12 juil. 2012

La Revanche de Frankenstein


Réalisé par Terence Fisher en 1958.
Avec Peter Cushing, Francis Matthews, Eunice Gayson, Michael Gwynn...
Scénario de Jimmy Sangster.
Musique composée par Leonard Salzedo.
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En soudoyant un gardien infirme, le baron Frankenstein a échappé à la guillotine à laquelle il était promis. Installé en Allemagne sous le nom de Stein, il exerce en tant que médecin auprès des plus pauvres, une couverture, qui lui permet d'obtenir facilement des corps frais pour poursuivre ses expériences...
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Terence Fisher orchestre cette revanche de Frankenstein, toujours basée sur un scénario de Jimmy Sangster, avec ce qui ressemble à un réel plaisir. On retrouve Peter Cushing dans le rôle titre, la photographie splendide de Jack Asher, les décors de Bernard Robinson... de quoi ravir le public de la Hammer, tout est là, et plus encore !

Opérant sous un pseudonyme, Victor Frankenstein est reconnu par un jeune médecin avide de savoir qui lui propose son assistance contre son silence. Le jeune Hans Kleve (Francis Matthews : Dracula Prince of Darkness, Rasputin the Mad Monk) va donc être impliqué dans les recherches du baron qui a découvert le moyen de transplanter un cerveau humain d'un corps à un autre, une expérience qui servira en même temps au baron à payer sa dette envers le gardien qui l'a aidé à s'échapper. Karl, ledit gardien est en effet handicapé et Frankenstein peut lui offrir un corps en parfait état.

Bien plus que l'ambitieux et froid savant fou qu'il était dans The Curse of Frankenstein, le baron est un être tout à fait paradoxal. On pourra s'étonner de le voir ouvrer au service des pauvres de Carlsbruck, ou de la  pédagogie et de l'attention dont il fait preuve à l'égard de Kleve qui était au départ son maître chanteur avant de devenir son élève dévoué. Même si l'on apprendra au final que toutes ses actions sont calculées pour servir un plan parfait, il semble que nous soit donné à voir l'humanité d'un personnage complexe qui en plus d'être un spécialiste de la mécanique humaine est aussi fin psychologue. Il est difficile de détester ce Frankenstein même s'il n'est pas du tout le personnage repentant de Mary Shelley, tant il fait preuve de manières et d'une conversation délicieuse, au ton joliment ironique, même si l'on peut s'interroger sur sa perception de l'humour : Frankenstein/Cushing ne rit pas souvent.

Avec l'aide de Kleve, Frankenstein parvient donc à transplanter le cerveau de Karl dans un nouveau corps, conçu par le baron lui-même, et même si le résultat est des plus encourageant, les conséquences seront, comme il faut s'y attendre, désastreuses. Le pauvre Karl refuse de demeurer un sujet de curiosité et s'enfuit grâce à sa nouvelle enveloppe, mais la transplantation entraîne chez lui des comportements inquiétants et la piste laissé par ses actes criminels ne tarde pas à mener au baron. Karl est une créature elle aussi plus complexe que celle qu'incarnait Christopher Lee. Cette fois doté de parole, le "monstre" à l'aspect en tout point humain est incarné par Michael Gwynn (acteur que l'on reverra dans Les Cicatrices de Dracula), qui est tout à fait extraordinaire dans sa composition pathétique.


Lorsque l'on pense à la Hammer, l'idée d'une violence graphique n'est pas celle qui vient à l'esprit en premier, pourtant, Revenge of Frankenstein se montre assez généreux sur ce plan, et si le film offre assez peu d'action pour se concentrer sur un aspect plus psychologique, il sait y allier son lot de scènes sanguinolentes très réussies. Impressionnant sur ce plan mais aussi sur celui de la mise en scène, le film est ciselé par un réalisateur touché par la grâce. 

Le final, sommet d'ironie, voit la baron Frankenstein devenir le sujet de ses propres expériences : tué par ses patients qui ont découvert son identité, le baron laisse un cerveau en bon état et un corps de son invention destiné à l'accueillir au cas où une telle chose se produirait. C'est Kleve, l'élève qui a reçu l'apprentissage adéquat, qui finit par dépasser le maître en réussissant une opération parfaite et sans conséquences fâcheuses. Les deux hommes fuient pour Londres, ou le baron devenu l'une de ses créatures, pourra de nouveau exercer sous le nom de Dr Franck.

Esthétiquement magnifique, les décors du film sont aisément reconnaissables, comme le laboratoire du baron, dont il dit lui-même qu'il s'agissait auparavant d'une cave à vin... à vin rouge semble-t-il puisqu'elle servit de caveau au comte Dracula dans le précédent film de Fisher, Le Cauchemar de Dracula. The Revenge of Frankenstein voit le jour au cours d'une période bénie où Fisher enchaîne les tournages pour établir une oeuvre imposante et riche. Il est indéniablement l'un des meilleurs chapitres de la Comédie Humaine selon Fisher.

9 juil. 2012

Frankenstein s'est échappé !



Réalisé par Terence Fisher en 1957.
Avec Peter Cushing, Christopher Lee, Hazel Court, Robert Urquhart, Valerie Gaunt, Melvyn Hayes...
Scénario de Jimmy Sangster.
Musique composée par James Bernard.
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Dans une cellule de prison, le baron Frankenstein attend son exécution, pour quel crime ? Avoir poursuivit un rêve insensé qui l'a conduit à devenir un meurtrier froid et calculateur : créer un être parfait et lui insuffler la vie.
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1957 fut un grand cru pour le cinéma fantastique car avec The Curse of Frankenstein, la Hammer entamait un cycle gothique qui se poursuivrait jusqu'en 1974, lançant une série d'adaptation des classiques de la littérature fantastique. Produit par Anthony Hinds et Michael Carreras, le film pose les base de ce que sera désormais le style de la Hammer. Ce style est principalement celui de Terence Fisher, réalisateur phare de la firme, qui met en scène les scenarii de Jimmy Sangster (Le Cauchemar de Dracula, La Revanche de Frankenstein, La Malédiction des Pharaons, Les Maîtresses de Dracula...). Cette adaptation de Frankenstein est aussi le théâtre de la formation d'un duo qui restera emblématique : Peter Cushing (le baron) et Christopher Lee (la créature). Mal reçu par la critique de l'époque, The Curse of Frankenstein fut un énorme succès publique qui encouragea la Hammer et Fisher à poursuivre leur oeuvre. Il est unanimement reconnu aujourd'hui comme un chef-d'oeuvre.


Pour cause, malgré d'énorme libertés prises par Jimmy Sangster vis à vis du roman de Mary Shelley, il s'agit bien là de l'une des transpositions les plus saisissantes du récit au cinéma; Au delà des nombreuses qualités propres aux films gothiques de la Hammer qui font pour la première fois leurs preuves à l'écran (les splendides décors du studio de Bray aménagés par Bernard Robinson, entre autres), le film bénéficie du talent visionnaire d'un réalisateur qui ne veut pas se borner à raconter un simple conte d'horreur. Comme toujours chez Fisher, la construction des personnages nécessite une mise en train qui si elle est un peu longue demeure passionnante, ainsi l'introduction durant laquelle nous est présenté le jeune baron Frankenstein (Melvyn Hayes) permet au spectateur de voir et de comprendre l'évolution du personnage, de ce jeune homme radieux laissé orphelin à la tête d'une fortune jusqu'à l'homme hagard que l'on découvre en prison.

Conscients que le personnage du baron recèle un potentiel inexploité jusque là, Fisher et Sangster vont le mettre en avant bien plus que la créature (Dans la série de films produite par Universal, c'était la créature qui devenait le personnage central, alors que la Hammer va centrer la saga sur le baron, qui poursuit encore et toujours ses expériences). Peter Cushing, futur Van Helsing et Sherlock Holmes, est l'incarnation parfaite du scientifique obnubilé par ses recherches, l'acteur offre une performance extraordinaire dans cette composition qu'il reprendra cinq fois. Difficile d'imaginer Christopher Lee sous l'impressionnant maquillage de Phil leakey et Roy Ashton (qui n'est ici qu'assistant, mais qui recouvrira Lee de bandelettes pour La Malédiction des Pharaons) ! La créature incarnée par Lee est très éloignée de celle qu'interprétait Boris Karloff, il est en effet presque impossible de ressentir de la sympathie pour cette être défiguré et aussi incapable de faire montre d'émotions que son créateur.


Le casting féminin est assuré par deux Hammer girls : Hazel Court (que l'on retrouvera aux côtés de Lee et Anton Diffring dans The Man who could Cheat Death de Fisher en 1960 et dans Le Masque de la Mort Rouge de Roger Corman avec Vincent Price en 1965) est une bien malheureuse Elizabeth qui épouse son cousin sans savoir qu'il lui préfère une domestique, et Valérie Gaunt, ladite domestique qui connaîtra un destin funeste. Robert Urquhart complête cette excellente distribution dans le rôle de Paul Krempe, une sorte d'Henry Clerval qui est ici le mentor de Victor, mais qui ne pourra cautionner les activités de son ancien élève.

De magnifiques décors, une distribution extraordinaires, une variation dramatique à l’extrême sur le roman de Mary Shelley, The Curse of Frankenstein est tout cela à la fois, mais il est surtout le point de départ d'une extraordinaire aventure cinématographique pour la Hammer, une exploration des rivages gothiques conduite part l'aventurier Terence Fisher et ses acolytes Peter Cushing et Christopher Lee.

6 juil. 2012

Dracula vit toujours à Londres



Réalisé par Alan Gibson en 1973.
Avec Christopher Lee, Peter Cushing, Joanna Lumley, Michael Coles...
Scénario de Don Houghton.
Musique composée par John Cacavas.
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"Rest in final peace" (repose enfin en paix) étaient les mots qui venaient conclure solennellement Dracula AD.72, et pourtant... Dracula vit toujours à Londres, et c'est à Lorrimer Van Helsing et sa petite fille Jessica qu'il incombe une nouvelle fois de déjouer ses plans.
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Étrange film que ce Dracula vit toujours à Londres, suite directe de Dracula AD.72 et qui ressemble plus à un pilote de feuilleton d'espionnage. L'église St. Bartolph qui avait été le théâtre de l'entrée du comte Dracula dans le XXème siècle a laissé place à un immense complexe de bureaux, et le prince des ténèbres s'est retrouvé à la tête d'une multinationale du crime. Dracula Moriarty projette donc de détruire le monde, mais heureusement, Sherlock Van Helsing et Jessica Watson veillent ! Christopher Lee et Peter Cushing s'affrontent pour la troisième fois, Michael Coles reprend le rôle de l'inspecteur Murray qu'il tenait dans le film précédent, et Joanna Lumley (Purdey dans Chapeau melon et bottes de cuir) remplace Stephanie Beacham dans le rôle de Jessica Van Helsing. Au scénario on retrouve Don Houghton et plus que jamais l'influence de Dr Who se fait ressentir, et derrière la caméra, Alan Gibson reprend les commandes pour mettre un point final aux agissements de Dracula/lee.



Même si le film s'inscrit dans la continuité du précédent en en reprenant la majorité des protagonistes (une première dans la série), il ne reprend pas l'aspect kitsh de son prédécesseur. Gibson opte pour une approche plus clinique. Exit les jeunes hippies et les bar branchés et les églises désaffectées, on se retrouve ici dans les bureaux de New Scotland Yard, ou dans le QG des disciples de Dracula, dans lesquels les "nouvelles technologies" (tout est relatif) sont à l'honneur. Nos héros devront affronter des femmes vampires dans une crypte, une secte à la solde de l'énigmatique madame Chin Yang, et des scientifiques ayant pour mission de lâcher la peste noire sur le monde !

Le postulat de Dracula vit toujours à Londres, même s'il semble assez peu vraisemblable (mais, on parle de vampires à la base, alors laissons de côté toute idée de vraisemblance) a le mérite d'être original. Christopher Lee incarne une menace bureaucratique spectrale tout droit sortie d'un James Bond, et face à lui, Peter Cushing ne semble avoir rien perdu de sa vitalité (l'acteur pourtant n'a jamais eu l'air aussi émacié) et de sa détermination : le face à face final, même s'il n'est pas aussi impressionnant que ce que l'on pouvait espérer demeure un morceau de bravoure assez appréciable. L'idée d'un professeur Van Helsing qui protège Londres des vampires épaulé par sa petite fille et meilleure assistante est en elle-même très plaisante et aurait pu donner une excellente série avec Don Houghton au scénario.



S'éloignant radicalement des sentiers battus jusque là, Dracula vit toujours à Londres est un film vraiment plaisant qui assume son côté frénétique (appuyé par la musique de John Cacavas dans un style très Avengers). 15 ans après leur premier affrontement, il fait bon retrouver Lee et Cushing dans les rôles qui les ont rendu célèbres. Certes, il ne reste plus grand chose du personnage créé par Bram Stoker, mais l'image finale de cette figure du mal ultime magistralement incarnée par Christopher Lee, crucifiée dans un buisson d'aubépine, clôt de façon suffisamment marquante la saga Dracula de la Hammer.

4 juil. 2012

Dracula AD.72



Réalisé par Alan Gibson en 1972.
Avec Christopher Lee, Peter Cushing, Stephanie Beacham, Christopher Neame, Michael Coles, Caroline Munroe...
Scénario de Don Houghton.
Musique composée par Mike Vickers.
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Londres, 1872, Van Helsing a enfin terrassé Dracula, en plein Hyde Park. Alors que le vampire se décompose un pieu planté dans la poitrine, le chasseur de vampire s'écroule, vaincu par l'épuisement. Un jeune homme s'approche et ramasse les cendres du comte, pour les inhumer près de la tombe de sa némésis. Dracula et Van Helsing reposent depuis côté à côte.
1972. Johnny Alucard persuade ses amis de jouer à un petit jeu qui se révèle être une messe noire ayant pour but de ressusciter Dracula, parmi eux se trouve Jessica Van Helsing, petite fille du dernier chasseur de vampires.
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En 1972, la Hammer décide de faire prendre à sa série Dracula une nouvelle direction. Oubliés les châteaux gothiques, le vampire évoluera désormais dans le Londres contemporain. Pour l'occasion la firme confie l'écriture du scénario à Don Houghton, qui compte parmi les nombreux scénaristes de la série Docteur Who. Délaissant totalement la chronologie établie par Jimmy Sangster et Anthony Hinds (John Elder) au cours des films précédents, Houghton se charge de réinventer le prologue de ce qui sera le premier film d'un dyptique. La meilleure surprise de ce sixième film est sans aucun doute le retour de Peter Cushing, dans le rôle du descendant de Van Helsing, c'est en effet la première fois depuis le film de 58 que Dracula/Lee se trouve confronté à Van Helsing/Cushing. Pour ce qui est du reste, Dracula AD.72 va plus ou moins reprendre la trame d'Une messe pour Dracula.



Dracula est donc ramené à la vie au cours d'une messe noire orchestrée par Johnny Alucard (Christopher Neame qui aurait pu être séduisant si son jeu n'était pas si outrancier), sur fond de musique expérimentale. Une fois sur pied, le vampire n'a qu'une idée en tête, anéantir les dernier Van Helsing. Inutile de préciser qu'il n'y parviendra pas. Christopher Lee se montre très professionnel, peut-être pas enchanté, mais on sent qu'il éprouve beaucoup de plaisir à retrouver son grand ami Peter Cushing.

Esthétiquement, le film d'Alan Gibson se montre assez convaincant lorsqu'il s'agit de l'introduction, ou des scènes dans l'église désaffectée. La Caverne, un bar "branché" dans lequel se retrouvent les amis de Jessica arbore un décorum intéressant mais l'endroit est sous-exploité. La vision de la jeunesse du Swinging London est assez simpliste et on ne fera aucun commentaire sur l'aspect vestimentaire. La musique de Mike Vickers, plutôt groovy, rompt radicalement avec les mélodies de James Bernard. Il semble que le film y perde l'attrait que suscitent ses aînés. Mais malgré cela et un récit tout à fait prévisible, Dracula AD.72, distribué sous le titre Dracula 73 en France, n'est pas un spectacle ennuyeux.



Le tandem Lee/Cushing fonctionne à merveille et Jessica Van Helsing (Stephanie Beacham) profile une héroïne intéressante. Il n'y a rien véritablement ici que les amateurs de la Hammer pourraient détester. Le film est pourtant souvent décrit comme l'opus le plus faible de la saga, certainement parce qu'il se montre assez peu inventif et se contente de transposer une trame déjà vue dans un contexte contemporain. Aujourd'hui, le côté rétro de Dracula AD.72 lui donne un certain cachet, et la qualité de ses interprétation en fait un divertissement de grande qualité. Cette variation très seventies ouvre la voie au dernier film de la série qui aura le mérite de se montrer plus audacieux, même s'il le fera au dépend de toute vraisemblance.


3 juil. 2012

Les Cicatrices de Dracula



Réalisé par Roy Ward Baker en 1970
avec Christopher Lee, Jenny Hanley, Denis Waterman, Christopher Matthews, Michael Gwynn, Michael Ripper, Patrick Troughton...
scénario de John Elder.
Musique composée par James Bernard.
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Accusé d'avoir voulu abuser de la fille du bourgmestre de Kleinenberg, Paul, un jeune coureur de jupons saute dans un fiacre pour échapper à la milice qui le poursuit. L'attelage s'emballe et le jeune homme se retrouve perdu dans les Carpates. Inquiets, son frère Simon accompagné de sa fiancée Sarah, partent à sa recherche et découvrent que sa fuite l'a mené au château de Dracula.
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Les Cicatrices de Dracula est l'oeuvre du grand Roy Ward Baker à qui l'on doit deux autres et excellents Hammer films, The Vampire Lovers, une adaptation de Carmilla de Lefanu avec Ingrid Pitt et Dr Jekyll & Sister Hyde, d'après Stevenson, avec Ralph Bates et Martine Beswick. Dracula sonne comme un passage obligé pour les réalisateurs les plus intéressants de la Hammer, un an auparavant c'était le prometteur Peter Sasdy qui s'était prêté à l'expérience avec Une Messe pour Dracula, un essai concluant! Le film de Sasdy ressemblait fort à une conclusion définitive à l'une des principales saga hammeriennes, mais la firme met en chantier à peine un an plus tard ce Scars of Dracula qui ne s'inscrit aucunement dans la continuité des films précédents. A peine le film peut-il être considéré comme une suite directe du Cauchemar de Dracula, le premier de la série réalisé en 1958 par le maître Fisher. 

L'idée de base était plus celle d'un remake que d'une suite, un reboot en quelque sorte, mais la productrice Aida Young préfère que Baker incluse en introduction une scène de résurrection, pour ne pas déstabiliser le public avec un Dracula en grande forme alors qu'on la vu réduit en poussière à la fin du film précédent. La résurrection du comte Dracula est donc amené comme si de rien était, sans qu'Anthony Hinds (encore une fois crédité sous le pseudonyme de John Elder) ne se fatigue à donner une explication quand au fait que les cendres de Dracula ont à nouveau réintégré son château et ne se trouvent plus dans la chapelle anglaise où on les avait laissé, et sans même donner une raison valable à cette résurrection : c'est une chauve-souris qui vient verser son sang au dessus des cendres du vampire pour que celui-ci reprenne vie... Un peu de sang frais sur de la poudre et Dracula renaît, la Hammer a inventé le vampire lyophilisé !



Partant d'une idée simpliste, celle d'un jeune homme égaré qui frappe à la porte du château de Dracula, le film de Roy Ward Baker offre une belle synthèse du cycle hammerien en recyclant de nombreux éléments des films précédents : Tania est une servante de Dracula et demande à Paul de la délivrer, comme la femme mystérieuse le demandait à Jonathan dans Le Cauchemar de Dracula, Klove, le serviteur du vampire est ici encore plus étrange qu'il ne l'était dans Dracula Prince des Ténèbres, l'église souillée par les agissements du vampire comme dans Dracula et les Femmes... Anthony Hinds y inclue aussi des éléments du roman de Stoker délaissés dans les autres films comme l'image de Dracula rampant sur les murs de son château, ou le portrait de Sarah, aperçu ici non par Dracula, mais par Klove qui conçoit une véritable fascination pour la jeune femme et refuse que son maître lui fasse du mal.

Les Cicatrices de Dracula rétablit aussi quelque chose qui tiendrait du folklore des films Universal, lorsqu'il déchaîne ses villageois qui, suite à la découverte du cadavre d'une jeune fille portant les marques du vampire, s'en vont incendier le château après avoir mis leurs femmes à l'abri dans l'église. A leur retour il découvrent la terrible vengeance du vampire qui a envoyé ses chauve-souris tuer les femmes et profaner le lieu sacré. La violence graphique atteint un niveau assez inédit pour la Hammer dans ce film, en effet, si les chauve-souris sont responsables de nombreux maux, Dracula lui-même se montre beaucoup plus féroce et parfois assez gratuitement, comme lorsqu'il poignarde violemment Tania après que celle-ci ait tenté de séduire Paul, ou lorsqu'il torture Klove qui lui a désobéi avec un sabre chauffé au rouge. On peut y voir une manière de coller un peu plus à l'air du temps, l'épouvante gothique ayant de moins en moins de succès à l'heure ou La Nuit des morts-vivants ou Rosemary's baby sont déjà devenu des classiques.

Christopher Lee semble assez fatigué du rôle qu'il endosse une nouvelle fois, juste après Une Messe pour Dracula et Les Nuits de Dracula de Jess Franco (l'année 1970 verra les 3 films sortir sur les écrans pratiquement coup sur coup, Scars of Dracula, sorti en novembre, sera le dernier de l'année), mais il retrouve des répliques plus intéressantes que précédemment, puisqu'il est à nouveau dépeint comme l'hôte inquiétant décrit dans les pages du journal de Jonathan Harker. La plupart des acteurs sont excellents, notamment Michael Gwynn qui joue un prêtre remplaçant Van Helsing, et Michael Ripper, éternel second rôle que l'ont retrouve en tavernier peu hospitalier. Puisque nous avons évoqué une forme de recyclage, il convient d'en évoquer une autre, la réutilisation des décors, puisqu'on en reconnaîtra quelques uns et notamment la cour intérieure du château qui est celle de Lust for a Vampire, l'entrée la plus faible dans la série Carmilla, réalisé par Jimmy Sangster la même année.



En bref, Les Cicatrices de Dracula revient aux sources du mythe, et fonctionne très bien comme un hors-série (beaucoup mieux en tout cas que comme une suite), tout en faisant figure de synthèse d'une certaine mythologie hammerienne. Les carences budgétaires s'y ressentent plus que jamais, mais comme toujours l'oeuvre est de belle facture, et les décors gothiques imposant ainsi que la musique de James Bernard participent à une certaine magie de l'ensemble. Le principal bémol sera pour la fin, Dracula disparaît comme il est apparu : par hasard ! 

27 juin 2012

Une Messe pour Dracula



Réalisé par Peter Sasdy en 1969.
Avec Christopher Lee, Linda Hayden, Anthony Higgins, John Carson, Ralph Bates, Isla Blair, Martin Jarvis, Geoffrey Keen...
Scénario de John Elder.
Musique composée par James Bernard
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Un marchand de curiosités en voyage en Europe de l'Est tombe par un concours de circonstances sur le comte Dracula agonisant, empalé sur une croix. L'homme recueille le sang du vampire anéanti, et trouvera pour cet article très spécial trois malheureux acheteurs. Il s'agit de notables londoniens dépravés, qui au cours d'une messe noire vont ressusciter Dracula.
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L'introduction d'Une Messe pour Dracula est plutôt laborieuse, nous retrouvons Dracula là où nous l'avions quitté à la fin de Dracula et les Femmes, empalé sur la croix avec laquelle Monseigneur avait scellé son château. Weller, un obscure commerçant en voyage assiste à l'agonie du comte et à la transformation de son sang en cendres rouges. Il s'empare alors des effets du vampire dans l'espoir de les vendre à de riches excentriques anglais. Ces riches, finalement assez peu excentriques sont 3 notables, William Hargood, Jonathan Secker et Samuel Paxton, qui en quête de dépravation s'acoquinent de Lord Courtley qui les incite à acheter le sang du comte Dracula pour invoquer le vampire au cours d'une messe noire. Les choses tournent mal et Courtley meurent en buvant le sang de Dracula. C'est Peter Sasdy que l'on trouve cette fois derrière la caméra. Le jeune réalisateur hongrois, qualifié un peu vite de nouveau Terence Fisher impose un style qui sera deux ans plus tard celui qui participera à la réussite de La Fille de Jack l'Eventreur, son meilleur film.

Une Messe pour Dracula fut d'abord écrit sans que le personnage créé par Bram Stoker ne soit directement inclu dans le script. Christopher Lee se montrant de plus en plus réticent à reprendre le rôle, la Hammer pensait faire de Lord Courtley (Ralph Bates) le nouvel antagoniste vampirique, en le faisant revenir d'entre els morts pour se venger des trois hommes qui l'ont laissé pour mort en s'enfuyant. Mais la Warner refusait de distribuer un Dracula sans Christopher Lee, et l'acteur fut engagé presque contre sa volonté, enrageant d'incarner un personnage si majestueux dans un film intitulé Taste the Blood of Dracula ("Goutez le sang de Dracula", une accroche ridicule selon l'acteur). Il est manifeste que le film aurait fonctionné aussi bien sans Dracula/Lee, mais comme toujours la présence de l'acteur permet de très belles scènes.


Si le script d'Anthony Hinds (sous l'éternel pseudonyme de John Elder) est très éloigné du roman de Stoker, nombreuses sont les correspondances à commencer par le fait qu'il s'agit là du premier Dracula de la Hammer qui se déroule dans l'Angleterre victorienne. La chapelle désaffectée dans laquelle Lord Courtley orchestre la messe noire, et qui servira de repère à Dracula renvoie directement à l'Abbaye de Carfax, et les personnages eux-mêmes sont calqués sur leurs homologues stokeriens. On retrouve ici deux couples, Alice Hargood (Linda Hayden) et Paul Paxton (Anthony Higgins, beau garçon crédité ici sous le nom d'Anthony Corlan) sont les nouveaux Mina et Jonathan, et Jeremy Secker (Martin Jarvis) et Lucy Paxton (Isla Blair), les nouveaux Arthur et Lucy (la correspondance des prénoms implique la correspondance des destinés). Les enfants de nos trois notables pervertis deviennent les cibles de Dracula.

Le couple Alice et Paul est l'un des véritables atouts du film; les deux jeunes acteurs affichent une très belle complicité et la musique qui accompagne leurs rendez-vous secrets est sans conteste l'une des plus douces et des plus belles de James Bernard. Esthétiquement, Une Messe pour Dracula bénéficie du changement de lieu : la campagne anglaise a rarement été aussi bien filmée, la chapelle, le cimetière, le jardin des Hargood avec sa fontaine, tous les décors son magnifiques à l'égal des costumes, aux antipodes de ce que l'on peut voir dans Dracula et les femmes. Si le scénario patine parfois et peine à inclure Dracula de façon crédible au début, le reste relève très bien le niveau et, au final, de tous les Dracula de la Hammer, il s'agit là d'un des meilleurs.



Christopher Lee ne sera pas de cet avis. Déjà déçu du retour peu ambitieux de Dracula dans le film de Freddie Francis, l'acteur déplore le manque d'inventivité de la Hammer, qui se borne aux mêmes bases de film en film. L'acteur affirme qu'il n'incarnera plus Dracula pour la firme, et la fin d'Une Messe ressemble d'ailleurs fort à une conclusion définitive, et pour une fois à la hauteur du personnage (même si elle reste assez peu claire dans son déroulement). Contre toute attente, malgré ses réticences, Christopher Lee se contredira en reprenant son rôle dans Les Cicatrices de Dracula de Roy Ward Baker l'année suivante. Avec ce cinquième film, la Hammer ne produira pas une suite, mais se retrouvera à l'avant-garde d'une pratique aujourd'hui très répandue à Hollywood : le reboot !

26 juin 2012

Dracula et les Femmes



Réalisé par Freddie Francis en 1968.
Avec Christopher Lee, Rupert Davies, Veronica Carlson, Barbara Ewig, Michael Ripper...
Scénario de John Elder
Musique composée par James Bernard.
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Voila plus d'un an que Dracula a péri dans les eaux qui entourent son château, mais à Keinenberg, les villageois vivent dans la terreur du vampire. Monseigneur Muller, voulant rassurant les habitants et mettre fin aux superstitions s'en va sceller le portail du château de Dracula avec un énorme crucifix...
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Réalisé deux ans après Prince of Darkness, Dracula has risen from the Grave est l'oeuvre de Freddie Francis, admirable directeur de la photographie (on lui doit celle d'Elephant Man de David Lynch et des Innocents de Jack Clayton), qui s'est déjà trouvé derrière la caméra pour Evil of Frankenstein. Ce n'est donc pas la première fois que l'homme prend la succession de Terence Fisher et se démarque par un style tout à fait différent. A ce titre, Dracula et les femmes est "l'épisode" qui bénéficie sans conteste du meilleur traitement esthétique. Le générique sur fond d'images abstraites qui évoquent des artères gorgées de sang annonce une nouvelle approche plus frontale du mythe. A chaque apparition du comte Dracula, Francis nimbe les bords de l'image de filtres rouges ou ambrés, et l'image très contrastée donne aux toits du villages (sur lesquels se déroulent quelques scènes clés) des airs de sortir d'un film expressionniste. Cette nouvelle approche visuelle est sans doute l'apport le plus important de Freddie Francis à la saga. D'un autre côté, l'aspect du château de Dracula et du paysage qui l'environne est très éloigné de ce à quoi on s'attendait. le film ayant été tourné au Studio d'Elstree, et non au studio de Bray comme les précédents, il présente un décors différent et le chemin qui mène au château, comme le portail n'évoquent pas du tout l'image que l'on en gardait à la fin de Prince of Darkness. Ces changements n'ont rien de très déstabilisants et l'escarpement sur lequel trône le château (dont on ne verra jamais l'aspect intérieur) relève plus de la description stokerienne que les versions précédentes.

Le traitement scénaristique requiert plus d'indulgence. Maladroitement relié à la fin de Prince of Darkness, via l'évocation du vampire prisonnier de la glace, Dracula has risen from the grave s'ouvre sur l'illustration des méfaits du comte avant qu'il ne soit provisoirement mis hors d'état de nuire. Le Comte Dracula, maître de l'irrévérence cachait apparemment le cadavre de ses victimes dans les cloches des églises. La séquence, bien que sans répercutions sur l'histoire, se révèle efficace et annonce une violence graphique beaucoup plus importante que dans les précédentes variations. La résurrection du comte par contre est beaucoup moins crédible. Dans son périple vers le château, Monseigneur Muller embarque un prêtre désabusé qui épuisé reste à l'arrière, et, déstabilisé par un orage soudain (Monseigneur vient de sceller les portes du château en prononçant une prière d'exorcisme, ce qui déchaîne les éléments), se casse la figure sur les rochers, son sang s'écoule alors vers une rivière gelée au fond de laquelle repose Dracula depuis un an, la glace se brise et le sang atteint bien évidemment les lèvres du vampire, oups! Dès cet instant le prêtre devient le serviteur du comte.

Comme toujours, on retrouve un couple central, dont l'amour sera l'arme la plus forte, ici incarné par Veronica Carlson (Maria, la nièce de Monseigneur) et Barry Andrews (Paul, l'apprenti boulanger). Souhaitant s'adresser à un public plus "frais", Francis fait de Maria et Paul l'incarnation de la jeunesse, ainsi que l'association de deux milieux radicalement opposés : Maria, issue d'un environnement petit bourgeois et très catholique, soupire après Paul, étudiant prolétaire et athée qui travail au café pour payer ses études. Une mise en scène des classes sociales, simpliste mais jusque là inédite. Si Dracula est l'incarnation d'une noblesse préhistorique, on pourrait voir la victoire finale de Paul comme le renversement de la "rulling class" par la classe ouvrière. Simpliste et finalement peu crédible, Dracula et les femmes est déservit par son manque d'ambition. La musique composée par James Bernard est ici moins subtile que le score qu'il avait écrit pour Dracula prince of Darkness, mais comme toujours, un morceau sort du lot, et il s'agit ici de The Cross, qui illustre le grand final du film, et qui sonne comme une réponse au Funeral in Carpathia qui ouvrait le film précédent.



Esthétiquement splendide, Dracula et les femmes est pourtant un film en demi teinte, qui aurait gagné à développer son discours autant que la bleuette entre Paul et Maria qui prend beaucoup trop de place entre chaque apparition du vampire. On pourra noter que le scénario de John Elder répète le schéma habituelle avec les jeunes femmes : comme précédemment, Dracula vampirise la jolie rousse, pour s'approcher de la jolie blonde. Un manège que l'on retrouvera dans Une Messe pour Dracula, de Peter Sasdy, suite directe du film de Freddie Francis et dans lequel Anthony Hinds aura la bonne idée de ramener le comte en Angleterre, et ainsi de le rattacher au gothique qui lui fait ici défaut.