviant, Dr Jekyll & Sister Hyde fait partie des joyaux de la période post 70 par trop sous-estimée, de la Hammer, à ranger à côté de Hands of the Ripper de Peter Sasdy ou The Vampire Lovers, lui aussi du regretté Roy Ward Baker.

19 juin 2009

Le Fantôme de Baker Street


Roman de Frabrice Bourland.

Publié en janvier 2008 (ed 10/18, 247 pages)

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Londres, 1932. Depuis que la minicipalité a attribué à la maison du major Hipwood le n°221 à Baker Street, le salon du premier étage semble hanté. S'agit-iol d'un esprit, comme le prétendent certains ? Existe-t-il un lien entre ces manifestations et la série de crimes qui ensaglante Whitechapel et les beaux quartiers du West End ? Motivé par un funeste pressentiment, Lady Conan Doyle, la veuve de l'écrivain, solicite l'aide de deux détectives amateurs, Andrew Singleton et Jams Trelawney. Lors d'une séance de spiritisme organisée à Baker Street, ces derniers découvrent avec effarement l'identité du fantôme. Et quand ils comprenent que les meurtres à la une des journeaux imitent ceux commis par Jack l'éventreur, Mr Hyde, Dracula et Dorian Gray, nos jeunes enquêteurs sont entrainés dans une aventure qu'ils ne sont pas pret d'oublier.
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Fabrice Bourland est une jeune auteur, passionné d'Edgar Poe, Stevenson, Hoffmann, Conan Doyle et de tout le tremblement, qui avec Le Fantôme de Baker Street entâme une série d'enquêtes réjouissantes dans l'angleterre des années 30.
Andrew Singleton et James Trelawney, nos deux héros, ne sont pas sans évoquer Sherlock Holmes et John Watson, et les enquêtes de ces détectives de l'étrange ne manquent pas d'être toujours hautement référencielles et particulièrement ce Fantôme de Baker Street qui regroupe les plus grandes figures "maléfiques" de la littérature victorienne. C'est ce qui fait de ce roman un livre très riche et captivant, réellement étonnant : Fabrice Bourlabd n'a rien laissé au hasard, depuis l'intérêt porté par Conan Doyle au spiritisme jusqu'à de menus détails dans les romans gothiques qui permettront de résoudre l'affaire. Nul doute que nous avons affaire là à un spécialiste.
L'auteur nous entraine donc dans son monde et pour peu qu'on en soit un minimum on se retrouve emporté par le jeu des conclusions, ce qui donne au Fantôme de Baker Street un caractère ludique et au lecteur aguerri une chaleureuse impression de se retrouver chez lui.
Les deux détectives amateurs sont très attachants, et les dialogues, qui ne dépareraient pas dans une nouvelle de Conan Doyle sont pour le moins piquants. Inutile par ailleurs de dévoiler l'identité du fameux fantôme de Baker Street, qui n'en est pas vraiment un d'ailleurs : En effet le roman propose l'hypothèse fort alléchante que les personnages de fictions aient grace à l'imaginaire collectif la possibilité de se matérialiser de façon plus où moins palpable selon le degré de vivacité de son image dans l'esprit des lecteurs, s'il en est un qui plus que tout autres aurait cette capacité, vous devez bien deviner lequel !
On pourra reprocher au roman un final expédié après une lecture bien trop courte, il est vrai que l'enquête se déroule sans temps morts, le tout est fort bien rythmé mais malgré tout trop rapide.
Il en reste un lecture agréable certes pas un style exceptionnel, mais un divertissement de qualité qui donne envie de retrouver Singleton et Trelawney très vite et surtout Fabrice Bourland pour d'autres ouvrages aussi référenciels et bien mené, qu'ils mettent en scène ou non les deux détectives.

15 mars 2009

Les deux visages du Dr Jekyll

Réalisé par Terence Fisher en 1960
Avec Paul Massie, Christopher Lee, Dawn Addams, Francis de Wolf...
Scénario de Wolf Mankowitz d'après Le roman de R.L. Stevenson.
Musique composée par David Heneker et Monty Norman.

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Le Dr Henry Jekyll vit en reclus dans son cabinet, tandis que sa femme, Kitty le trompe avec son meilleur ami, Paul Allen. Il décide un jour de tester sur lui-même une de ses créations ayant pour effet de dissocier le bien du mal chez l'être humain, il en ressort Edward Hyde, l'homme de vos rêves mesdames !


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Terence Fisher a déjà ressucité un certain nombre de mythe de la littérature gothique pour le cinéma quand il s'attaque au roman de R.L. Stevenson. Il n'est pas surprenant de voir au "palmares" hammerien du début des années 60 ces Deux Visages du Dr Jekyll qui sont, malgré la continuité thématique qu'ils entretiennent avec les précédents films de Fisher quelque peu tombés dans l'oubli... Pour rappel, Fisher a entamé en 1957 une oeuvre gothique importante avec Frankenstein s'est échappé! et Le Cauchemar de Dracula, que la Hammer l'a invité à poursuivre suite à l'engouement du public et qu'il a étoffé avec La Revanche de Frankenstein, Le Chien des Baskerville, La Malédiction des Pharaons et Les Maîtresses de Dracula. Pour beaucoup l'essentiel de l'oeuvre de Fisher s'arrête là, laissant de côté d'autres œuvres que le public contemporain aura d'ailleurs boudé : Le Fantôme de l'Opéra, La Nuit du Loup-Garou, La Gorgone  (sur lesquels nous reviendrons) et Les Deux visages du Dr Jekyll.

Notons d'emblée que le film s'affranchi d'une écriture devenue un peu trop systématique chez Jimmy Sangster et surtout des localisations bucoliques des Frankenstein et Dracula. The Two faces of Dr Jekyll est un film définitivement citadin, à l'instar de The Phantom of the Opera ou The Man ho Could Cheat Death (un autre grand oublié) ce qui lui vaut de ne pas afficher l'esthétique conte de fée d'une majorité des films de Fisher entre 57 et 64. Cela n'empêche pas cette adaptation du roman de Stevenson d'afficher une palettes de couleurs vives, des décors très travaillés, nous ne sommes seulement plus dans l'ornement baroque cher à Bernard Robinson qui, comme puni, se fait simple décorateur d'intérieur.

Les décors s'inscrivent dans l'imagerie victorienne assez pittoresque propre aux films tournés en studio, mais l'approche réaliste de Fisher n'est est pas moins sensible. Le film s'ouvre de manière assez inattendue sur une scène qui voit des enfants jouer dans le silence, une petite fille cueille un bouquet de fleur qu'un garçon vient lui arracher pour le jeter, la réplique de la petite de se fait pas attendre et de colère elle roue de coup le gamin, toujours dans le silence. Nous apprenons que nous sommes dans le jardin du Dr Jekyll qui est mis à disposition pour la récréation d'un groupe d'enfants sourd-muets. On nous présente du même coup le Dr Henry Jekyll (Paul Massie) en compagnie de son confrère le Dr Ernst Litauer qui observent le comportement des enfants. Prenant l'acte de la petite fille comme exemple, Jekyll explique que lorsque l'être humain est privé de langage, il ne peut s'exprimer que par des actions : sans autre mode d'expression la colère se meut en violence. Le rôle de la société est donc pour Jekyll de pourvoir d'autres moyens d'expression pour brider les pulsions animales, un être incapable d'assimiler ces moyens se trouve en dehors de la société, de facto, en dehors des règles.

La phase d'exposition ne s'arrête pas là, pour la première fois nous sentons Fisher soucieux d'exposer en paroles ce qu'il aurait pu montrer. Jekyll explique encore qu'il y a pour lui deux versant chez l'être humain : "l'Homme tel qu'il pourrait être", un surhomme  dont la quête de dépassement transcende les enjeux sociétaux et "l'Homme tel qu'il voudrait être", une bête libérée de surmoi, régie par ses pulsions et soumises à la seule recherche de son intérêt. C'est malheureusement pour Jekyll cette seconde facette que son sérum va réveiller et plutôt que nietzschéenne, la figure du surhomme va s'avérer méphistophélique. Mais avant le moment fatidique ou Hyde entre en action, Fisher continue, patiemment de nous exposer les bases de son récit comme autant de promesses, et nous découvrons Kitty Jekyll (Dawn Addams), la femme délaissée du Dr qui vient l'avertir de l'arrivée de son meilleur ami Paul Allen (Christopher Lee), venu une fois de plus lui demander de l'argent. Nous comprenons plus tard que cet argent profite autant à Kitty qu'à Paul puisqu'il n'est autre que son amant.

Paul Allen est présenté comme un jouisseur, un anti-Jekyll, un homme au dessus des conventions, un salaud en somme, un être sans noblesse, que Fisher synthétise merveilleusement lors d'une scène de dîner entre lui et Kitty, dîner auquel Edward Hyde s'invite malicieusement. C'est là que Fisher se fait brillant et met en lumière la trop grande humanité de l'hédoniste Paul face à un maître qu'il ne soupçonne pas. Hyde est d'autant plus dangereux qu'il est beau, là où Jekyll est un homme d'âge mur assez quelconque, son alter ego est un jeune homme angélique. Paul se veut un homme qui prend, Hyde est un homme à qui l'on donne. C'est là aussi l'originalité du film de Fisher, donner à Hyde une apparence qui ne trahi pas sa nature, mais la cache. Hyde, fort de ce pouvoir de séduction diabolique tente de séduire Kitty, dans une tentative de démontrer à Jekyll que sa femme n'est qu'une putain mais se heurte aux principes de la jeune femme et surtout à une force qu'il n'avait pas envisagé, au delà du bien et du mal : l'amour. Kitty aime Paul. Celle qui trompe son époux se refuse à tromper son amant.

D'un côté Jekyll refuse la colère que lui inspire la liaison de sa femme avec son meilleur ami (sa seule vengeance sera de couper les vannes de sa générosité envers Paul). De l'autre Hyde profite de la débauche que Londres met à sa disposition. Mais Fisher va lier étroitement les deux personnalités dans un moment charnière, Jekyll retrouve dans la poche de sa veste à pli que Kitty a remis à Hyde à son attention, ce mot est la conséquence du refus de Jekyll de prêter de l'argent à Paul : Kitty s'en va. Dès cette instant, tout est biaisé, car les actes de Hyde auront une connotation morale. En exerçant sa vengeance sur le couple adultère, Hyde va laisser libre cours à la colère que Jekyll porte en lui. L'extériorisation de la pulsion occupe un rôle ambigu, Hyde venge malgré lui Jekyll de la trahison de Kitty. Il n'est dès lors pas plus surhomme que la petite fille muette qui frappe le gamin qui a jeté son bouquet par terre.

C'est l'intense mélodrame fisherien qui ravi L'Etrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde à la galerie de monstres, il n'y a plus ici de canines ou de bandelettes, il n'y a plus de monstres, seulement la volonté de transcender une triviale histoire de fesse pour en faire la démonstration que la bête est tapis dans les recoins de l'âme humaine. Du peu qu'il conserve du roman, Fisher en fait l'inverse, donnant à Hyde la beauté du diable, et opère un contrepoint vis à vis des adaptations de Mamoulian et Flemming avec le personnage de la señora Maria, une prostituée de luxe. Là ou le Hyde des précédents films enlevait Ivy  contre son gré et la séquestrait, celui de Fisher séduit Maria, à tel point qu'elle en tombe amoureuse. Comme pour Le Fantôme de l'Opéra, Fisher conserve l'essentiel, l'esprit de l'oeuvre qu'il adapte, et brode autour un nouvel écrin, et comme pour Le Fantôme de l'Opéra, le box-office parlera en la défaveur du maître.

Visuellement le film conserve le charme de la reconstitution, mais l'aspect du film change radicalement en fonction que nous sommes avec Jekyll ou avec Hyde. Jekyll est entouré de couleur neutres, sombres, alors que l'environnement dans lequel évolue Hyde est un constant tourbillon de couleurs sinon chatoyantes, criardes. Dans ces moments ou les rouges, les bleus, les verts envahissent l'écran, les éclairages de Jack Asher invitent étrangement l'esprit de Mario Bava à la fête. Le film aurait tout de parfait si Fisher ne s’appesantissait pas sur les habituelles scènes de cabaret avec leur french cancan ennuyeux qui nous ramène à la vision unidimensionnelle du personnage de Hyde (aller au bordel = EVIL !!!) qui n'est absolument pas celle que le réalisateur veut mettre en avant. De plus, d'excessivement littéraire le film passe souvent à inutilement bavard, délayant les dialogues intérieurs entre Jekyll et Hyde vers une lutte à qui prendra l'ascendant sur l'autre, dans des séquences sans doutes pensées comme les éléments fantastiques (sans lesquels le film ne serait qu'un drame) qui ne sont finalement pas utiles. Pourquoi s'ingénier à éviter des clichés pour se vautrer dans d'autres?

Le final évoque une redite volontaire de Revenge of Frankenstein, que le scénariste aurait lesté d'une grosse pierre. Si la morale chrétienne du film de Flemming semblait avoir été évacuée dés le début, elle revient en force dans la conclusion. Hyde impuni, triomphant fait passer Jekyll pour mort et pour coupable de ses crimes, mais la personnalité de Jekyll est toujours là pour le tourmenter, comme une forme de conscience, délicieuse ironie... on s'arrête là ? C'est bon non ? Non,.. Jekyll reprends le dessus et est arrêté, il va payer pour les crimes de Hyde ou pour ses propres crimes ? On ne sait plus... "Que Dieu vous vienne en aide" lui souffle le brave Ernst Litauer, "Je l'ai vaincu" expire Jekyll, et la pulsion condamnable sera condamnée. En lui-même ce final sentencieux ne trahi pas la vision de Fisher, mais cette nécessité à bannir Hyde et à faire payer Jekyll à la fin ramène au conte moral qu'est avant tout le texte de Stevenson dont on avait tout lieu de penser qu'il allait prendre le contre-pied.

Fisher avait pour ambition de mettre en scène la comédie humaine du cinéma fantastique, une volonté bridée par l'absence de succès des films réalisés dans ce sens, mais on ne peut que reconnaître qu'avec The Two faces of Dr Jekyll il réussit dans cette aspiration, même si sa subtilité s'exprime toujours mieux dans le gothique flamboyant où l'esthétique baroque pallie à son habituelle parcimonie émotionnelle. 


11 janv. 2009

Dr Jekyll and Mr Hyde (1941)

Réalisé par Victor Fleming en 1941.

Avec Spencer Tracy, Ingrid Bergman, Lana Turner...

D'après le Roman de Robert Louis Stevenson ; "The strange case of Dr Jekyll and Mr Hyde".

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Le docteur Henry Jekyll est un jeune et brillant médecin fiancé à la jolie Beatrix Emery. Ses recherches sur la dualité du Bien et du Mal chez l’individu et son désir de dissocier ces tendances l’accaparent complètement. Ces théories nouvelles ne font pas l’unanimité auprès de ses confrères plus réactionnaires. Le père de Beatrix, Sir Charles Emery, mécontent du non-conformisme de Jekyll et de son impatience à épouser sa fille décide d’éloigner celle-ci pendant un temps, afin d’éprouver leur attachement. Un soir, Jekyll accompagné de son ami, le docteur John Lanyon, sauve d’une agression la belle Ivy Peterson, une serveuse de bar, et la raccompagne chez elle. Reconnaissante, elle fait des avances à un Jekill profondément troublé.
Le soir même, cloîtré dans son laboratoire et après de longues recherches, Jekyll se décide à expérimenter sur lui-même un breuvage qu’il a mis au point et mettre en pratique ses théories...

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Dr Jekyll & Mr Hyde est une oeuvre qui a connu, à l'instar de nombreux classiques de la littérature gothique britanique, un nombre incalculable d'adaptation cinématographiques, dont certaines font figures de chef-d'oeuvres. On se souviendra notamment du film de Robertson avec John Barrymore (1920), de celui de Mamoulian (1931) première adaptation parlante, de celui de Terrence Fisher (1962) The two faces of Dr Jekyll malheureusement quelque peu oubliée, du téléfilm, magistrale de David Wickes avec Michael Caine (1989) et pourquoi pas d ela récente série produite par la BBC avec James Nesbitt, sobrement titré Jekyll. mais s'il en est une qui fait autorité, je le dis et je le crois, c'est bien celle de Victor Fleming, réalisé en 1941 et nanti d'un casting parfait, Spencer Tracy en tête !

Les sceptiques pourront me reprendre en disant que cette version reprend mot pour mot voir même image par image la version de 1931 et que Fleming délaisse l'inspiration qui l'a visité pour Le Magicien d'Oz et Autant en emporte le Vent pour livrer à la MGM une copie conforme de la version Paramount de 10 ans son anée. Pas faux ! Mais pas tout à fait vrai pour autant.

Fleming nous gratifie d'abord d'une séquence d'ouverture tout à fait innovante, bien sûr on échappe pas aux relents de morale chrétienne, mais Fleming et son savoir faire vont bien au delà de la simple opposition entre les deux facettes de l'être humain.

le choix qui choque le plus dirons nous dans cette version, c'est celui d'avoir située l'action dans une idéologie parfaitement bourgeoise, beaucoup plus appuyée que dans les version précédentes. L'image semble se conformer à ce choix et se fait plus lisse, la caméra plus discrète et en opposition Hyde se fait plus vulgaire et plus cruel. Le jeu de Spencer Tracy est absolument remarquable, même si le maquillage aurait gagné à être moins outrancier.


Ce maquillage n'a pourtant rien de choquant et ne constitue pas l'objet principal du film. On retrouve dans ce film le soufle mélodramatique d'Autant en Emporte le Vent, et même si la critique sociale n'est pas aussi développée qu'elle aurait pu, Fleming nous gratifie d'un beau portrait de la haute société britanique de la fin du XIXème siècle. Esthétiquement le film ne souffre absolument pas de l'absence de la couleur regréttée par certains, le noir et blanc est propre, propice à l'épouvante et à la suggestion et les décors superbes noyés dans la brume en ressorte magnifiés.

Les interprétation de la grande Ingrid Berman et de la jolie Lana Turner sont elles aussi à reconnaitre comme de véritables morceau de bravoure tant on sent leurs émotions à fleur de peau. On sent chez Fleming un désir de coller au plus près de l'esprit du roman plus que de la trame, il ne fait pas dans la fidélité aveugle, il adapte réellement plutôt que de retranscrire stupidement, et pour qui visionnera le film en profondeur, cette version est très différente de celle de Rouben Mamoulian, sur tous les points, même si le récit en est trait pour trait le même.



Oeuvre plus dramatique que fantastique, ce Dr Jekyll & Mr Hyde este à mon sens la plus grande adaptation du Roman de Stevenson, même si elle renie le côté expressionniste des deux précédentes et s'ancre dans une société plus lisse, plus sage peut-être...la peinture au vitriol n'en est que plus douloureuse. Chef-d'oeuvre inconstetable !