27 oct. 2010

And Now The Screaming Starts !

Réalisé par Roy Ward Baker en 1973.
Avec : Peter Cushing, Herbert Lom, Patrick Magee, Stephanie Beacham, Ian Ogilvy, Geoffrey Whitehead, Norman Mitchell...
D'après le roman de David Case, Fengriffen.

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Angleterre, 1795, Catherine s'apprête à épouser Charles Fengriffen, héritier du vaste domaine Fengriffen. Lorsqu'elle arrive au manoir, elle est immédiatement fascinée par le portrait d'un ancêtre, Sir Henry Fengriffen. Mais alors qu'elle regarde le portrait, elle est assailie de visions cauchemardesques ; commence alors pour elle une lente descente aux enfer qui la mènera au terrifiant secret des Fengriffen.
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Encore une fois, c'est d'un film de Roy Ward Baker dont il est question ici : L'adaptation du roman gothique Fengriffen, de David Case, produite par la Amicus, firme concurrente de la Hammer.
Certes la Amicus n'a jamais jouit ni du succès ni de la réputation de la Hammer, mais on peut lui reconnaitre quelques belles réussites (I, Monster, Le Jardin des Tortures, le Sixième Continent...), même si leur production reste moindre en comparaison de celle de la grande Hammer Film.
And Now the Screaming Starts, malgré sa prestigieuse distribution et Roy Ward Baker aux commandes n'a jamais été considéré autrement que comme un relicat grand guignolesque du cinéma gothique anglais. C'est pourtant un statut que ne mérite pas ce film, dont les efforts pour restituer une ambiance oscillante entre Rebecca et Le Chien des Baskerville, le caractère très littéraire, la musique (très téléfilmesque au demeurant, de Douglas Gamley), les décors etc. sont hautement appréciables.

Il faut avant tout voir dans And Now the Screaming Starts l'un des derniers sursauts de l'épouvante gothique, un chant du cygne qui laisse beaucoup plus de place que ses aînés à la violence graphique. Sans parler de réelle terreur, le film parvient à susciter une certaine tension, grâce à un scénario très habile, reposant sur le traditionnel jeu "est-elle folle ou victime d'une malédiction ancestrale ?" qui prouve une fois de plus son efficacité.
Mais le principal atout de And Now the Screaming Starts, est évidemment, en dehors de ses décors et de son ambiance : son casting ! Ian Ogilvy (The Witchfinder General) et Stephanie Beacham (Dracula AD 1972) forment le couple central : lui obséder par le fait d'avoir un héritier, elle rendue cinglée par des phénomènes étranges. Patrick Magee (The Black Cat) en médecin dépassé. Herbert Lom (euh... là yen a trop) en ancêtre dépravé et maudit, dans une séquence révoltante.

Et bien sûr, faut-il encore le présenter : Peter Cushing. L'acteur le plus flegmatique du monde incarne le très strict Dr Pope, pionnier dans le domaine de la psychiatrie (serait-ce un léger anachronisme ?), dans une composition extraordinaire (on pense bien sûr au rôle que tiendra plus tard Barbara Steele dans Dark Shadows revival). Il constitue à lui seul une excellente raison de voir le film!
Bien sûr, Peter Cushing ne fait pas tout, et on pourra sourire du ridicule de certains effets de terreur (un spectre plutôt rigide, ou cette main coupée qui se ballade de temps en temps dans les couloirs et qui semble annoncer qu'une mort est proche...)
Faut-il pour cela bouder And Now the Screaming Starts (pour ça ou parce que ce titre est vraiment fatigant à répéter)? Et passer à côté d'un digne représentant (l'un des derniers) de l'âge d'or du cinéma gothique anglais ? Certes non, pourvu qu'on soit séduit par cette ambiance si particulière, ces costumes, ces décors (aaah ce petit cimetière baigné de brume) et ces acteurs. Je ne dis pas un mot à propos du dénouement des plus surprenant (une apothéose), de cette honorable adaptation du court mais complexe roman de David Case.

25 oct. 2010

Dr Jekyll & Sister Hyde

Réalisé par Roy Ward Baker en 1971.
Avec : Ralph Bates, Martine Beswick, Gerald Sim, Lewis Fiander, Susan Brodrick...
Musique de david Whitaker.
Scénario de Brian Clemens, d'après le roman de R.L. Stevenson.
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Le Dr Jekyll, jeune et brillant scientifique est obsédé par l'idée de vieillir ou de tomber malade, et poursuit des recherches sur une potion qui prolongerai la vie. Le jeune homme s'enferme nuit et jour dans son laboratoire, au rez-de-chaussée d'une pension londonienne, et même s'il n'est pas insensible au charme de Susan Spencer, sa jolie voisine, son travail le prive de toute distraction. Un soir, pensant avoir touché au but, il teste le résultat sur lui-même... sans penser une seconde que le concentré d'hormones féminines qu'il vient d'ingérer pourrait avoir d'autres effets que celui de soigner.
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Réalisé par Roy Ward Baker (Les Cicatrices de Dracula, The Vampire Lovers... le réalisateur décédé le 5 octobre 2010 à l'âge de 93 ans a apporté une contribution non négligeable au cinéma) pour la myhtique Hammer, Dr Jekyll & Sister Hyde est probablement l'une des plus grandes réussites du studio au regard de la période (70-75) qui l'a vu naître. Souvent boudés, les films produit par la Hammer après 70 sont pourtant bien plus chatoyants que ceux produits aux alentours de 65-67, et des réalisateurs comme Peter Sasdy ou Roy Ward Baker ont largement participé à ce regain de peps
Tourné à peu près en même temps que Hands of the Ripper, de Peter Sasdy, et dans des décors similaires, Dr Jekyll & Sister Hyde traite presque du même sujet au fond, puisque c'est bien le mystère Jack l'Eventreur qui se voit donné une louable explication par les voies de la fiction (Brian Clemens, avec son scénario préfigure ici les romans à venir, mélant Sherlock Holmes ou Dracula à l'enquête). C'est donc ici, vous l'aurez compris, l'alter ego féminin de Jekyll, qui se rend coupable des crimes, commis dans la brume insondable de Whitechapel (magnifiques décors, somptueuse photographie, et score formidable de David Whitaker, l'ambiance est simplement parfaite !)

Au niveau de l'interprétation, on peut saluer le couple de choc, réuni dans un même corps : Ralph Bates, dandy à l'improbable coupe 70's et à l'expression sévère, dont le Jekyll névrosé est diablement queer, et Martine Beswick (on note une sacrée ressemblance lorsqu'ils sont habillés de la même façon), femme fatale dans tous les sens du terme, qui semble beaucoup s'amuser de son rôle : un esprit d'homme dans un corps de femme. Eclipsant sans difficulté le reste du casting, les deux acteurs évoluent avec une facilité déconcertante dans leur rôle, et les apparitions impromptues de Sister Hyde sont à chaque fois Jubilatoire.
Si le film ne manque pas d'un certain humour (noir le plus souvent), Baker n'en fait pas pour autant une comédie, le pastiche est élégant et l'issue en est bien sûr la tragédie.

Sombre et délicieusement déviant, Dr Jekyll & Sister Hyde fait partie des joyaux de la période post 70 par trop sous-estimée, de la Hammer, à ranger à côté de Hands of the Ripper de Peter Sasdy ou The Vampire Lovers, lui aussi du regretté Roy Ward Baker.

10 sept. 2010

Années 30 : Petit tour du côté des classiques

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Sans prétention, quelques mots sur une sélection arbitraires de quatre oeuvres cinématographiques ayant marqué les années 30


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Mystery of the Wax Museum (1933)



Michael Curtiz réalise avec Masques de Cire, un excellent suspens en Technicolor, évoquant Le Fantôme de l'Opéra, dans lequel Lionel Atwill incarne Ivan Igor, un sculpteur de génie amoureux de ses créations.

Igor perd ses mannequins de cire et l'usage de ses mains dans l'incendie de son premier musée, et se jure de restaurer chacun de ses enfants et de faire payer le responsable de l'incendie. C'est sans compter sur la persipcacité de la reporter Florence Dempsey, qui se met en tête d'enquêter l'étrange ressemblance que partage les nouveaux mannequins avec des personnes récemment disparues.

Glenda Farrell vole la vedette à Fay Wray (Dont on retiendra surtout les hurlements...quel organe !), dans le rôle de la journaliste Florence Dempsey, incarnant avec une joyeuseté communicative la facétieuse pipelette au caractère bien trempé, dans ce superbe film qui connu plusieurs remake dont House of Wax (1953) de Andre de Toth avec Vincent Price et Le Masque de Cire (1997) de Sergio Stivaletti (produit par Dario Argento et scénarisé par Lucio Fulci) avec cette fois Robert Hossein dans le rôle du sculpteur.

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Freaks (1932)



Oeuvre destabilisante de Tod Browning (Dracula, 1931, Mark of the Vampire, 1935), Freaks est un morceau de poésie pure, ou le beau et le laid sont présentés comme ce qu'ils sont réellement : rien de plus que des notions abstraites.

Cleopatra (Olga Baclanova) projette d'épouser Hans (Harry Earles), et de l'empoisonner pour profiter de sa fortune... Alerté des mauvaises intentions de la superbe créature, le reste de la troupe, autant dire la famille de Hans, veillera à mettre un terme à ce projet.

Censuré à outrance le film garde pourtant cette sensibilité et ce détachement vis à vis des particularité de son casting : un film à voir absolument pour tout amoureux du cinéma, dont l'influence se ressent dans un film plus récent, d'une qualité certes inférieure, mais au demeurant intéressant : House of the Damned (un titre à la noix si vous voulez mon avis), produit par la Fox en 1963.

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The Most Dangerous Game (1932)


Film Phare d'Irvin Pichel et Ernet B. Schoedsack, produit par la RKO un an avant King Kong, Les Chasses du Comte Zaroff est dominé par la prestation halucinée de Leslie Banks dans le rôle de Zaroff, personnage sadien dont l'unique et véritable passion est la chasse... à l'homme.
Robert Rainsford, chasseur de grands fauves, est le seul survivant d'un naufrage ayant eu lieu près des côte d'une mystérieuse île : la propriété du comte Zaroff, un hôte parfait ayant déjà accueilli Eve Throwbridge et son frère Martin... le voila comblé avec trois invités, trois nouveaux trophés en perspective.
Reflexion sur l'homme civilisé chassant pour le plaisir et la bête sauvage chassant pour se nourir, The Most Dangerous Game présente avec Zaroff et Rainsford, deux chasseurs passionnés et pourtant aux antipodes l'un de l'autre : Rainsford passe du statut de chasseur à celui de chassé, comprenant que le fauve dans la jungle de l'attaque pas pour le plaisir mais pour se défendre. le film connaitra plusieurs remake et révision, tel A Game of Death (1945) de Robert Wise, Bloodlust! (1961) de Ralph Brooke, La Comtesse Perverse (1974) de Jess Franco, mettant en scène le couple Zaroff (Alice Arno et Howard Vernon) et Les Week End Maléfiques du Comte Zaroff (1976) nanard de pointe de et avec Michel Lemoine (ainsi, encore une fois qu'Howard Vernon en majordome dérangeant).
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Becky Sharp (1935)


La promotion autour du film promettait "Le premier GRAND film en couleur NATURELLE". Force est de constaté que le technicolor du film fait paraître la couleur tout sauf naturelle (Nigel Bruce à l'air malade), ce qui ne nuit en rien au charme de cette adaptation du formidable roman de William Makepeace Thackeray : La Foire aux Vanités.

Réduite et largement simplifiée, l'histoire est celle de Becky Sharp, orpheline ambitieuse, arriviste, qui grimpe férocement l'échelle sociale et risque de tomber de toujrous plus haut.

Mélodrame de premier ordre, précurseur d'Autant en Emporte le Vent, Becky Sharp n'est pas la pièce maîtresse de la filmographie de Rouben Mamoulian (Dr Jeckyll and Mr Hyde, 1931), mais offre à Miriam Hopkins un rôle trop peu vu au cinéma (mais bien plus souvent à la télévision), sinon récemment dans le Vanityfair de Mira Nair, dont le casting est royal.

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Comme dit, une petite sélection arbitraire commentée sans prétention, de classiques des années 30 à découvrir si ce n'est déjà fait : vite vite vite !

2 sept. 2010

The House of Usher 2008



Réalisé par David Decoteau en 2008.
Avec : Michael Cardelle, Frank Mentier, Jaimyse Haft, Jack Carlisle...
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Lorsque Victor Reynolds rend visite à son ami de toujours, Roderick Usher, c'est pour découvrir que celui ci, atteint d'une étrange maladie dégénérative se terre dans l'obscurité de son imposant manoir, craignant la lumière et l'agitation du dehors...
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Il ne faut jamais très longtemps à la maison usher pour se remettre de ses chutes consécutives. Deux ans après le film de Hayley Cloake, apparait cette nouvelle adaptation, un peu particulière, puisque c'est David Decoteau qu'on retrouve aux commandes. Au programme donc, un casting qui ravira certainement le public du monsieur, puisqu'il est essentiellement composé d'éphèbes, qui n'ont pour toute indication scénique la plupart du temps que celle de déambuler dévêtus dans le décor. Il ne faut pas longtemps, même pour les novices, pour se rendre compte des véritables préoccupations de Decoteau, et les habitués pourront se réjouir de constater que le partenariat du réalisateur avec la chaine TV gay Here! est plutôt fructueux, puisque la filmographie en dent de scie de Decoteau qui connu jadis plus de bas que de hauts, remonte singulièrement la pente.
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Avec le parti pris d'exhiber son casting masculin un maximum, sans jamais se montrer explicite quant aux relations qu'entretiennent les personnages (ce côté crypto-gay qui l'a rendu célèbre), Decoteau parvient à maintenir une réelle tension. Une tension qui ne se trouve pas là où on l'attend (n'allez pas chercher trop loin), puisque ce House of Usher n'a rien de bien terrifiant, l'argument fantastique ne servant que d'amorce pour dévoiler une relation trouble et auto destructrice entre Roderick et Victor. Sans jamais tomber dans la vulgarité, Decoteau flirte pourtant dangereusement avec le softcore bas de gamme, donnant à son film un coté kitsh et camp, pas détestable. Jaimyse Haft, seule représentante de la gente féminine au milieu de cet étalage de chair fraiche, ne s'en formalise pas trop et peu se vanter d'incarner le personnage le plus favorisé par le scénario de Simon Savory, Madeline Usher.
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Egal à lui-même, Decoteau baigne ses décors de son habituelle lumière bleutée, ponctuée d'une éclair de temps en temps, muliplie les traveling sur les corps dénudés. Sur ce point, il se sent visiblement beaucoup plus confiant que d'habitude... ce partenariat avec Here! n'arrive pas trop tôt !
Photographie soignée, mainnequins en boxers en veux-tu en voila, élément fantastique pour faire genre (Dites, il est où Edgar Poe ??)... House of usher est un pur Decoteau, qui en étonnera plus d'un par sa qualité et la richesse inhabituelle de son contenu, le réalisateur se permet même un petit twist final, qui ne nous fera certainement pas réflechir longtemps, mais qui nous montrera, avec ce beau plan sur le visage en larme de Victor, dans un silence total, qu'une force et une tendresse innattendues sommeillent derrière la caméra de David... et sans m'attendre à des miracles, j'espère constater ça de plus en plus souvent !

7 août 2010

Alucarda

Réalisé par Juan Lopez Moctezuma en 1975.
Avec : Claudio Brook, Tina Romero, Susana kamini, David Silva...

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Mexique, 1850. Une femme accouche dans un temple abandonné, d'une enfant, Alucarda, sous les yeux d'un faune, avant de rendre son dernier soupir en glorifiant le diable dont elle est sous l'emprise. Quinze ans s'écoule, Justine, une jeune orpheline fait son entrée au couvent, et partage la chambre d'Alucarda avec laquelle elle se lie d'une profonde amitié... Alucarda, victime de ses penchants morbides, va entrainer Justine dans une spirale infernale à l'issue funeste.
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Voila un film bien singulier que cet Alucarda au titre évocateur.
Moctezuma, ne traite pourtant pas de vampirisme dans son film, même si les allusions sont nombreuses, comme lorsque visitant le temple abandonné, Alucarda et Justine profanent la tombe d'une certaine Lucy Weston, qui serait en fait la mère d'Alucarda, réveillant ainsi la malédiction. La manière dont Alucarda se rapproche de Justine, lui faisant jurer qu'elles resteront éternellement ensemble, n'est pas sans évoquer la séduction de Carmilla, sa persuasion et son envoutement vis à vis de ses compagnes, et enfin, la vision d'une Justine perdue, se régénérant dans un cercueil rempli de sang est assez explicite.
Alucarda n'est pas un film d'horreur à proprement parler, même si les scènes de violence graphique sont nombreuses, c'est une oeuvre qui lorgne beaucoup plus vers le surréalisme et que des maîtres comme Arrabal ou Jodorowsky n'auraient pas reniée. Comme souvent dans le cinéma surréaliste, Alucarda fait preuve d'une irrévérence assez exacerbée vis à vis des convictions chrétiennes, utilisant l'idée de la possession pour donner lieu à des débauches érotico-sanglantes qui ne sont pas sans rappeler le délire des nonnes autour de la figure diabolique dans Love Letters of a Portuguese Nun de Jess Franco (1977), en beaucoup plus outrancier. L'horreur le dispute à la beauté esthétique dans ce conte dont les scènes semblent tirées des tableaux des grands maîtres classiques.
Moctezuma condamne l'intolérance religieuse, en sublimant l'homosexualité féminine et en révélant, par le changement de couleur de l'habit des nonnes, qui du blanc passe progressivement au vermeil, les stygmates d'une lutte vaine et meurtrière qui souillent le corps et l'esprit. Il s'emploie à mettre en lumière les pires dérives du fanatisme, et met en opposition à l'église le personnage du Dr Oszek... qui finira pourtant, convaincut du mal qui ronge Alucarda et Justine, par utiliser l'eau bénite. Ce n'est pas la religion même que Moctezuma condamne, mais bien les actes terribles qu'implique le fanatisme, notamment les atrocités de l'inquisition.

Justine, qui est quasiment ici l'héroïne pervertie de Sade, qui quitte son état de pureté pour s'abîmer dans le mal et Alucarda, qui à bien des égards rappelle la Carmilla de LeFanu, forment un antithétique duo de marionnettes dont les ficelles sont tirées par le diable en personne, dans cette oeuvre étrange, qui ne manquera pas de fasciner le spectateur, avec ce marriage si efficace d'horreur et de poésie.


30 juin 2010

Dracula The Undead

Roman de Dacre Stoker et Ian Holt

En 1888, un groupe de six intrépides a réussi à détruire Dracula aux portes de son château de Transylvanie. Vingt-cinq ans plus tard, ils se sont dispersés mais le souvenir de cette périlleuse aventure où l'un d'eux à laissé sa vie les poursuit. Combat quasi mystique contre les forces du mal, vengeance d'amoureux endeuillés ou inextinguible jalousie : les raisons mêlées de leur acte continuent de perturber leur existence et la disparition du prince des ténèbres n'a pas apaisé leurs tourments.
Une mort inexpliquée devant un théâtre parisien et un deuxième assassinat d'une effroyable cruauté au coeur de Londres vont réveiller la peur. Du Quartier Latin à Piccadilly, l'ombre de Dracula semble à nouveau planer... Les héros d'autrefois devront faire face à un ennemi insaisissable aux attaques sournoises et d'une violence inouïe, mais aussi à leurs propres démons.


Cette suite "officielle" tant attendue du superbe roman de Bram Stoker se déroule 25 ans après les évènements relatés par ce dernier et qui selon les auteurs ont eu lieu en 1888 (on tentera de ne pas rire). Les intentions de Dacre Stoker et de Ian Holt sont louables et on ne peut nier la hardiesse du geste, puisque le roman à pour but la réappropriation du personnage de Dracula par le nom qui l'a fait naître : Stoker. Avançant comme ligne directrice une fidélité inédite à l'oeuvre de Bram Stoker, les créateurs de cette séquel se sont pourtant, j'en ai peur, perdus dans la masse des informations récoltées sur le personnage, que ce soit au niveau historique, littéraire ou cinématographique.
La quatrième de couverture parle des "héros d'autrefois", et cet "autrefois" est à souligner trois fois, puisqu'il serai plus judicieux de parler de ce qu'il reste de ces héros, tombés en déchéance. Après une lettre presque inopportune de Mina adressée à son fils qui résume tant bien que mal en quelques pages l'aventures que Stoker a mis 580 pages à relater en guise d'ouverture, on retrouve les noms connus du roman, Seward, Harker etc, qui 25 ans après avoir affronté Dracula, sont devenus, pour le premier, morphinomane au dernier degré et obsédé par la traque du mal qui rode dans l'ombre, pour le second, un alcoolique antipathique et con, qui a toujours en travers de la gorge l'idylle entre sa fiancée et le monstre. Une idée intéressante que de désolidariser les protagonistes qui en sont réduits à l'état d'épaves, ce qui est le cas pour toute la bande, sauf pour Mina, qui, il faut bien l'avouer ne fait que rêver à Dracula, entre désir et culpabilité.
Parmi les nouvelles têtes, on trouve bien évidemment le jeune Quincey Harker, évoqué brièvement dans la note finale du roman d'origine, qui a bien grandi et qui a pour ambition dans la vie outre de contredire son père à tort et à travers, de devenir acteur... Autant le dire tout de suite, Quincey a l'épaisseur psychologique d'une feuille cançon et il est pourtant tout l'enjeu du roman, lui qui représente la jeune génération. Grande idée qui est celle de situer les premiers évènements à 1888 n'est-ce pas ? Cela permet de lier Dracula à Jack l'éventreur et de faire intervenir un personnage présent dans les notes originales de Stoker mais évincé du roman : l'inspecteur Cotford, qui a, 25 ans auparavant assisté Abberline dans son enquête au coeur des ténèbres de Whitechapel et ne s'est toujours pas remis de l'échec, un gros baton dans les roues de Mina et compagnie... Oh et puis, n'oublions pas que la pire menace qui plane sur nos protagonistes n'est pas Dracula, mais en fait la comtesse Elizabeth Bathory, vampire et psychotique de son état qui joue avec tout ce beau monde comme avec un gigantesque échiquier.
Je pense avoir posé les bases essentielles et avoir mis en exergue quelques unes des plus importantes des grosses ficelles tirées par le duo qui promettait pourtant des merveilles. Tout d'abord notons que le roman s'émancipe du style épistolaire de son modèle, et s'émancipe d'ailleurs de toute notion de style : en français comme dans le texte, cet Immortel est écrit avec une platitude effarante ! On pourra aussi remarquer que les premiers chapitres ne sont aucunement crédibles, bourrés de références grossières éparpillées ça et là comme si de rien était... hélas, ces furoncles référenciels n'ornent pas seulement les premiers chapitres, mais se font heureusement plus discrets par la suite, mais pas pour autant plus fins, on croisera ainsi un sergent Lee, un agent Price ou un Dr Langella, et même le Titanic... quand je vous parlais de la masse d'information dans laquelle il est si facile de se perdre à force d'excès de zèle.
Dracula The Undead a au moins le mérite de se lire facilement malgré l'épaisseur du volume, et gagne en intérêt avec l'apparition dans l'intrigue de Bram Stoker himself qui (nous sommes en 1912 rappelons-le) tente de mettre en scène son Dracula au Lyceum de Londres, épaulé par Hamilton Dean. Encore une fois, c'est intéressant, mais ça n'est jamais très crédible, Stoker doit jongler avec son statut d'auteur du roman Dracula (un des intrépides lui a tout raconté, mais lequel ? Une sous-intrigue assomante et dont l'issue est complêtement bancale) et d'acteur des évènements. Le mérite de Ian Holt et Dacre Stoker est au moins d'avoir su rendre tout à fait clair ce méli-mélo narratif, qui n'en demeure pas moins insatisfaisant. Tout espoir que donne Dracula the Undead en terme de qualité, il l'anéanti presque aussitôt avec de navrantes révélations, des retournements abracadabrants de situations, et tout est perdu lorsque Dracula fait véritablement son apparition. Certes, le noble guerriers est plutôt bien dépeint, mais jamais au grand jamais, on ira croire qu'il a changé Lucy en vampire pour la sauver des erreurs de transfusion de van helsing qui la conduiraient à une mort certaine. Tout comme on ne croira jamais à cette image d'un Van Helsing, l'instant d'avant sénil, l'instant d'après, le regard rougeoyant, clamant "rejoignez-nous dans les ténèbres !". Je dirai à mon grand désespoir que le mieux est encore d'en rire.
Je reste, comme chacun le sait un grand amoureux de Dracula et j'apprécie le travail fourni par Ian Holt sur le sujet, mais je ne peux cacher ma déception qui est à la hauteur de l'admiration que j'ai pour le personnage créé par Stoker et la fièvre qu'il a engendré dans la littérature comme au cinéma. Au mieux, ce Dracula The Undead, dans lequel le personnage de Dracula n'est qu'un joli concept, pourra être qualifié de sympathique divertissement, un bien misérable qualificatif pour une suite qui avait pour but de témoigner au Dracula de Bram Stoker tout le respect qui lui était dû et qui a mis 110 a venir !

28 juin 2010

Dorian Gray (1970)

Réalisé par Massimo Dallamano en 1970.
Avec : Helmut Berger, Richard Todd, Herbert Lom, Marie Liljedahl, Margaret Lee, Maria Rohm...
Produit par Harry Alan Towers.
D'après Le Portrait de Dorian Gray par Oscar Wilde.

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Lorsque le jeune Dorian Gray rencontre Henry Wotton chez leur ami commun, le peintre Basil Halward, l'homme déjà agé lui fait prendre conscience du caractère éphémère de sa jeunesse... la façon de voir les choses d'Henry devient la philosophie de vie de Dorian, sur lequel le temps ne semble pas avoir d'emprise...
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Bien moins connue que la splendide version d'Albert Lewin (The Picture of Dorian Gray,1945, avec Hurd Hatfield, Georges Sanders et Angela Lansbury), cette adaptation modernisée du roman d'Oscar Wilde n'a rien à lui envier. Massimo Dallamano a su prouver tout au long de sa courte carrière de cinéaste à quel point il était habile avec l'image (voire Mais qu'avez vous fait à Solange, ou Emilie), mais c'est certainement ce film qui en est la plus grande preuve.
Production Harry Alan Towers de premier ordre, Dorian Gray réunit un casting parfait, empruntant à Visconti l'acteur Helmut Berger dont le magnétisme et la finesse des traits sert à merveille le rôle titre. Herbert Lom (Le Fantôme de l'Opéra, 1961, Les Nuits de Dracula, 1970, Les Dix Petits Nègres, 1974), égal à lui-même, livre un parfait Henry Wotton, on pourrait même aller jusqu'à dire que la prestation de l'acteur Britanique est la plus intéressante du film. Marie Liljedahl (que l'on a pu voir aussi dans Les Inassouvies, un film très soft inspiré des écrits de Sade et lui aussi produit par Harry Alan Towers) n'est ici que de passage dans le rôle naïf de Sybil Vane, mais l'émotion qui émane de son personnage hisse sans peine l'actrice dans ce trio de tête.
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Connu sous de nombreux titres, Dorian Gray, malgré le fait que l'intrigue ne se situe plus au XIXème siècle, mais à l'aube des années 70 (avec tout ce que cela implique sur le plan vestimentaire, artistique et sexuel), reste très fidèle au roman de Wilde, à la trame comme à l'esprit et dénote une esthétique très intéressante. Sulfureux et subversif, le film exploite le physique avantageux de son interprète principal en mettant l'accent sur les débauches auxquelles il s'adonne et qui conduisent son portrait (son âme) à lui renvoyer une image monstrueuse. Le portrait lui-même est au départ plutôt quelconque, Halward semble d'ailleurs être un peintre plutôt médiocre, et n'apparait que peu souvent dans le film, mais les rares scènes qui voient apparaitre des changements sur la toiles sont très évocatrices de la malédiction qui touche Dorian Gray, et la vision finale du portrait et de son sujet réunis est glaçante !
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Joyaux secret du cinéma italien, Dorian Gray (Il dio Chiamato Dorian, The Secret of Dorian Gray...) est une oeuvre délicieusement décadente (comme sa superbe affiche), qui souffre évidemment de quelques faiblesses, mais qui a pour atout de savoir mettre en avant le caractère éternel du Portrait de Dorian Gray et de son propos si scandaleux.