21 déc. 2009

The Undying Monster

Réalisé par John Brahm en 1942.
Avec James Ellison, Heather Angel, John Howard, Bramwell Fletcher, Heather Thatcher, Aubrey Mather, Halliwell Hobbes. D'après le roman de Jessie Douglas Kerruish.


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Une malédiction étrange semble planer depuis des siècles sur la famille Hammond dont les membres finissent tous par mourir prématurément des suites de l'attaque d'une créature étrange, c'est du moins ce que dis la légende, mais le Dr Colbert penche pour une tout autre théorie qui implique la lycanthropie...
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Produit par la 20th Century Fox en réponse au Wolfman d'Universal réalisé un an plus tôt par Georges Waggner, The Undying Monster (aussi connu sous le titre The Hammond Mystery) est la première incursion de John Brahm dans l'épouvante, suivront The Lodger (1944 avec Georges Sanders, Merle Oberon et Laid Cregar), fameuse adaptation du roman de Mary Belloc Lowndes sur Jack l'éventreur, et le superbe thriller Hangover Square (1945), bénéficiant d'un score mémorable de Bernard Herrmann.

John Brahm n'est certes pas parvenu à s'affirmer comme un auteur à la manière de Hitchcock, mais il a démontré à travers sa filmographie qu'il était un maître du suspens et avec The Undying Monster, il réalise une transposition du mythe du loup-garou tout en se démarquant radicalement du film de Georges Waggner qui restera LA référence en la matière.
Tourné dans des décors gothiques rappelant le superbe manoir de Manderley dans Rebecca de Hitchock ou la demeurre Baskerville dans le film de Terence Fisher, magnifiés par un noir et blanc à la photographie parfaite, l'intrigue de The Undying Monster se rapproche d'ailleurs des deux films sus-mentionnés pour donner au final un cross over inattendu entre Sherlock Holmes et Dark Shadows sur fond de lycanthropie lattente.
Dans le même ordre d'idée on remarquera que le duo d'agents de Scottland Yard, Robert Curtis et son assistante Christy se rapprochent d'un Holmes facétieux et d'un (ou une) Watson survoltée.
Plus orienté vers le suspens que vers l'action, The Undying Monster ne nous gratifie pas d'une scène de transformation comme The Wolfman et préfère jouer la carte du mystère jusqu'à la toute fin, ce qui rend le film quelque peu bavard et entrave l'approfondissement de la psychologie de certains personnages, du loup-garou surtout.
Techniquement irréprochable, le film de John Brahm a beau présenter des cadrages intéressants (notamment un point de vue depuis l'intérieur d'une cheminée qui sera repris par Corman 20 ans plus tard), de magnifiques décors, des personnages attachants (Heather Angel dans le rôle d'Helga Hammond) et un huis-clos qui fonctionne à merveille, il peine tout de même à passer pour autre chose qu'une belle série B.
Il en reste une réussite gothique indéniable qui ravira les amateurs du genre et que tout cinéphile doit absolument découvrir même si on préfèrera aisément The Wolfman (1941) dont le remake est d'ailleurs attendu pour février 2010.

30 nov. 2009

Le Chien des Baskerville (1983)

Réalisé par Douglas Hickox en 1983.
Avec : Ian Richardson, Donald Churchill, Denholm Elliott, Glynis Barber, Ronald Lacey, Martin Shaw...

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Sherlock Holmes reçoit à Bakerstreet la visite du Dr Mortimer qui vient l'entretenir des étranges évènements qui entourent la mort de Sir Charles Baskerville... Un manoir perdu dans la lande, des marécages, une malédiction ayant pour objet un chien monstrueux... exactement ce qu'il fallait à Holmes pour se changer les idées !
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Produite en 1983 pour la télévision, cette version du Chien des Baskerville, bénéficie certes d'un casting intéressant, mais ne présente rien de nouveau sous le soleil. En effet sans être une déception, il s'agit là d'une retranscription relativement fidèle, relativement bien jouée du célèbre roman de Conan Doyle.
Ce qui frappera d'emblée, c'est le thème composé par Michael J.Lewis, qui évoque plus un film d'aventure qu'une enquête holmesienne, cette musique, excellente au demeurant est un peu trop présente et tend à faire oublier le caractère gothique de la trame. L'ambiance en est quelque peu altérée alors que les décors participent à rappeler le film de Terence Fisher (1959) ce qui n'est pas pour servir ce téléfilm qui ne tient certainement pas la comparaison avec le chef-d'oeuvre de la Hammer.
Au niveau du casting, qui est intéressant donc, Ian Richardson est un choix des plus pertinent, bien que son interprétation de Holmes soit des plus classiques, beaucoup trop pour être retenue même si le physique de l'acteur est très proche de l'idée qu'on se fait habituellement du personnage. Donald Churchill quant à lui semble s'évertuer à reprendre la partition immortalisée tristement par Nigel Bruce dans les années 40, celle d'un Watson assez bedonnant et quelque peu crétin... nous voila face à un duo bien carricatural, mais fort plaisant car l'humour n'est jamais bien loin. Le reste du casting suit, toujours intéressant mais jamais brillant, on a connu Glynis Barber plus à l'aise et plus naturelle, la pauvre femme semble jouer comme si elle était continuellement constipée, Denholm Elliott et Ronald Lacey aussi d'ailleurs à croire qu'il y a eu un virus sur le tournage, ou une odeur étrange, tant tous les interprètes semble constamment mal à l'aise.
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Mais passant sur ces détails, préférons nous tourner vers les qualités esthétiques de cette production qui sont louables, les lents travellings sur la lande brumeuses accompagnés de la bande son onirique de Lewis parviennent à nous plonger entièrement dans une intrigue vue et revue, et le montage très efficace lors des attaques du chien redonne un peu de piment à l'ensemble. On appréciera aussi les magnifiques intérieurs du manoir Baskerville et les costumes créés par Julie Harris.
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Pour être bref, cette adaptation du Chien des Baskervilles de Sir Arthur Conan Doyle peine à briller et on lui préfèrera inévitablement la version de 1959 avec Peter Cushing, ou celle plus récente de 2003 avec Richard Roxburgh, mais elle reste un divertissement de qualité, production honnête bénéficiant d'interprètes honnêtes, de beaux décors et de beaux costumes et d'une relative éfficacité pour ceux qui n'auraient jamais ni lu, ni vu The Hound of The Baskervilles.

28 oct. 2009

Les Vampires (1956)

Réalisé par Mario Bava et Ricardo Freda en 1956.
Avec :Gianna Maria Canale, Dario Michaelis, Carlo D’Angelo, Wandisa Guida, Angelo Galassi, Renato Tontini, Antoine Balpêtré, Paul Muller...

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Paris, 1956 - Le corps d'une jeune femme est retrouvé exsangue dans la scène. Pour la presse à sensation, il ne fait aucun doute que c'est là un nouveau crime perpétré par le tueur en série surnommé Le Vampire. Pierre Lantin, journaliste, n'hésite pas à marcher sur les platte-bandes de la police pour tenter d'élucider l'enquête. Le zèle du jeune homme déplait au chef de la police et le patron du journal interdit à Lantin de rester sur l'affaire, l'obligeant à écrire un papier sur le bal donné par Gisèle Du Grand et auquel il est par ailleurs convié. Malheureusement, Giselle, malgré sa beauté, ses titres, et le château de sa famille, ne plait guère à Pierre. Un signe du destin, puisqu’autrefois, la Duchesse Marguerite Du Grand éprouva un amour fou pour le père du journaliste ; un amour qui, lui aussi, n’était pas réciproque…
I Vampiri, est un film marquant dans l'histoire du cinéma, on peut en effet dire qu'il s'agit du premier film d'épouvante Italien (le genre étant interdit auparavant en Italie), ainsi que du seul film d'horreur néo-réaliste qui soit, selon Jean Pierre Dionet, ayant ouvert la voie du gothique fantastique au cinéma italien. Sans entrer dans les détails de ces répercussions, Les Vampires est avant tout une oeuvre splendide malgré les difficultés du tournage :
Ricardo Freda quitte le plateau suite à une crise contre la production, laissant le film inachevé, et inexploitable (pour cause, il en manque plus de la moitié). C'est à Mario Bava que revient la tache d'achever le film, lui qui n'a encore aucun long métrage à son actif et à qui ne dispose plus que de 3 jours. Heureusement, le directeur de la photographie (c'est ainsi qu'il est crédité au générique) a plus d'un tour dans son sac.
Mario Bava est un réalisateur de talent et un auteur fascinant à plus d'un titre, Les Vampires, dont il peut assumer en grande partie la paternité le prouve à chaque instant. Tourné tantôt dans des décors se voulant réalistes d'un Paris fantasmé (il ne s'agit que de surimpressions de monuments parisiens en arrière plan des ruelles de Rome), tantôt dans des décors gothiques (crypte, Château etc...) qui peupleront bientôt les chef-d'oeuvres de Bava (Le Masque du Démon, le corps et le Fouet et Opération peur, pour n'en citer que 3), il distille une atmosphère d'une rare élégance, magnifiée par un noir et blanc superbe et par une photographie exemplaire.
Evoluants dans ces décors, des personnages typés de films noirs nous sont peu à peu dévoilés, tournant autour du couple phare et impossible : Le journaliste en imperméable clair, Pierre Lantin et la femme fatale à la cigarette, Gisèle Du Grand.
Leur situation est dangereuse, Gisèle est éperdument amoureuse de Pierre, comme Margueritte sa tante, était amoureuse de son père. Si la situation est dangereuse, c'est bien parce que c'est Gisèle qui est amoureuse, elle qui n'a qu'une peur, vieillir et qui est toujours rejetée par l'homme qu'elle aime, comme sa tante fut rejetée par celui qu'elle aimait.
Ces similitudes vont conduire Paul, mais surtout le spectateur à soupçonner l'horrible vengeance qu'accomplit Gisèle, non sur Pierre mais sur le temps...


Le film est dominé par l'éblouissante et terrifiante prestation de Gianna Maria Canale (l'épouse de Ricardo Freda) dans un double rôle tragique qui donne au film une ampleur qu'on retrouvera dans très peu de films sur le sujet et qui permet à Bava une très belle reflexion sur la perversité du cinéma, qui aime mettre ses personnages déchéants face à leur propre image.


Autour de la scène du miroir

(le texte qui suit contient d'importantes révélations sur l'intrigue)

La scène la plus mémorable du film reste sans conteste celle ci : Gisèle, après le bal, allume une cigarette et enclenche un phonographe, puis s'admirant dans le miroir répète "Je suis belle", comme pour se convaincre que ça ne changera pas et soupir "Pierre".
Elle est interrompu par l'arrivée d'un homme qui n'est pas Pierre et qui dit l'aimer.
le début de la scène semble hors du temps : Gisèle est masquée par la fumée de sa cigarette, comme derrière un voile de brume qui la coupe du monde réel, impression renforcée par la musique diégétique, qui s'arrêtera lors d'un brusque retour à la réalité.
Lorsque Margueritte fait son apparition, la transition est fluide (le génie d'un maquillage très simple) et les deux femmes apparaissent successivement dans le même plan, l'arrêt de la musique souligne le changement. Margueritte tue le gêneur puis se dirige à nouveau vers le miroir revolver à la main.

le reflet qui jusqu'ici nous avait été caché nous apparait dans un cruel contre champ et le "je suis belle" de départ devient "je te hais" avant que la vampire ne supprime cette image d'elle-même que lui renvoie le miroir. Elle hais cette autre qui est vieille et qui donc n'est pas elle, elle ne vit que lorsqu'elle est Gisèle, elle ne vit qu'hors du temps.

Il n'est pas nécessaire que nous soit montré le visage de Gisèle rajeunit, puisque pour elle, c'est sa véritable image qu'elle voit et face à laquelle elle emploie la première personne: "je". Alors que le reflet de Margueritte lui apparait comme celui d'une étrangère, non qu'elle ne la connaisse pas, elle ne la connait que trop bien, mais refuse de partager son physique avec cette vieille femme incapable de séduire l'homme qu'elle aime. Tirer sur le miroir après avoir crié à cette autre "je te hais" est une manière d'annuler cette ressemblance, de faire disparaitre Margueritte.
Ce reflet à pour nous une fonction révélatrice : avec l'arrêt de la musique la scène s'est à nouveau ancrée dans la réalité et avec cette réalité c'est le véritable visage de Gisèle qui réapparaît, beaucoup plus insistant que celui qu'elle voudrait conserver.

La destruction de cette image de Margueritte par Gisèle préfigure la fin du personnage, lorsqu'une dernière fois, l'éphémère Gisèle reprendra les traits de la duchesse qui la trahiront et la conduiront à sa perte : La victoire du temps sur cette comtesse Bathory moderne.

18 oct. 2009

Anno Dracula


Roman de Kim Newman, publié en 1992.
Avon Books (fiction) n°72345.
403 pages.
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1992, grande année pour un certain vampire, c'est en effet l'année de la sortie du fameux Bram Stoker's Dracula de F.F. Coppola. Les années 90 dans leur globalité ont été une décénie intéressante pour le vampire puisque, plus que les films, les romans autour du personnages ont été somme toute prolifiques. On peut citer en vrac la saga de Fred Saberhagen, débutée avec Les Confessions de Dracula (suivront Les dossiers Holmes/Dracula et une floppée d'autres), l'excellente sequelle de Freda Warrington, Le Retour de Dracula, ou encore le pastiche savoureux de Tony Marks, L'Autre Dracula. Ces romans sont aujourd'hui malheureusement de grands oubliés de nos librairies (même si la sortie récente de Dracula The Un-Dead, par Dacre Stoker va peut-être changer la donne) et Anno Dracula ne fait pas exception !
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Nous sommes en 1888, et l'Angleterre est sous le joug d'un nouveau prince consort, en effet la Reine Victoria est l'épouse du Prince Vlad Tepes, connu dans toute l'Europe sous le nom de Comte Dracula ! L'ère des vampires est arrivée, une ère de décadence et d'oppression dont le symbole radicale est la tête d'Abraham Van Helsing...au bout d'une pique, pourrissant devant Buckingham Palace. Mais tandis que Londres sombre peu à peu dans les ténèbres, un minutieux tueur en série s'applique à dépeupler les bouges de Whitechapel en éventrant les prostituées...l'affaire semble assez banale jusqu'à ce qu'un message à la craie apparaisse sur l'un des murs d'une ruelle "Vampires will not be blamed for nothing" dès lors, l'affaire recquiert l'intervention des services secrets, menés par un Mycroft Holmes désabusé.
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Voila pour la petite histoire, un pitch intéressant pour un cross over sinon maintes fois vu, maintes fois fantasmé. Mais en dehors des grandes lignes qui revisitent la chûte de Dracula et les évênement de 1888, qu'offre réellement Anno Dracula ?
Kim Newman, dandy des temps modernes ancien artiste de cabaret et spécialiste des vampires sous toutes leur formes réussit à nous emmener dans un londres ténébreux plus vrai que nature et à nous faire cottoyer les protagonistes les plus connus du monde littéraire de l'époque, auteurs comme personnages, c'est ainsi qu'on croisera le temps d'une reception Florence Stoker, veuve de l'opposant Bram Stoker, riant flûte de champagne à la main, d'un trait d'humour piquant de Lord Godalming, ce cher Arthur que nous avions quitté chaud et que nous retrouvons froid comme la mort mais toujours aussi vif, pour une petite autopsie, ça sera avec le taciturne et frèle Dr Jekyll qui partage un antique laboratoire avec le Dr Moreau, on retrouvera dans les bureaux de Scotland Yard l'inspecteur Abberline désemparé, Sir Charles Warren qui risque sa tête et qui passe ses colères sur un Lestrade "jeune-vampirisé", un Dr Seward Nevrosé, et le temps d'une entrevue à Buckingham palace, un Josef Merrick effacé, Une veuve Harker qui s'est plutôt bien remise, Un prince Consort féroce et une reine qu'on sort, littéralement.
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Inutile de vous préciser que les choses vues sous cet angle rendent la lecture savoureuse sans que pour autant le tout paraisse trop léger. Kim Newman ne propose pas une telle galerie de personnages pour rien et l'utilise au mieux, même si certaines figures sont par trop sous-employées. En plus de ses figures connues, il est agréable de découvrir de nouvelles têtes avec Charles Beauregard, employé par la Diogènes Society et surtout, le personnages le plus remarquable du roman, Geneviève Dieudonné, une "ancienne" plutôt avant-gardiste, élégante et petillante, si vivante qu'elle parait traverser les pages !
Avec le personnage de Dracula, Newman réussit un petit tour de force, car la figure malfaisante est presque absente de l'intégralité du livre, mais elle est sans cesse suggérée et l'oppression qui règne dans Londres est la digne conséquence des menaces apocalyptiques proférées par le comte dans le roman de Stoker.
Il serait dommage de divulguer un quelconque pan de l'intrigue tant toutes les surprises que recèle Anno Dracula sont délicieuses et souvent d'une extraordinaire complexité, depuis la révélation concernant l'identité de coupable jusqu'à une foule de références qui feront la joie des amateurs de littérature et de cinéma vampirique !
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Anno Dracula est un véritable roman gothique, sombre et remarquablement écrit, d'autant plus remarquable qu'il s'affranchit du style épistolaire du Dracula de Stoker, duquel tant d'auteurs s'étant essayés à l'exercice n'ont pas su se détacher : Un magnifique hommage et un premier tome brillant pour une trilogie trop peu connue.

27 sept. 2009

The Pit and the Pendulum

Réalisé par Stuart Gordon en 1991
Avec Lance Henriksen, Jeffrey Combs, Oliver Reed, Rona De Ricci, Jonathan Fuller, Frances Bay...
Produit par Albert Band et Charles Band. Musique composée par Richard Band.
Librement adapté de la nouvelle The Pit and the Pendulum d'Edgar Allan Poe.

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Espagne, fin du XVème siècle, Le grand inquisiteur Torquemada orchestre exécutions et tortures au nom de Dieu. Lorsque la jeune Maria est arrêtée et enfermée pour sorcellerie, il juge que le soudain amour qu'il lui porte ne peut-être que l'oeuvre du diable mais refuse pourtant qu'elle soit torturée, il lui avoue son amour et lui coupe alors la langue pour que le secret soit gardé. Mais c'est sans compter sur Antonio, le mari de Maria qui bravera le pendule, pièce maitresse et tranchante de la collection de Torquemada pour récupérer sa bien aimée.


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Drôle de cas que celui de la compagnie Full Moon, maison de production "familliale" crée par Albert Band et son digne fils Charles connue pour ses sortie direct-to-video de série B parfois douteuse. De la même manière que l'écurie Corman ou Harry Allan Towers, l'équipe Full Moon trouve son inspiration le plus souvent dans les grand classiques, comme par exemple pour Meridian, de Charles Band visiblement tiré de la Belle et les Bête ou sa Maison du Dr Moreau tirée du roman de H.G Welles, la saga Subspecies, de Ted Nicolaou nourrie des récits de vampires modernes, ou Castle Freak de Stuart Gordon, inspiré (comme son Dagon), de l'univers de Lovecraft.


Stuart Gordon est un artisan sinon précieux du cinéma (il en est un certainemant pour le cinéma bis) un réalisateur très curieux et loin d'être inintéressant. Il a derrière lui au moins 3 succès qui sont Dagon (2001), Dolls (1987) et Reanimator (1985), dans lesquels n'apparait malheureusement pas ce The Pit and the Pendulum (1991) trop méconnu.

Le film commence bien, même très bien, avec une introduction presque baroque qui nous montre le procès pour hérésie du comte Albino de Molina ou plutôt de son cadavre, auparavant enterré selon les saints sacrements puis déterré après les conclusion du grand inquisiteur. La poésie de la scène, résidant aussi bien dans les costumes et le splendide thème musical de Richard Band que dans l'action elle-même (les cendres du comte qui remplissent un immense sablier après une flagellation qui réduit le cadavre en poussière) laisse augurer le meilleur, tout comme le magnifique générique se déroulant sur les gravures de Pieter Bruegel "The Triumph of Death".



Adapter Poe n'est pas une mince affaire et ce film n'a rien à voir avec la version de Roger Corman, c'est bien l'inquisiton espagnole qui est mise en avant par Gordon, qui en profite pour dresser le portrait d'un inquisiteur cruel (Lance Henriksen) qui n'est pas sans rappeler Frolo dans Notre Dame de paris de Victor Hugo : Il a à ses côtés un jeune idiot, diforme, qu'il a "sauvé" , qui porte les stigmates du christ et qui sera son meurtier, il ne peut se cacher son désir pour la jeune Maria qu'il considère par conséquent comme l'incarnation du diable...Une transposition intéressante qui reste néanmoins un peu trop évidente.

Le casting est comme souvent chez Full Moon composé de têtes connues et appréciées des habitués, notamment Lance Henriksen (Aliens le retour, Alien 3), terrifiant dans sa cruauté et sa folie, mais aussi Jeffrey Combs (Re-animator, Castle Freak, Dagon...), en greffier cynique ou Oliver Reed en cardinal, homme de principe mais malheureusement un peu trop porté sur la bouteille, personnage ironique, plus symbolique qu'effectif.
Rona De Ricci incarne quant à elle une Maria qui plutôt qu'Esmeralda, nous évoque Justine, des Infortunes de la vertu du Marquis de Sade, et ce plus que jamais dans une scène ou elle est convaincut que l'homme de Dieu qu'est Torquemada est sincère lorsqu'il dit qu'il les laissera vivre, elle et son mari. Elle s'affranchira de cette candeur par la suite, et le changement sera explicité lors d'une scène de "resurection" magnifique.
Gordon traite aussi d'un thème cher à Poe dans son film, le temps d'une séquence : le fait d'être enterré vivant, bien sûr, aucune adaptation de Poe n'est digne de ce nom si elle n'aborde au moins une fois le sujet.
D'un point de vue technique, le film ne souffre pas trop de son budget réduit, les décors, quoique restreints ne lassent pas et les effets sanglants, avec lesquels l'équipe ne lésinent pas sont globalement réussis et n'entrave jamais la narration : de la complaisance dans un film sur l'inquisition, ce serait un comble !



Gordon s'il ne signe donc pas ici un film historique ou une véritable adaptation de Poe, ni même les deux à la fois, dresse un portrait quelque peu extravagant de l'inquisition espagnole, violent et visuellement agréable, même beau pour un rejeton de la Full Moon dont on sait que la qualité des productions est très inégale. Une sorte de conte macabre qui pourrait, si la photographie avait fait l'objet de plus de soin, se placer aux côtés du Phantom of the Opera de Little dans la ronde interminable des adaptations des grands classiques de la littératures gothique/fantastique de la fin des années 80, au cour de laquelle les noms de Harry Allan Towers, Roger Corman, Stuart Gordon, Charles Band etc. seront amenés à réaparaître à de nombreuses reprises.

1 sept. 2009

Frankenstein Unbound



Réalisé par Roger Corman en 1990.
Avec John Hurt, Raul Julia, Bridget Fonda...
D'après le roman de Mary Shelley et librement inspiré du roman de Brian Aldiss.

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Le Dr Joe Buchanan pense avoir trouvé le moyen de créer une arme qui contrairement à la bombe atomique ne pourrait jamais mette le monde en péril. Mais sa découverte entraine un boulversement spatio-temporel qui va le conduire au début du 19ème siècle à Genève. Là il fait la connaissance de la jeune Mary Godwin et des poètes Shelley et Byron, mais assiste aussi aux faits qui ont inspiré le roman Frankenstein : il se retrouve en effet face au baron lui même et à sa créature...
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Le mythe de Frankenstein s'est trouvé surexploité dans les années 70, divers téléfilms adaptent en effet plus ou moins fidèlement le roman de Mary Shelley, comme celui de Dan Curtis, Terror of Frankenstein avec Leon Vitali, Frankenstein; The True Story de Jack Smight (dont j'ai parlé précédemment) et le cinéma d'exploitation s'en donne à coeur joie avec des variantes jouissives tel le Chair pour Frankenstein de Paul Morrissey, ou le succulent Lady Frankenstein de Mel Welles, sans oublier l'irrésistible Frankenstein Junior de Mel Brooks...tant d'avatars qu'on en vient à perdre l'essence de l'oeuvre et à oublier sa genèse et sa raison d'être. Si de 85 à 88 sortirons sur les écrans divers films narrant la genèse du roman, avec la fameuse nuit des Shelley à la villa Deodatti : Gothic de ken Russell, Rowing with the wind, avec Hugh Grant ou le très rare Haunted Summer, auxquels on peut ajouter par curiosité The Bride, avec Sting et Jennifer Beals, difficile de mettre en relation cette nuit de débauche hallucinatoire avec le Prométhée Moderne de Mary Shelley.
C'est en 1888 que Corman se voit confié un budget conséquent par la Twentieth Century Fox pour enfin faire ce lien. Voila près de 17 ans que Corman n'a oeuvré qu'en tant que producteur, et si on se souvient de la prolifique décénie 1960 (qui vit entre autre naitre le cycle Poe), Roger Corman, versatile et dillétante professionnel n'entre plus dans les bonnes grâces dans grands studios ni dans celles du spectateur. Le projet de Frankenstein Unbound aboutie finalement en 1990 à un film d'une durée totale d'une heure et vingt minutes certes nanti d'un casting de choix, d'une belle photographie et d'un scénario intéressant mais qui recevra un accueil mitigé duquel le temps n'a pas encore eu raison : Frankenstein Unbound reste un film hautement sous estimé.
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De la même manière que le Phantom of The Opera de Dwight H. Little (1989), Frankenstein Unbound revient aux fondements de l'oeuvre via un twist de même nature : Le Dr Buchanan, version moderne de Frankenstein va apprendre à ses dépend que l'histoire se répète et ce de façon irréversible. Corman réussit à rendre son histoire tout à fait crédible, ou du moins parvient à la rendre moins invraissemblable qu'il n'y parait : En effet, Buchanan en plus de se retrouver à cheval sur deux époques, va devoir jongler avec deux univers, d'un côté celui de Mary Shelley et de l'autre, celui du Baron Frankenstein, qui n'est pas encore devenu le personnage littéraire que l'on connait aujourd'hui. Le tout aurait pu devenir très compliqué, mais au final le scénario s'avère béton et jamais le spectateur ne se retrouve le cul entre quatre chaise comme le pauvre Buchanan mais suit agréablement l'intrigue.
Sur sa forme, le film ne pèche aucunement, les effets spéciaux certes un peu dépassés servent très bien le film ainsi que le superbe maquillage de Nick Dudman (qui oeuvrera plus tard sur la saga Harry Potter), on pourra aussi saluer les magnifiques costumes de Franca Zucchelli. La prestation des acteurs ne souffre aucune critique, le trio de tête John Hurt (Buchanan), Raul Julia (Frankenstein, que l'on retrouvera dans le rôle de Gomez dans The Addams Family) et Bridget Fonda (Mary Shelley) est fantastique. Nick Brimble dans le rôle du monstre offre lui aussi une belle composition, ainsi que Jason Patrick dans le court rôle de Lord Byron.
Mais vous l'aurez compris, ce qui est pour moi le point fort de Frankenstein Unbound, c'est son scénario, qui capte à merveille le message du roman de Mary Shelley dans un final apocalyptique où Buchanan se rend compte qu'il n'est lui-même plus qu'une sorte de Frankenstein et que le progrès pour le progrès engendrera toujours les mêmes effets.
Certes on pourra toujours préférer un adaptation fidèle et plus "grand publique" comme la splendide version de Kenneth Brannagh, dont je ne nie nullement les qualités, mais il serait dommage de passer à côté de la si belle reflexion que nous offre Frankenstein Unbound qui du reste et sur tous les plans n'a que peu à envier aux films de Brannagh et consort.

21 août 2009

Revenge in the House of Usher

Réalisé par Jess Franco en 1982.
Avec : Howard Vernon, Lina Romay, Antonio Mayans, Daniel White, Françoise Blanchard, Olivier Mathot...
Musique composée par Jess Franco et Daniel White.
D'après "La Chûte de la Maison Usher" d'Edgar Allan Poe.

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Allan Harker (ou pourra noter le retour fréquent de noms issus du roman Dracula dans la filmographie de Franco ; Harker, Renfield et surtout Seward) se rend au château de son ancien mentor, Roderick Usher. Ce Dernier veut confier un secret qui le pèse terriblement à son élève et ami. Harker ne sera pas au bout de ses peines lorsqu'il découvrira qui est vraiment Usher, quelle folie l'anime et quelle relation étrange il entretient avec son immense demeure.
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Etrange film que ce Revenge in the House of Usher. Exploitée sous différent titres, tels Névrose, La chûte de la maison Usher ou l'absurde Zombie 5, cette adaptation revue et corrigée par Jess Franco du classique d'Edgar Poe est un étrange patchwork qui vaut vraiment le coup d'oeil. On connait l'attachement de Franco pour le personnage qu'il à créé, à savoir le Docteur Orloff, qui est revenu fréquemment dans sa filmographie, depuis l'Horrible Dr Orloff jusqu'à la dernière apparition du personnage dans Les Prédateurs de la Nuit (avec Helmut Berger, Brigitte Lahaie, Telly Savalas, Caroline Munroe, Chris Mitchum, Florence Guérin...j'en passe et des pires). La Chûte de la maison Usher qui ne devait être à l'origine qu'une adaptation plus ou moins fidèle de la nouvelle éponyme devient finalement l'occasion pour Orloff de revenir sur le devant de la scène. Roderick Usher (interprété par l'extraordinaire Howard Vernon évidemment) est ici torturé par les esprits des femmes qu'il a tué pour rendre la vie à sa fille Melissa (tiens donc) et pour réduire l'écart entre Orloff et Usher, ce dernier est assisté par un pauvre bougre aveugle et défiguré; Morpho (ici joué par Olivier Mathot, l'acteur qui n'aurait pas été assez dynamique pour jouer Derrick).
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Howard Vernon incarnant Roderick Usher : l'homme de la maison.
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Névrose (ou Revenge in the house of Usher, ou la Chûte de la Maison Usher, appelez-le comme vous voulez), donne donc à Franco la possibilité d'un cross over improbable mais hautement intéressant, entre son univers d'épouvante surréaliste et l'univers gothique d'Edgar Poe, pour un résultat des plus singuliers. Si les décors rappellent un instant le bel effort fait pour Les Nuits de Dracula (1970), la trame a tôt fait de rappeler le tortueux Rites of Frankenstein, en effet, le film a subit, selon la volonté d'Eurociné, divers remontages et inserts lui donnant un charactère batard au final très appréciable.
La Maison Usher n'a ici rien à voir avec le manoir flamboyant (et flambant...hum) du film de Roger Corman, c'est une austère forteresse espagnole à l'allure géométrique assez déconcertante. L'intérieur est tout aussi austère, La Maison comme son occupant n'est plus qu'une carcasse branlante. Franco parvient à créer une atmosphère très réussie en donnant l'illusion du lien qui unit Usher à sa maison avec les craquements qui retentissent dans la toiture lorsqu'Usher se sent mal. La prestation d'Howard Vernon vaut le détour, l'acteur à la voix nasillarde cabotine, dans le rôle du vieux professeur à la raison chancelante qu'est Usher.
Là ou le bât blesse, c'est justement au niveau des inserts imposés par la production, certes l'idée de rapprocher Usher de Orloff est intéressante, ce n'est pas Franco qui le niera, mais une troisième sous intrigue pointe le bout de son nez et ne se dévoilera jamais vraiment laissant le spectateur dubitatif devant un pan d'ombre inutile présent dans le scénario qui n'en est que plus bancal : La présence d'Edmonda, apparemment défunte femme d'Usher, dont on ne saura jamais si elle est une hallucination, une revenante, un vampire ou une femme de chair et de sang cherchant à pousser un peu plus son cruel mari vers la folie...tout comme on ne saura jamais si les femmes attachées dans les cachots que découvre Harker sont réelles ou issues d'un cauchemar ou encore si Franco, en cour de route, a manifesté la volonté d'ajouter Barbe Bleue à l'affaire (pourquoi pas)...ni ce qui a poussé eurociné à insérer des scènes avec un personnage n'ayant presque aucune intéraction avec les autres en la personne de Mathias incarné par jean Tolzac.


Revenge in the House of Usher présente sinon une vraie adaptation de la nouvelle de Poe, une véritable synthèse du cinéma de Jess Franco et aurait en ce sens gagné à être étoffé, qui sait sur deux heures, n'en faisant peut-être pas une oeuvre plus cohérrente mais au moins plus aboutie. Il en reste un film très sympathique, tourné dans des décors intéressants et porté par une très bonne musique de Danièle White. Un Franco qui de l'oeuvre dont il est adapté ne retient que la chûte (dans les deux sens du terme), très abordable, et à découvrir séance tenante pour qui aura apprécié au préalable L'Horrible Dr Orloff !