
Avec Boris Karloff, Elsa Lanchester, Colin Clive, Ernest Thesiger, Valerie Hobson...
Music composée par Franz Waxman
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Un soir de Juin 1816, Lord Byron, Percy Shelley et Mary Shelley sont réunis à Deodati. Alors que l'orage gronde, Mary élabore la fin de son chef-d'oeuvre, Frankenstein, et raconte à Byron et Percy comment la créature demanda une compagne...
Des ruines du moulin que les villageois ont incendié pour faire périr le monstre, la massive silhouette se relève, bien décider à faire payer aux vivants la haine qu'ils lui opposent.
Le Baron Frankenstein se repose, traumatisé par l'échec de son travail et bien décidé à en finir avec ses idées blasphématoires, mais c'est sans compter sur le persuasif Dr Pretorius qui le pousse à recommencer pour créer cette fois une femme...
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Nous connaissons tous aujourd'hui l'histoire de Frankenstein par Mary Shelley, ainsi que le film de James Whale dont les racourcis scénaristiques ont été maintes fois repris aux cinéma. Le premier Frankenstein de Whale reste d'ailleurs l'une des plus grandes références du cinéma fantastique, même si la fidélité n'est pas toujours au rendez-vous, ne serai-ce que pour la prestation inoubliable de Boris Karloff dans le rôle de la créature et celle de Colin Clive dans le rôle d'un Frankenstein possédé par ses travaux. En 1935, Whale donne une suite à son Frankenstein en mettant en scène un pan du roman totalement éclipsé du premier film.
Le film s'ouvre d'une manière surprenante avec une introduction nous montrant le couple Shelley ainsi que Byron dans le salon de la villa Deodati, inutile de préciser que la vision qu'en donne Whale est incomparable à celle que donnera bien plus tard Ken Russell dans son film GOTHIC, mais la tentative de rattacher l'histoire de Frankenstein à celle de son auteur est louable, de plus la scène est particulièrement belle, les décors et l'orage grondant dehors, les éclairs, lui donnent un caractère onirique ensorcelant.
Si on peut voir que Whale encore une fois prend de grandes distances vis à vis du matériaux d'origine, il en reste totalement fidèle à lui-même, ainsi, l'histoire de Frankenstein reprend là où elle s'était arrêtée. Frankenstein, ainsi que sa créature ont survécu à l'incendie qui as dévasté le moulin dans la scène finale de Frankenstein. Les histoires des deux personnages vont donc se dérouler en parallèle et n'intéragir que vers la dernière partie du métrage, nous suivrons donc d'un côté le Baron Frankenstein harcelé par le Dr Pretorius, et de l'autre, la créature, pourchassée de nouveau. Whale va accentuer le côté mélodramatique de l'existence de la créature, Boris Karloff parvenait déjà à faire éprouver de la pitié pour le monstre dans une terrible scène de Frankenstein ou il jetait une petite fille dans un lac, sans comprendre, paniqué de voir qu'elle ne flotte pas comme les marguerittes. L'accent est donc mis sur cet aspect, la solitude, la tristesse, et la rancoeur, le passage avec le vieux violoniste aveugle en est un exemple parfait, même si on pourra lui reprocher et plutôt deux fois qu'une un côté "morale chrétienne" assez déplaisant.
Le Dr Pretorius, à l'origine de la création de la fameuse fiancée, est un personnage encore plus dénué de scrupule que l'était Frankenstein dans le précédent film. Tirant le personnage vers une carricature grotesque mais délicieuse, Whale en fait une sorte de magicien pervers, légèrement dérangé et carrément anachronique.
Le casting est de tout premier choix, on y retrouve les têtes d'affiches du premier film à savoir Boris Karloff dans le rôle de la créature, Colin Clive dans celui du Baron et la belle Elizabeth personnifiée pas Valerie Hobson. Mais dans ce film-ci, c'est réellement Elsa Lanchester dans le double rôle de Mary Shelley et de la Fiancée, qui tire son épingle du jeu, son apparition finale, avec son immense coiffure, drapée dans une longue robe blanche constitue le point d'orgue du film.

Karloff jugera le film inférieur au premier, du fait principalement que la créature est cette fois dotée de parole alors qu'elle avait toujours été muette, pensant que le monstre n'avait pas besoin de s'exprimer pour que l'on ressente sa détresse et qu'au contraire même son mutisme accentuait le côté pathétique. Ce "défaut" qui n'en est pas vraiment un est pallié par un accompagnement musical extra-diégétique très présent, parfois presque larmoyant qui cherche à immerger de façon excessive le spectateur dans l'histoire. Whale réalise certes un bijou d'émotion, mais dont l'ironie latente ainsi que la caractère quasi "burtonesque" avant l'heure cache une reflexion acerbe sur la religion. L'équipe du film s'en sort donc avec des honneurs largement mérité, La Fiancée de Frankenstein surpasse son ainé et forme avec ce dernier un dyptique parfait qui s'il est d'une fidélité discutable au roman de Mary Wollstencraft Godwin Shelley reste l'une des plus belles oeuvres cinématographique de tous les temps !
