4 juil. 2012

Dracula AD.72



Réalisé par Alan Gibson en 1972.
Avec Christopher Lee, Peter Cushing, Stephanie Beacham, Christopher Neame, Michael Coles, Caroline Munroe...
Scénario de Don Houghton.
Musique composée par Mike Vickers.
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Londres, 1872, Van Helsing a enfin terrassé Dracula, en plein Hyde Park. Alors que le vampire se décompose un pieu planté dans la poitrine, le chasseur de vampire s'écroule, vaincu par l'épuisement. Un jeune homme s'approche et ramasse les cendres du comte, pour les inhumer près de la tombe de sa némésis. Dracula et Van Helsing reposent depuis côté à côte.
1972. Johnny Alucard persuade ses amis de jouer à un petit jeu qui se révèle être une messe noire ayant pour but de ressusciter Dracula, parmi eux se trouve Jessica Van Helsing, petite fille du dernier chasseur de vampires.
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En 1972, la Hammer décide de faire prendre à sa série Dracula une nouvelle direction. Oubliés les châteaux gothiques, le vampire évoluera désormais dans le Londres contemporain. Pour l'occasion la firme confie l'écriture du scénario à Don Houghton, qui compte parmi les nombreux scénaristes de la série Docteur Who. Délaissant totalement la chronologie établie par Jimmy Sangster et Anthony Hinds (John Elder) au cours des films précédents, Houghton se charge de réinventer le prologue de ce qui sera le premier film d'un dyptique. La meilleure surprise de ce sixième film est sans aucun doute le retour de Peter Cushing, dans le rôle du descendant de Van Helsing, c'est en effet la première fois depuis le film de 58 que Dracula/Lee se trouve confronté à Van Helsing/Cushing. Pour ce qui est du reste, Dracula AD.72 va plus ou moins reprendre la trame d'Une messe pour Dracula.



Dracula est donc ramené à la vie au cours d'une messe noire orchestrée par Johnny Alucard (Christopher Neame qui aurait pu être séduisant si son jeu n'était pas si outrancier), sur fond de musique expérimentale. Une fois sur pied, le vampire n'a qu'une idée en tête, anéantir les dernier Van Helsing. Inutile de préciser qu'il n'y parviendra pas. Christopher Lee se montre très professionnel, peut-être pas enchanté, mais on sent qu'il éprouve beaucoup de plaisir à retrouver son grand ami Peter Cushing.

Esthétiquement, le film d'Alan Gibson se montre assez convaincant lorsqu'il s'agit de l'introduction, ou des scènes dans l'église désaffectée. La Caverne, un bar "branché" dans lequel se retrouvent les amis de Jessica arbore un décorum intéressant mais l'endroit est sous-exploité. La vision de la jeunesse du Swinging London est assez simpliste et on ne fera aucun commentaire sur l'aspect vestimentaire. La musique de Mike Vickers, plutôt groovy, rompt radicalement avec les mélodies de James Bernard. Il semble que le film y perde l'attrait que suscitent ses aînés. Mais malgré cela et un récit tout à fait prévisible, Dracula AD.72, distribué sous le titre Dracula 73 en France, n'est pas un spectacle ennuyeux.



Le tandem Lee/Cushing fonctionne à merveille et Jessica Van Helsing (Stephanie Beacham) profile une héroïne intéressante. Il n'y a rien véritablement ici que les amateurs de la Hammer pourraient détester. Le film est pourtant souvent décrit comme l'opus le plus faible de la saga, certainement parce qu'il se montre assez peu inventif et se contente de transposer une trame déjà vue dans un contexte contemporain. Aujourd'hui, le côté rétro de Dracula AD.72 lui donne un certain cachet, et la qualité de ses interprétation en fait un divertissement de grande qualité. Cette variation très seventies ouvre la voie au dernier film de la série qui aura le mérite de se montrer plus audacieux, même s'il le fera au dépend de toute vraisemblance.


3 juil. 2012

Les Cicatrices de Dracula



Réalisé par Roy Ward Baker en 1970
avec Christopher Lee, Jenny Hanley, Denis Waterman, Christopher Matthews, Michael Gwynn, Michael Ripper, Patrick Troughton...
scénario de John Elder.
Musique composée par James Bernard.
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Accusé d'avoir voulu abuser de la fille du bourgmestre de Kleinenberg, Paul, un jeune coureur de jupons saute dans un fiacre pour échapper à la milice qui le poursuit. L'attelage s'emballe et le jeune homme se retrouve perdu dans les Carpates. Inquiets, son frère Simon accompagné de sa fiancée Sarah, partent à sa recherche et découvrent que sa fuite l'a mené au château de Dracula.
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Les Cicatrices de Dracula est l'oeuvre du grand Roy Ward Baker à qui l'on doit deux autres et excellents Hammer films, The Vampire Lovers, une adaptation de Carmilla de Lefanu avec Ingrid Pitt et Dr Jekyll & Sister Hyde, d'après Stevenson, avec Ralph Bates et Martine Beswick. Dracula sonne comme un passage obligé pour les réalisateurs les plus intéressants de la Hammer, un an auparavant c'était le prometteur Peter Sasdy qui s'était prêté à l'expérience avec Une Messe pour Dracula, un essai concluant! Le film de Sasdy ressemblait fort à une conclusion définitive à l'une des principales saga hammeriennes, mais la firme met en chantier à peine un an plus tard ce Scars of Dracula qui ne s'inscrit aucunement dans la continuité des films précédents. A peine le film peut-il être considéré comme une suite directe du Cauchemar de Dracula, le premier de la série réalisé en 1958 par le maître Fisher. 

L'idée de base était plus celle d'un remake que d'une suite, un reboot en quelque sorte, mais la productrice Aida Young préfère que Baker incluse en introduction une scène de résurrection, pour ne pas déstabiliser le public avec un Dracula en grande forme alors qu'on la vu réduit en poussière à la fin du film précédent. La résurrection du comte Dracula est donc amené comme si de rien était, sans qu'Anthony Hinds (encore une fois crédité sous le pseudonyme de John Elder) ne se fatigue à donner une explication quand au fait que les cendres de Dracula ont à nouveau réintégré son château et ne se trouvent plus dans la chapelle anglaise où on les avait laissé, et sans même donner une raison valable à cette résurrection : c'est une chauve-souris qui vient verser son sang au dessus des cendres du vampire pour que celui-ci reprenne vie... Un peu de sang frais sur de la poudre et Dracula renaît, la Hammer a inventé le vampire lyophilisé !



Partant d'une idée simpliste, celle d'un jeune homme égaré qui frappe à la porte du château de Dracula, le film de Roy Ward Baker offre une belle synthèse du cycle hammerien en recyclant de nombreux éléments des films précédents : Tania est une servante de Dracula et demande à Paul de la délivrer, comme la femme mystérieuse le demandait à Jonathan dans Le Cauchemar de Dracula, Klove, le serviteur du vampire est ici encore plus étrange qu'il ne l'était dans Dracula Prince des Ténèbres, l'église souillée par les agissements du vampire comme dans Dracula et les Femmes... Anthony Hinds y inclue aussi des éléments du roman de Stoker délaissés dans les autres films comme l'image de Dracula rampant sur les murs de son château, ou le portrait de Sarah, aperçu ici non par Dracula, mais par Klove qui conçoit une véritable fascination pour la jeune femme et refuse que son maître lui fasse du mal.

Les Cicatrices de Dracula rétablit aussi quelque chose qui tiendrait du folklore des films Universal, lorsqu'il déchaîne ses villageois qui, suite à la découverte du cadavre d'une jeune fille portant les marques du vampire, s'en vont incendier le château après avoir mis leurs femmes à l'abri dans l'église. A leur retour il découvrent la terrible vengeance du vampire qui a envoyé ses chauve-souris tuer les femmes et profaner le lieu sacré. La violence graphique atteint un niveau assez inédit pour la Hammer dans ce film, en effet, si les chauve-souris sont responsables de nombreux maux, Dracula lui-même se montre beaucoup plus féroce et parfois assez gratuitement, comme lorsqu'il poignarde violemment Tania après que celle-ci ait tenté de séduire Paul, ou lorsqu'il torture Klove qui lui a désobéi avec un sabre chauffé au rouge. On peut y voir une manière de coller un peu plus à l'air du temps, l'épouvante gothique ayant de moins en moins de succès à l'heure ou La Nuit des morts-vivants ou Rosemary's baby sont déjà devenu des classiques.

Christopher Lee semble assez fatigué du rôle qu'il endosse une nouvelle fois, juste après Une Messe pour Dracula et Les Nuits de Dracula de Jess Franco (l'année 1970 verra les 3 films sortir sur les écrans pratiquement coup sur coup, Scars of Dracula, sorti en novembre, sera le dernier de l'année), mais il retrouve des répliques plus intéressantes que précédemment, puisqu'il est à nouveau dépeint comme l'hôte inquiétant décrit dans les pages du journal de Jonathan Harker. La plupart des acteurs sont excellents, notamment Michael Gwynn qui joue un prêtre remplaçant Van Helsing, et Michael Ripper, éternel second rôle que l'ont retrouve en tavernier peu hospitalier. Puisque nous avons évoqué une forme de recyclage, il convient d'en évoquer une autre, la réutilisation des décors, puisqu'on en reconnaîtra quelques uns et notamment la cour intérieure du château qui est celle de Lust for a Vampire, l'entrée la plus faible dans la série Carmilla, réalisé par Jimmy Sangster la même année.



En bref, Les Cicatrices de Dracula revient aux sources du mythe, et fonctionne très bien comme un hors-série (beaucoup mieux en tout cas que comme une suite), tout en faisant figure de synthèse d'une certaine mythologie hammerienne. Les carences budgétaires s'y ressentent plus que jamais, mais comme toujours l'oeuvre est de belle facture, et les décors gothiques imposant ainsi que la musique de James Bernard participent à une certaine magie de l'ensemble. Le principal bémol sera pour la fin, Dracula disparaît comme il est apparu : par hasard ! 

27 juin 2012

Une Messe pour Dracula



Réalisé par Peter Sasdy en 1969.
Avec Christopher Lee, Linda Hayden, Anthony Higgins, John Carson, Ralph Bates, Isla Blair, Martin Jarvis, Geoffrey Keen...
Scénario de John Elder.
Musique composée par James Bernard
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Un marchand de curiosités en voyage en Europe de l'Est tombe par un concours de circonstances sur le comte Dracula agonisant, empalé sur une croix. L'homme recueille le sang du vampire anéanti, et trouvera pour cet article très spécial trois malheureux acheteurs. Il s'agit de notables londoniens dépravés, qui au cours d'une messe noire vont ressusciter Dracula.
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L'introduction d'Une Messe pour Dracula est plutôt laborieuse, nous retrouvons Dracula là où nous l'avions quitté à la fin de Dracula et les Femmes, empalé sur la croix avec laquelle Monseigneur avait scellé son château. Weller, un obscure commerçant en voyage assiste à l'agonie du comte et à la transformation de son sang en cendres rouges. Il s'empare alors des effets du vampire dans l'espoir de les vendre à de riches excentriques anglais. Ces riches, finalement assez peu excentriques sont 3 notables, William Hargood, Jonathan Secker et Samuel Paxton, qui en quête de dépravation s'acoquinent de Lord Courtley qui les incite à acheter le sang du comte Dracula pour invoquer le vampire au cours d'une messe noire. Les choses tournent mal et Courtley meurent en buvant le sang de Dracula. C'est Peter Sasdy que l'on trouve cette fois derrière la caméra. Le jeune réalisateur hongrois, qualifié un peu vite de nouveau Terence Fisher impose un style qui sera deux ans plus tard celui qui participera à la réussite de La Fille de Jack l'Eventreur, son meilleur film.

Une Messe pour Dracula fut d'abord écrit sans que le personnage créé par Bram Stoker ne soit directement inclu dans le script. Christopher Lee se montrant de plus en plus réticent à reprendre le rôle, la Hammer pensait faire de Lord Courtley (Ralph Bates) le nouvel antagoniste vampirique, en le faisant revenir d'entre els morts pour se venger des trois hommes qui l'ont laissé pour mort en s'enfuyant. Mais la Warner refusait de distribuer un Dracula sans Christopher Lee, et l'acteur fut engagé presque contre sa volonté, enrageant d'incarner un personnage si majestueux dans un film intitulé Taste the Blood of Dracula ("Goutez le sang de Dracula", une accroche ridicule selon l'acteur). Il est manifeste que le film aurait fonctionné aussi bien sans Dracula/Lee, mais comme toujours la présence de l'acteur permet de très belles scènes.


Si le script d'Anthony Hinds (sous l'éternel pseudonyme de John Elder) est très éloigné du roman de Stoker, nombreuses sont les correspondances à commencer par le fait qu'il s'agit là du premier Dracula de la Hammer qui se déroule dans l'Angleterre victorienne. La chapelle désaffectée dans laquelle Lord Courtley orchestre la messe noire, et qui servira de repère à Dracula renvoie directement à l'Abbaye de Carfax, et les personnages eux-mêmes sont calqués sur leurs homologues stokeriens. On retrouve ici deux couples, Alice Hargood (Linda Hayden) et Paul Paxton (Anthony Higgins, beau garçon crédité ici sous le nom d'Anthony Corlan) sont les nouveaux Mina et Jonathan, et Jeremy Secker (Martin Jarvis) et Lucy Paxton (Isla Blair), les nouveaux Arthur et Lucy (la correspondance des prénoms implique la correspondance des destinés). Les enfants de nos trois notables pervertis deviennent les cibles de Dracula.

Le couple Alice et Paul est l'un des véritables atouts du film; les deux jeunes acteurs affichent une très belle complicité et la musique qui accompagne leurs rendez-vous secrets est sans conteste l'une des plus douces et des plus belles de James Bernard. Esthétiquement, Une Messe pour Dracula bénéficie du changement de lieu : la campagne anglaise a rarement été aussi bien filmée, la chapelle, le cimetière, le jardin des Hargood avec sa fontaine, tous les décors son magnifiques à l'égal des costumes, aux antipodes de ce que l'on peut voir dans Dracula et les femmes. Si le scénario patine parfois et peine à inclure Dracula de façon crédible au début, le reste relève très bien le niveau et, au final, de tous les Dracula de la Hammer, il s'agit là d'un des meilleurs.



Christopher Lee ne sera pas de cet avis. Déjà déçu du retour peu ambitieux de Dracula dans le film de Freddie Francis, l'acteur déplore le manque d'inventivité de la Hammer, qui se borne aux mêmes bases de film en film. L'acteur affirme qu'il n'incarnera plus Dracula pour la firme, et la fin d'Une Messe ressemble d'ailleurs fort à une conclusion définitive, et pour une fois à la hauteur du personnage (même si elle reste assez peu claire dans son déroulement). Contre toute attente, malgré ses réticences, Christopher Lee se contredira en reprenant son rôle dans Les Cicatrices de Dracula de Roy Ward Baker l'année suivante. Avec ce cinquième film, la Hammer ne produira pas une suite, mais se retrouvera à l'avant-garde d'une pratique aujourd'hui très répandue à Hollywood : le reboot !

26 juin 2012

Dracula et les Femmes



Réalisé par Freddie Francis en 1968.
Avec Christopher Lee, Rupert Davies, Veronica Carlson, Barbara Ewig, Michael Ripper...
Scénario de John Elder
Musique composée par James Bernard.
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Voila plus d'un an que Dracula a péri dans les eaux qui entourent son château, mais à Keinenberg, les villageois vivent dans la terreur du vampire. Monseigneur Muller, voulant rassurant les habitants et mettre fin aux superstitions s'en va sceller le portail du château de Dracula avec un énorme crucifix...
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Réalisé deux ans après Prince of Darkness, Dracula has risen from the Grave est l'oeuvre de Freddie Francis, admirable directeur de la photographie (on lui doit celle d'Elephant Man de David Lynch et des Innocents de Jack Clayton), qui s'est déjà trouvé derrière la caméra pour Evil of Frankenstein. Ce n'est donc pas la première fois que l'homme prend la succession de Terence Fisher et se démarque par un style tout à fait différent. A ce titre, Dracula et les femmes est "l'épisode" qui bénéficie sans conteste du meilleur traitement esthétique. Le générique sur fond d'images abstraites qui évoquent des artères gorgées de sang annonce une nouvelle approche plus frontale du mythe. A chaque apparition du comte Dracula, Francis nimbe les bords de l'image de filtres rouges ou ambrés, et l'image très contrastée donne aux toits du villages (sur lesquels se déroulent quelques scènes clés) des airs de sortir d'un film expressionniste. Cette nouvelle approche visuelle est sans doute l'apport le plus important de Freddie Francis à la saga. D'un autre côté, l'aspect du château de Dracula et du paysage qui l'environne est très éloigné de ce à quoi on s'attendait. le film ayant été tourné au Studio d'Elstree, et non au studio de Bray comme les précédents, il présente un décors différent et le chemin qui mène au château, comme le portail n'évoquent pas du tout l'image que l'on en gardait à la fin de Prince of Darkness. Ces changements n'ont rien de très déstabilisants et l'escarpement sur lequel trône le château (dont on ne verra jamais l'aspect intérieur) relève plus de la description stokerienne que les versions précédentes.

Le traitement scénaristique requiert plus d'indulgence. Maladroitement relié à la fin de Prince of Darkness, via l'évocation du vampire prisonnier de la glace, Dracula has risen from the grave s'ouvre sur l'illustration des méfaits du comte avant qu'il ne soit provisoirement mis hors d'état de nuire. Le Comte Dracula, maître de l'irrévérence cachait apparemment le cadavre de ses victimes dans les cloches des églises. La séquence, bien que sans répercutions sur l'histoire, se révèle efficace et annonce une violence graphique beaucoup plus importante que dans les précédentes variations. La résurrection du comte par contre est beaucoup moins crédible. Dans son périple vers le château, Monseigneur Muller embarque un prêtre désabusé qui épuisé reste à l'arrière, et, déstabilisé par un orage soudain (Monseigneur vient de sceller les portes du château en prononçant une prière d'exorcisme, ce qui déchaîne les éléments), se casse la figure sur les rochers, son sang s'écoule alors vers une rivière gelée au fond de laquelle repose Dracula depuis un an, la glace se brise et le sang atteint bien évidemment les lèvres du vampire, oups! Dès cet instant le prêtre devient le serviteur du comte.

Comme toujours, on retrouve un couple central, dont l'amour sera l'arme la plus forte, ici incarné par Veronica Carlson (Maria, la nièce de Monseigneur) et Barry Andrews (Paul, l'apprenti boulanger). Souhaitant s'adresser à un public plus "frais", Francis fait de Maria et Paul l'incarnation de la jeunesse, ainsi que l'association de deux milieux radicalement opposés : Maria, issue d'un environnement petit bourgeois et très catholique, soupire après Paul, étudiant prolétaire et athée qui travail au café pour payer ses études. Une mise en scène des classes sociales, simpliste mais jusque là inédite. Si Dracula est l'incarnation d'une noblesse préhistorique, on pourrait voir la victoire finale de Paul comme le renversement de la "rulling class" par la classe ouvrière. Simpliste et finalement peu crédible, Dracula et les femmes est déservit par son manque d'ambition. La musique composée par James Bernard est ici moins subtile que le score qu'il avait écrit pour Dracula prince of Darkness, mais comme toujours, un morceau sort du lot, et il s'agit ici de The Cross, qui illustre le grand final du film, et qui sonne comme une réponse au Funeral in Carpathia qui ouvrait le film précédent.



Esthétiquement splendide, Dracula et les femmes est pourtant un film en demi teinte, qui aurait gagné à développer son discours autant que la bleuette entre Paul et Maria qui prend beaucoup trop de place entre chaque apparition du vampire. On pourra noter que le scénario de John Elder répète le schéma habituelle avec les jeunes femmes : comme précédemment, Dracula vampirise la jolie rousse, pour s'approcher de la jolie blonde. Un manège que l'on retrouvera dans Une Messe pour Dracula, de Peter Sasdy, suite directe du film de Freddie Francis et dans lequel Anthony Hinds aura la bonne idée de ramener le comte en Angleterre, et ainsi de le rattacher au gothique qui lui fait ici défaut.



16 avr. 2012

Blood for Dracula


Réalisé en 1974 par Paul Morrissey. Produit par Andy Warhol.
Avec Udo Kier, Joe Dallesandro, Stefania Casini, Vittorio DeSica, Roman Polanski...

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Physiquement affaiblit, le comte Dracula quitte sa Transylvanie natale pour l'Italie. Il espère y trouver un élixir qui se fait rare : le sang d'une jeune femme vierge, pour retrouver sa force. Accueillit dans une noble famille, il fait la connaissance de 4 jeunes filles... dont aucune ne semble avoir conservé son innocence.

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"Reflet putride de vanité", nous dit Dracula, dans le roman de Bram Stoker, à propos du miroir, ce miroir devant lequel se maquille le personnage interprété par Udo Kier dans Blood for Dracula. Ce miroir qui dès le début cesse d'être l'instrument servile et nous montre l'absence de reflet d'un personnage en détresse, d'un personnage sans visage qui se dessine des sourcils là où il n'y en a pas et rosi des joues trop pâles.

Durant toute la séquence d'introduction, bercée par la musique de Claudio Gizzi, Udo Kier applique du rose sur ses joues, du noir sur ses cheveux. La longue séquence s'achève avec un mouvement de caméra vers le miroir dans lequel le vampire ne se reflète finalement pas. Nous venons d'assister à la présentation d'un Dracula souffrant de sa nature, d'un immortel qui a perdu les couleurs de l'humaine condition, obligé de rougir ses lèvres exsangues comme un acteur de quatre sous. La révélation finale de l'absence de reflet accentuerai la détresse du personnage qui n'a en plus qu'une vague idée de son apparence physique, voire, qui n'a qu'une vague existence matérielle.



On peut y voir aussi une métaphore de l'acteur qui se prépare avant d'entrer en scène, et qui au moment de quitter sa loge serait déjà dans son personnage, ainsi Udo Kier qui incarne Dracula en possède déjà les particularités, comme possédé par son rôle, il convoque le surnaturel de sa condition avant même que le film commence.

Tourné dans la foulée de Flesh for Frankenstein, le film de Paul Morrissey est à la fois un pastiche du film de vampire classique comme l'a popularisé la décennie précédente (la Hammer notamment) et du néo-réalisme italien, en ce sens, la vanité de la noblesse agonisante est mise à mal par le réalisateur, cette vanité qu'abhorre Dracula parce que sa condition la lui refuse. Dans une italie où le prolétariat gronde, les filles de bonne familles s'accoquinent avec les jardiniers (Joe Dallessandro), et le sang virginal nécessaire à Dracula pour se régénérer se perd, réduit à quelques gouttes que le vampire est forcé de lécher sur le sol.

Pour Dracula comme pour la noblesse caricaturée par un Vittorio De Sica survolté, le miroir a fonction de révélateur de leur déchéance. Seulement, le vampire du film a l'avantage de ne jamais se trouver face à son reflet. Un reflet qui ne serait finalement pas si désagréable, puisque le poids des années semble n'avoir en rien altéré la finesse des traits de son interprète. Le seul fardeaux du vampire, cette figure inamovible, c'est son incapacité à s'adapter à une nouvelle donne sociale.


La scène d'introduction ici.

21 mars 2012

The Woman in Black

Réalisé par James Watkins.
Avec Daniel Radcliffe, Ciaran Hinds, Janet McTeer...
D'après le roman de Susan Hill.
Musique composée par Marco Beltrami.
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Arthur Kipps, jeune notaire londonien est appelé à gérer la vente d'Eel Marsh House, demeure d'une défunte cliente. Arthur se heurte à l'hostilité de tous alors qu'il tente de comprendre les circonstance du drame qui a marqué l'endroit...
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Un manoir perdu au milieu des marais, de la brume, un spectre revanchard... il ne faut pas grand chose de plus à James Watkins pour atteindre son but : plonger le spectateur dans un bain de terreur glacé.

The Woman in Black signe le véritable retour de la Hammer dans les salles et prouve que l'épouvante britannique (ma tasse de thé pour ainsi dire) a encore de beaux jours devant elle. Daniel Radcliffe, ex-sorcier de premier cycle interprète Arthur Kipps, et parvient à faire oublier l'adolescent qu'on a trop longtemps vu en lui. Comme tout bon personnage confronté à un fantôme, Arthur a un passé douloureux (si jeune et déjà veuf), dont le spectre peut se servir contre lui. Il n'en faut pas plus pour ajouter le mélodrame à l'horreur et nimber l'ambiance générale d'un voile mélancolique, soutenu par la musique litanique de Marco Beltrami.

Le scénario s'enroule adroitement autour de la crainte de la perte de l'être cher, et plus précisément celle de l'enfant, peur ancrée dans l'esprit des familles vivant à proximité d'Eel Marsh House, ainsi que dans l'esprit d'Arthur, dont le petit garçon est tout ce qui lui reste. Les cibles premières de la dame en noir étant les enfants, cela nous vaut quelques séquences dont la froide cruauté contraste avec l'image de fragile innocence que nous renvoient ces enfants d'un autre temps. Sans entre dans les détails d'une intrigue qui comble sa relative transparence par un jeu de rapports complexe entre Arthur et la dame en noir (ils sont deux personnages désespérés qui n'aspirent qu'à retrouver l'être perdu), on peut d'emblée remarquer que le film s'adresse surtout à un public qui chercherai autre chose que des retournements de situation tortueux. C'est cette quasi absence de surprise qui empêche le film de Watkins de prétendre à un apport conséquent au genre, l'ensemble, proche de la perfection, apparaît finalement trop lisse et on se prendra à reprocher au film de nous avoir offert exactement ce que l'on attendait. Un léger sentiment de frustration vite oublié.

Proposant avant tout une ambiance savamment installée, The Woman in Black, tenant à la fois des Innocents de Jack Clayton et de Full Circle de Richard Loncraine, peut s'enorgueillir du travail de Tim Maurice-Jones sur la photographie : la brume est ouatée, opaque, les noirs sont profonds, l'aspect poussiéreux d'Eel Marsh House est parfaitement rendu. Watkins laisse au spectateur tout le loisir d'admirer un décor proprement gothique avant un sursaut bien senti (les apparitions du spectre sont formidablement orchestrées). le récit des investigations d'Arthur, évoquant Henry James et Daphné Du Maurier se révèle habilement construit et si l'histoire en elle-même ne révolutionne pas le genre, on l'aura suivit passionnément du début à la fin!

24 févr. 2012

Adieu Lina

Le début des années 70 a vu la rencontre de deux personnalités qui semblaient faites pour s'entendre : Jess Franco et Lina Romay. Depuis 40 ans elle lui avait voué sa carrière, depuis 40 ans il lui avait voué ses films.
Si elle interprète pour lui quelques petits rôles, comme dans The Sinister Eyes of Dr Orloff, c'est avec La Comtesse Noire qu'elle arrive sur le devant de la scène "bis" et s'impose comme la nouvelle raison d'être du cinéma de Jess Franco qui adapte son univers à la persona de sa nouvelle muse qui deviendra sa compagne et sa meilleure associée.
Issue du théâtre amateur, contestataire et exhibitionniste, Lina se donne corps et âme devant la caméra de l'homme de sa vie, comme lors du final bergmanien de Lorna l'exorciste (1974), et se montre espiègle au possible dans Les Chatouilleuses (1975) endossant tantôt le costume de religieuse et celui de Zorro. Elle se parodie quelque peu elle-même sous l'identité de Candy Coster dans les années 80, comme dans Macumba Sexual (1981). Incarnant à elle seule le cinéma francien depuis 1973, sa carrière compte aujourd'hui plus d'une centaine de films en collaboration avec celui pour qui les noms du petit Jesus et du général Franco sont un peu lourds à porter.

J'apprends aujourd'hui que Lina est décédée le 15 février dernier, emportée par un cancer à l'âge de 57 ans. J'ai le coeur gros pour Jess Franco.