
Professeur James Moriarty est connu pour être la nemesis de Sherlock Holmes, son grand ennemi, doté d'une intelligence égale sinon supérieure, le Napoleon du crime pour reprendre la description faite par Holmes dans le premier récit faisant apparaître le personnage. Ce premier récit, "The Final Problem" devait, comme son titre l'indique, être aussi le dernier pour le grand détective, mais comme chacun sait, il n'en fut rien !
Au terme de l'enquête, Holmes et son ennemi de toujours (qu'il n'avait pas pris la peine de mentionner auparavant) sont précipités dans les chutes de Reichenbach alors qu'ils sont engagé dans une lutte à mort. Pour nombre de lecteurs frustrés, ce grand méchant sorti d'on ne sait où ressemble plutôt à une combine pour se débarasser d'un personnage devenu trop encombrant pour Conan Doyle... et on serait tenté de croire à cette hypothèse.
A ce stade du canon Holmesien, Watson prétend n'avoir jamais entendu parler de Moriarty, mais étrangement dans The Valley of Fear, publié plus tard, mais se déroulant avant the Final Problem, Moriarty est mentionné, et Watson semble s'en rappeler comme "The famous scientific criminal". S'agirait-il là, de la part de Conan Doyle de justifier, avec le retour de son détective (dans The Empty House, où le voile sur sa disparition est levé), l'apparition de Moriarty, de la rendre moins soudaine, de nous dire que l'homme a déjà frappé, et bien frappé, et qu'il n'est pas étonnant qu'il ait alors une telle réputation auprès de Sherlock Holmes? Vous avez dit Bancale ? D'autant plus que dans The Final Problem, Watson évoque le frère de Moriarty, qui se nommerait James, et que plus tard, dans The Empty House, Holmes fait référence à son ennemi disparu sous le nom de Profeseur James Moriarty : une source d'amusement pour les lecteurs qui se demande si toute la fraterie Moriarty répond au nom de James! Le Napoléon du crime, disparu aussi vite qu'il est apparu ne sera plus que vaguement mentionné par la suite, pour ses tentatives de mettre fin aux jours de Holmes.
Pourtant, cette figure diabolique, qui n'occupe pas les affaires les plus intéressantes qu'ait résolu Sherlock Holmes, est devenu un incontournable de la mythologie holmesienne, une pièce centrale et une source d'inspiration pour nombre d'auteurs et de réalisateurs, admirateurs de l'oeuvre de Conan Doyle. Si la source d'inspiration pour le personnage demeure incertaine (le criminel Adam Worth semble l'hypothèse la plus plausible au regard du visage que paget prète au personnage, mais on évoque aussi Simon Newcomb, astronome et mathématicien de génie qui aurait acquis une réputation de véritable requin, n'hésitant pas à réduire à néant la carière et la réputation de ses rivaux), les suppositions sur son origine diégétique vont bon train! J'accorde pour ma part un certain crédit à celle de Nicholas Meyer, freudienne et cruellement ironique dans The Seven-per-cent Solution.
Moriarty bénéficie aussi d'interprètes de choix au cinéma comme à la télévision : Laurence Olivier, tout droit sorti de la gravure de Paget, mais aussi d'un esprit embrumé par la cocaïne dans l'adaptation de The Sevent Per Cent Solution (1976), Anthony Higgins, mentor d'une élégance et d'une beauté surnaturelle dans Le secret de la Pyramide (1985), mais aussi Eric Porter (disciple de Freud dans Hands of the Ripper) face à Jeremy Brett dans la série TV produite par Granada (1984-1994). On évitera de s'attarder sur l'interprétation d'Anthony Andrews dans le très moyen La Main de l'Assassin, qui s'avère être des moins inspirées et fait penser à l'alter ego cartoonesque de Moriarty dans la série crée par Miyazaki (1984-86), dans laquelle il est inévitablement derrière chaque crime.