21 juin 2010

Carnosaur

Roman de John Brosnan (sous le pseudonyme de Harry Adam Knight)


Il ne se passe jamais rien à Warchester, c'est du moins ce que pense David Pascal, jeune journaliste au Warchester Times. Il semblerait pourtant que cette année fasse exception : Une série de meurtres atroces sont commis dans le petit comté britanique et tout le monde soupçonne bien vite un animal échappé du zoo privé de Lord Penward, un riche excentrique fasciné par les grands fauves. Peu convaincu par toutes les explications données à la presse et intrigué par une foule de détails inexpliqués, David mène l'enquête et pour se rapprocher du zoo, s'embarque dans une liaison avec Lady Jane Penward, l'insatisfaite et malheureuse femme de Lord Penward. Evidemment, David a à l'esprit une autre femme que Jane, mais cela elle ne doit jamais le savoir, sinon David va apprendre à ses dépend que bien plus que le plus grand des prédateurs ayant foulé ce sol, la vengeance d'une femme trahie peut-être dévastatrice.
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Lorsque l'on évoque Carnosaur, c'est plus souvent le film qu'il a vaguement inspiré qui vient à l'esprit plutôt que l'oeuvre originale. Carnosaur, avant d'être un film réalisé en 1993 par Adam Simon et produit par Roger Corman, est un roman, écrit par l'auteur australien John Brosnan et publié en 1984 (soit 5 ans avant le Jurassic Park de Michael Crichton). On pourrait dire de Carnosaur qu'il est à la littérature ce que la série B est au cinéma sans que cela ne soit péjoratif, puisque cette série B littéraire s'avère être une curieuse découverte, extrèmement divertissante, voire même passionnante, mêlant intrigues policières, histoires de cul, manoirs gothiques et dinosaures.
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John Brosnan mélange les genres, dans cette étrange histoires de dinosaures clonés, ce sont le plus souvent les histoires de fesses qui prennent le pas et les héros de l'intrigue sont pour la plupart assez détestables et animés de basses préoccupations, cependant, voila que traversant des évènements terribles, les protagonistes nous apparaissent de plus en plus attachants, avec leur hypocrisie exacerbée, leur cynisme vomitif, bref, David Pascal n'est pas le gendre idéal, il n'est qu'un être humain. Le personnage le plus sympathique du roman est sans conteste Lady Jane Penward, épouse nymphomane, alcoolique et insatisfaite d'un grand malade adepte du sado-masochisme qui a pour dernière lubie de rendre aux dinosaures leur royaume perdu. Figure pathétique du roman, Jane se laisse avoir par David, pensant qu'auprès d'un jeune homme de 20 ans son cadet elle trouvera consolation, instable elle est sans doute une psychotique marginale, comme le pense David après quelques nuits passées avec elle, ce qui se confirmera par la suite, avec l'arrivée de Jennie, l'ex-petite amie de David encore bien présente dans sa vie.
Et les dinosaures dans tout ça ? Vous aurez compris qu'ils ne sont pas le principal intérêt de cette étude sociologique délirante, à la fois malsaine et jubilatoire, mais force est de constater que Brosnan fait preuve d'une originalité inattendue en incluant dans son roman différentes espèces alors assez peu populaires, telles le Tarbosaurus (cousin asiatique du Tyrannosaure), le Dilophosaurus (élégant théropode qu'on croise plus tard dans Jurassic Park), l'Altispinax (17 ans avant le Spinosaurus de Jurassic Park 3) ou encore le Deynonichus (popularisé par les Raptor quelques 9 ans plus tard). Ces animaux sont amenés de façon étonnamment crédible, si les rapports entre les personnages prètent souvent à sourire pour peu que l'on ne soit pas hermétique à l'humour noir, le discours sur le clonage de Lord Penward se tient, pour peu que l'on ne soit pas spécialiste du génie génétique. Cette joyeuse ménagerie va se retrouver bien sûr en libertée dans le petit comté de Warchester lors d'un final apocalyptique, point d'orgue du roman.
Carnosaur est donc un divertissement d'une grande qualité, une lecture inhabituelle qui permet de découvrir le style simple et fluide de John Brosnan et son imagination débordante, qui tient en haleine jusqu'au bout, faisant de sa courte durée de vie (220 pages) l'un de ses plus grands atouts.

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Puisque je l'ai évoque plus haut, j'ajoute queluqes mots sur le film de Adam Simon, Carnosaur, produit par Roger Corman en 1993.

Comparé à celui du roman, le résumé de ce film serait tout autre, je dirait simplement que du roman de Harry Adam Knight, le film ne retient ni les personnages, ni leurs motivations, ni les lieux, ni même les dinosaures...

Diane Ladd y tient le rôle du Dr Tiptree, qui sous couvert de travaux dans l'agro-alimentaire, ressuscite des dinosaures et met au point un virus, qui une fois inoculé, entraine le développement dans l'utérus des femmes d'embryons de dinosaures. Voila qui est tout aussi délirant sinon plus que la base du roman, et les autres personnages, qui ne sont pas des journalistes ici, mais un gardien de chantier et une jeune militante écologiste sont tout aussi cyniques.
Si on peut reprocher au film des effets spéciaux risibles et son bestiaire limité (un tyrannosaure et un deynonichus, pour ce que l'on peut en voire, qui sont l'oeuvre de John Carl Buechler) en raison d'un budget total restreint de 1 million de dollar (pour la comparaison, Jurassic Park a bénéficié de 63 millions) , et une trame plutôt bancale, il a pour lui l'interprétation douce-amère de Diane Ladd et sa fin extrèmement pessimiste. Certes, Carnosaur n'est pas une adaptation digne de ce nom et certainement pas un chef-d'oeuvre mais un film sombre, une production Corman franchement intéressante, plus en tout cas que les suites qu'elle a engendré et qui ne valent même pas la peine d'en parler.

16 juin 2010

The Black Cat


Réalisé par Lucio Fulci en 1981.
Avec : Mimsy Farmer, Patrick Magee, David Warbeck, Al Cliver...
D'après la nouvelle Le Chat Noir d'Edgar Allan Poe.
Musique composée par Pino Donaggio.

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La jeune photographe Jill Trevers arrive dans une petite bourgade en pleine campagne anglaise où elle fait la connaissance d'un vieux médium, Miles, qui n'a pour seule compagnie que les morts avec lesquels il communique et un chat noir bien étrange. Miles prétend que l'animal veut sa mort et qu'il parviendra tôt où tard à ses fins. Dans le même temps une série d'accident étranges décimes la population du village et l'inspecteur Gorley qui n'est aps insensible au charme de Jill est amené à enquêter sur une affaire des plus étranges...
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Il Gatto Nero se présente avant tout comme une rencontre au sommet entre 2 figures imposantes du fantastique : Edgar Poe et Lucio Fulci. Si le premier est beaucoup plus connu et reconnu que le second, Fulci n'en est pas moins un poète à part entière, peintre à sa façon de l'horreur à l'état brut, on est en droit d'attendre beaucoup de son appropriation de l'une des histoires les plus connues de Poe.
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Souvent considéré comme une réalisation moyenne du parrain du gore, en grande partie pour son absence de scène choc délirantes comme on en trouve dans L'Au Delà, Frayeurs ou House by The Cemetery, pour son manque de grandeur, comparé par exemple au sublime Beatrice Cenci, ou de construction à côté de réussites comme Sette Note in Nero, Il Gatto Nero est souvent rangé au côté des films de moindre importance de l'auteur, comme Manathan Baby, et pourtant, il comprend nombre de critères qui ont fait le succès des chefs-d'oeuvre de Fulci : une ambiance onirique, des décors gothiques magnifiés par une musique étrange (ici le score décalé et entêtant de Pino Donnaggio).
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C'est d'ailleurs ce qui nous touche au premier abord, cette musique, douce et bizarrement peu en phase avec le thème du film, une mélodie superbe au demeurant qui accompagne tout au long du générique les déambulation du chat noir sur les toits. Ce score est à l'image du film dans son intégralité, étrange, déphasé et confortable... trop pour être honnête.
C'est cette ambiance gothique qui rend la vision du film confortable, Fulci sait mettre en valeur ses décors pour servir au mieux le style de Poe, sans pour autant rester fidèle à l'histoire d'origine, puisque comme souvent, le film ne retient de la nouvelle que la fin, une fin qui évoque celle de Sette Note In Nero, qui était déjà très imprégné de l'univers de Poe, comme si Fulci avait cherché à retravailler cette idée, sans chercher à creuser plus profondément l'intrigue de son chat noir.
Le film est servit par l'interprétation de ses acteurs et particulièrement Patrick Magee et Mimsy Farmer, mais c'est surtout le chat porte le film sur ses fragiles épaules. L'animal est en effet mis en valeur de bout en bout du métrage, tout est fait pour que le spectateur n'ait aucun mal à croire que cette boule de poils noirs est une terrible menace, depuis ses immenses yeux jaunes fimés en plan rapprochés, jusqu'aux vues subjectives au raz du sol accompagnées de miaulements glaçants.
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C'est avec une ironie délicieuse que ces miaulements viendront clore le film, comme tout le monde s'en doute, et confirmer que Il Gatto Nero est bien une oeuvre digne d'un Lucio Fulci en grande forme, peut-être un peu assagi, mais qui colle parfaitement à sa thématique gothique, après un magnifique House by the Cemetery, ce Black Cat est le bienvenu.

7 juin 2010

Oscar Wilde et le Cadavre Souriant

Roman de Gyles Brandreth.

En 1883, Sarah Bernardt et Edmond La Grange dominent le théâtre mondial. Déterminé à faire fructifier sa renommée naissante après sa triomphale tournée américaine, le jeune Oscar Wilde se rapproche de ces deux monstres sacrés. Installé à Paris, il travaille avec La Grange à une nouvelle traduction d'Hamlet qui promet de faire des étincelles. Mais pour l'heure, elle fait surtout des victimes... La compagnie La Grange est frappée par une série de disparitions mystérieuses, et Oscar est bien décidé à en trouver le responsable. Entre jalousies artistiques, vices cachés et secrets de famille, le poète dandy découvre l'envers peu reluisant du décors flamboyant du Paris fin de siècle.

Une fois de plus, la plume de Gyles Brandreth nous emporte dans une enquête en plein coeur de l'univers d'Oscar Wilde. En 1883, le jeune Oscar Wilde, prétend au titre de professeur d'esthétique, revenant d'une tournée laborieuse mais triomphale en Amérique, c'est là qu'il fait la connaissance du mystérieux Eddie Garstrang et qu'il retrouve le vieil Edmond La Grange, acteur
et directeur du prestigieux Théâtre La Grange dont Maman, Liselotte La Grange, la mère d'Edmond ne cesse de vanter les mérites et les traditions ancestrales. C'est aussi dès son arrivée à paris qu'Oscar fait la connaissance de Robert Sherard, qui deviendra immédiatement son ami et par la suite son biographe et par la plume duquel Brandreth nous conte cette nouvelle histoire, il croisera aussi sa grande amie Sarah Bernardt, le peintre Jacques-Emile Blanche et son père, le fameux Docteur Blanche.
Encore une fois, tout est vrai... et tout est faux ! Oscar Wilde s'est bien trouvé en tous ces lieux à cette époque, son amitié pour Sarah Bernardt est bien connue, et pourtant, aussi riches et complexes soient les La Grange, leur fictivité n'a d'égal que le scandal qu'aurai causé cette histoire si elle avait été réelle... de toute façon, peut-on réellement se fier à des personnages qui prétendent faire la sieste sur la chaise longue qui a vu mourir Molière ?
Brandreth fait pourtant preuve d'une exactitude minutieuse dans ses description des soirées parisienne, on sent toujrous cette passion qui l'anime, cette aisance remarquable qui le caractérise lorsqu'il s'agit au fil des pages de faire revivre Oscar Wilde, dans cette péridoe d'insouciance où il songe déjà aux doux yeux de Constance Lloyd.
Une superbe préquel qui n'atteint certes pas la flamboyance du Jeu de la Mort, mais qui peut prétendre à la même qualité, suscite les mêmes émotions et nous imerge avec la même facilité, la même virtuosité dans cette fin de XIXème siècle décadente où les acteurs fréquentent ces jeunes hommes qui portent des feuilles de vigne dans leurs boucles blondes.

"A Londres, je fais du surplace;
à Paris, je pourrai avancer
à contre-courant..."

3 juin 2010

The Lost World 1992


Réalisé par Timothy Bond, en 1992.
Avec : John Rhys-Davies, David Warner, Tamara Gorski, Eric McCormack, Nathania Standford, Darren Peter Mercer...
Produit et scénarisé par Harry Alan Towers.
D'après le roman de Sir Arthur Conan Doyle.

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Le professeur Georges Edward Challenger revient d'Afrique où il clame avoir découvert le chemin vers une terre hors du temps où auraient survécu diverses espèces disparues. Une expédition se forme, à laquelle le professeur Summerlee prend part, espérant prouver que ce grand malade de Challenger prend ses rêves les plus fous pour la réalité, suivit d'Edward Malone, un reporter épaulé par le jeune Jim et Jenny Nielson, une photographe féministe et écologiste.
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Avec l'annonce de la sortie imminente du Jurassic Park de Steven Spielberg, Harry Alan Towers se dépêche de mettre en place l'adaptation du Monde Perdu de Sir Arthur Conan Doyle à laquelle il pense depuis un moment. Une adaptation qui a de quoi séduire puisque les interprètes de l'impossible duo, les meilleurs ennemis du monde scientifique, Challenger et Summerlee, ne sont autre que John Rhys-Davies (La Dernière Croisade, Le Seigneur des anneaux...) et David Warner (La Malédiction, La Compagnie des loups, C'était Demain...).

On peut d'hors et déjà noter le caractère très littéraire de cette adaptation, qui reste extrèmement fidèle au texte de Conan Doyle (même si le plateau se situe cette fois en Afrique, mais ceci pour raison économique sans doute) et bénéficie d'un scénario réfléchit même s'il est loin d'être parfait. On peut déceler, dans le choix de John Rhys-Davies une sorte d'hommage au Lost World de 1925, dans lequel Wallace Berry campait le terrible scientifique, la ressemblance est en effet frappante, et John Rhys-Davies en joue clairement en reprenant les mêmes attitudes. Le reste du casting s'en tire tout aussi bien à commencer par David Warner, en géologue condescendant, Eric McCormak en reporter très "cliché" et Tamara Gorski en intrépide photographe de guerre, féministe et écologiste, le jeune Darren Peter Mercer sait quant à lui parfaitement faire face aux poitures qui l'entourent.
Ce que l'on peut regretter, l'absence de Roxton mise à part (un chasseur aurait fait mauvais genre dans le décor), c'est l'absence de dinosaures, qu'on a du tout bonnement oublier d'inclure dans le script ! J'exagère, les dinosaures sont là, on croisera deux hadrosaures photogéniques, des ptérosaures vindicatifs, un carnivore non identifié au museau évoquant un bec d'oiseau et un tyrannosaure un peu trop timide. Seulement, ce bestiaire caoutchouteux est très peu présent à l'écran ce qui nuit parfois à l'action qui reste un peu trop linéaire. Heureusement que Percival, un bébé ptérosaure très attachant est là, même s'il semble ne constituer qu'un élément attractif pour le jeune public qui ne serait pas touché par des dialogues très bien écris.

Le Monde perdu s'achève avec le retour de nos explorateurs à Londres, apportant la preuve de l'existence du monde perdu... ou plutôt rapportant le pauvre Percival qui se retrouvera dans un zoo (heureusement, Jim, accompagné de Malone et Jenny l'en délivrera). Mais tous se sont jurés un jour de retourner au Monde Perdu.
Harry Alan Towers choisi donc d'étirer l'aventure, en produisant Return to the Lost World, obligeant les personnages de Conan Doyle à tenir leur promesse. Toujours remarquablement joué et remarquablement écrit, le film démarre fort, avec l'arrivée sur le plateau d'industriels mandatés par le gouvernement belge (bah oui, quand c'est pas Tintin au congo...) pour extraire le pétrol que recèle cette terre encore vierge. Cette introduction donne lieu au dinamitage cruel et révoltant d'une mère ankylosaure (qui disparait à la minute où elle venait enrichir la faune du film). Recevant l'appel au secour du peuple vivant sur le plateau, Malone et Jenny partent convaincre Challenger et Summerlee d'oublier à nouveau leurs querelles scientifiques et d'honorer le pacte qu'ils ont fait de retourner tous ensemble au monde perdu, pour le sauver !
Cette suite est beaucoup plus rythmée que le premier film, même si elle en reprend les principales caractéristiques ; tous nos personnages sont là, le petit percival (qui a trouvé le chemin du retour, ouf !) est remplacé par un bébé ankylosaure orphelin après la mort de sa mère. mais cette fois, plutôt que de devoir se défendre face à une nature hostile, c'est un ennemi plus dangereux qui attend tout ce petit monde : l'être humain et sa soif de conquête. Aucune évolution dans les effets spéciaux n'est visible et l'utilisation de la musique est toujours terriblement vieillotte (plaisons nous à croire que ça fait partie de l'hommage au film de 1925), mais le plaisir éprouvé à la vision de ce petit (j'hésite à dire "gentil") film est indéniable !

18 mai 2010

Le Diable du Crystal Palace

Roman de Fabrice Bourland
Publié en avril 2010
(ed 10/18, 274 pages)

En Novembre 1936, Andrew Singleton et james Trelawney reçoivent à leur domicile la visite de la belle et mélancolique Alice Grey. Depuis près d'une semaine, le fiancé de la jeune femme, Frederick Beckford, entomologiste au British Museum, a disparu sans laisser de traces. Craignant qu'un malheur ne soit arrivée, Miss Grey implore les détectives de lui venir en aide. Seul indice : un entefilet relatant un accident survenu en pleine nuit entre un taxi et un fauve en liberté, dont la lecture a, semble-t-il, beaucoup troublé Beckford. Si les deux acolytes ont déjà assisté à maints phénomènes extraordinaires au cours de leurs enquêtes, ils étaient loin d'imaginer ce qu'ils allaient bientôt découvrir dans les rues de la capitale britanique. Aidés par le Pr Winwoow, zoologiste réputé pour son extravagance, nos héros vont devoir batailler ferme pour empêcher le XXème siècle de sombrer dans le chaos.

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Fabrice Bourland entraine cette fois ses deux détectives dans une aventures farfelue, toujours inspirée par les romans de Conan Doyle et plus particulièrement The Lost World, et délaisse l'influence victorienne du fantôme de Baker Street pour donner, avec Le Diable du Crystal Palace, un roman de suspens et d'action qui n'est pas sans rappeler certaines aventures du Bob Morane d'Henri Vernes.

Bourland a vraiment le chic pour faire de Londres un véritable terrain de jeu, quand il ne s'amuse pas à y lacher les grandes figures de la littérature gothique qui reproduisent à loisir les cirmes qu'ils n'ont commis jusque là sur le papier, c'est une faune préhistorique qui menace de prendre le dessus sur la civilisation ! L'auteur ne nous gratifie pas, c'est dommage, d'apparitions sauriennes (mise à part lors du final), qui aurait permis une confrontation avec les descriptions d'époques, par souci sans doute de vraisemblance vis à vis du procédé qui permet aux créature disparues (le machairodus ou tigre à dents de sabre, le ptérodactyle ou le pitécanthrope) de revenir hanter le Londres des années 30. Invoquant bien sûr Le Monde Perdu de Sir Arthur Conan Doyle, mais aussi les différentes légendes que l'on trouve à travers le monde à propos d'animaux fabuleux venu du fond des âges et étant parvenu jusqu'à nos jours (inutile de citer la plus célèbre), il nous offre avec le professeur Rufus Winwood le plus curieux spécimen de son roman !

Une lecture très agréable, quoiqu'un peu trop rapide, pour un roman plus réussi que Le Fantôme de Baker Street ou Les Portes du Sommeil, entrainant, drôle et inventif.

16 mai 2010

The House of Usher



Réalisé en 1988 par Alan Birkinshaw.
Avec Oliver Reed, Donald Pleasance, Romy Windsor, Norman Coombes, Anne Stradi...
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A la fin des années 80, Ryan Usher accompagné de sa ravissante fiancée Molly s'en va rendre visite à son oncle Roderick au manoir familiale. Dès leur arrivée sur la propriété les deux jeunes gens ont un accident au cour duquel Ryan est sérieusement blessé. Accueillie au manoir après avoir été assurée que Ryan va bien, Molly fait la connaissance du couple étrange de domestiques, avant de dîner avec Roderick, un tonton sympa...un peu trop pour être honnête.
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La Chûte de la Maison Usher n'en fini pas d'inspirer les cinéastes travaillant dans le monde merveilleux de la série B ! La nouvelle qui a inspiré des chefs-d'oeuvre tels que The fall of the House of Usher (1960) de Roger Corman ou The Blancheville Monster (1963) de Alberto De Martino ou des objets filmiques plus discutables comme le Revenge in the House of Usher (1982) de Jess Franco, se retrouve cette fois entre les griffes du producteur Harry Alan Towers.
Les productions Towers sont souvent, il faut l'admettre d'une certaine qualité, il suffit pour s'en convaincre de voir Ten Little Indians (de Peter Collinson, 1974, avec Charles Aznavour, Oliver Reed, Richard Attenborough, Stephane Audran, Elke Sommer, Herbert Lom, Maria Rohm et la voix d'Orson Welles, quel casting !) ou Phantom of The Opera (de Dwight H. LIttle, 1989 avec Robert Englund). Une version de la chûte de la maison Usher produite à la même période que ce dernier film et bénéficiant de la présence des deux grands acteurs que sont Oliver Reed et Donald Pleasance, tournée dans des décors qui conviennent parfaitement, semble augurer le meilleur.
House of Usher constitue effectivement un spectacle gothqiue plus que décent et une histoire d'épouvante délicieusement kitsh qui tient le spectateur en haleine jusqu'au bout. Oliver Reed dans le rôle de Roderick Usher a tout du gentleman excentrique et légèrement atteint, la carrure imposante de l'acteur apportant en plus au personnage un côté plus inquiétant, puisque Roderick, malgré le mal qui le ronge, est un personnage violent et imprévisible (la scène de la douche est, elle aussi, totalement imprévisible). Donald Pleasance quant à lui se retrouve cantonné au rôle de Walter Usher, le frère de Roderick, reclus dans un donjon et cloué dans un fauteuil roulant, complêtement syphonné et terriblement sympathique (jusqu'à un certain point). Mais le personnage le plus intéressant reste la gouvernante, incarnée par une Anne Stradi qui compose avec les meilleures répliques un rôle touchant, qui rappelle étrangement la gardienne de La Maison du Diable de Robert Wise (1963). Malgré l'intérêt que cette galerie suscite, c'est finalement ce que l'on pourra reprocher au scénariste : trop de personnages, trop d'éléments avec lesquels jongler trop de facettes à explorer, ce qui fait au final qu'on a un peu tout vu sans avoir vraiment tout compris.
Roderick ici a en effet pour but d'évincer Ryan (qui finira enterré vivant évidemment) pour séduire Molly et avec elle redonner de la force à une dynastie consanguine. Personne dans le manoir n'est là pour porter secour à Molly, à part Walter dont l'aide est plutôt discutable, et le suspens est croissant malgré les ressort abracadabrant de l'intrigue. Il est aussi dommage que l'intrigue se situe à la fin des années 80 et non au XIXème siècle, mais on peut considérer qu'un voyage dans le temps s'opère dès lors qu'on franchit les portes du manoir.
Le film offre de belles séquences, comme le cauchemar de Molly qui voit une cérémonie de mariage pour elle et Roderick dans la chapelle Usher baignée de brume à côté du corps de Ryan, le tout accompagné d'une guitare electrique qui participe au caractère délirant de la chose. Au niveau de la bande son, on peut déplorer le manque de grandeur de celle-ci (on est très loin du score de Misha Segal pour Phantom of the Opera), le score se voulant onirique de Gary Chang n'étant pas réellement adapté aux décors de l'intrigue.
Dans la veine de productions comme Edge of Sanity (Gerard Kikoïne, 1989) ou Phantom of the Opera, House of Usher s'inscrit dans l'étrange revival que connu Edgar Poe à la fin des années 80 (Birkinshaw réalisera 2 ans plus tard une version de Mask of the Red Death, tandis que Jim Winorsky, réalisera The Haunting of Morella, produit par Roger Corman et Stuart Gordon s'attaquera à The Pit and the Pendulum produit par Charles Band) et mérite sincèrement d'être vu, en tant que révision loufoque et divertissante du classique de Poe, même s'il se montre parfois obscure et prend d'énormes libertées avec son modèle.

25 avr. 2010

The Countess


Ecrit et réalisé en 2009 par Julie Delpy.
Avec Julie Delpy, Daniel Brühl, William Hurt, Sebastian Blomberg...
Musique composée par Julie Delpy.

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Veuve héritière de la fortune et de l'armée de son époux qu'elle gère avec maestria, Erzebet Bathory jette son dévolu sur le jeune Istvan Thurzo. D'un amour passionné mais contrarié qui lui aura, un court instant fait connaître le bonheur, la comtesse ne garde que l'amertume : éprise d'un adolescent à la peau lisse, elle remarque avec horreur que son corps de femme mûre est marqué par l'empreinte du temps. Sombrant dans la folie après le départ de son amant, elle se persuade que le sang pur des vierges lui rendra sa jeunesse...
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Biopic très attendu, The Countess est presque l'oeuvre d'une seule femme, en effet, Julie Delpy écrit, produit, réalise, compose la musique et interprète le rôle titre de ce film qui derrière une apparence plus que crédible de film historique, dissimule un habile et touchant portrait de femme.

La figure d'Erzebet Bathory hante le folklore vampirique et rarement métrage n'a été aussi juste dans son traitement que The Countess. Julie Delpy s'émancipe de l'image que donnèrent les classiques des années 70 comme Countess Dracula de Peter Sasdy ou les Contes Immoraux de Borowczyk, pour appréhender la figure dans toute sa profondeur, ainsi la narration ne se centre à aucun moment sur les hypothétiques meurtres mais s'emploie à dévoiler petit à petit la personnalité de son personnage central, à lui attribuer des raisons autres que sa propre vanité. Erzebet Bathory est dépeinte comme une femme volontaire et moderne, forcément frustrée par la sociétée du XVIème siècle, trouvant satisfaction dans la crainte qu'elle inspire. Sans la victimiser pour autant, Julie Delpy redonne au personnage une humanité perdue, remplacée par des siècles de légende.

Filmé en Roumanie et en Allemagne, The Countess dénote une grande sobriété au niveau des décors, les intérieurs restreints donnent un caractère intimiste au drame et les costumes, une certaine austérité, certainement peu éloignée de la mode de l'époque. Dans ce cadre si minimaliste et pourtant si enchanteur auquel colle parfaitement le score musical délicat, Delpy/Bathory envahit l'écran et peu de place est laissée au reste du casting. Avant d'être une meurtrière obsédée par sa jeunesse perdue, Erzebet est une femme malheureuse et surtout amoureuse, ce qui donne lieux à des scènes dures et bouleversantes comme celle de la mèche de cheveux de Thurzo qu'elle dépose au creux d'une entaille sur son sein ; les métaphores dont use Julie Delpy sont à l'image du film, subtiles et efficaces.


Mais la grande efficacité du film réside en ce doute qui parvient quand même jusqu'à notre esprit, éveillé par une image d'Erzebet étendue dans sa chambre au fenêtres murées, ayant recouvré sa beauté... un relicat de légende qui apporte une certaine poésie à cette oeuvre si troublante.
Brillant portrait de femme, The Countess est certainement le film le plus juste et le plus poignant jamais réalisé sur cette figure ô combien tragique qu'est Erzebet Bathory, une femme qui savait que s'il est agréable d'être respecté, admirable d'être craint, il est vital d'être aimé.