14 févr. 2010

SHERLOCK HOLMES (2009)

Un film de Guy Ritchie.
Avec : Robert Downey Jr, Jude Law, Rachel Mc Adams, Mark Strong, Hans Matheson, Kelly Reilly, James Fox...
Basé sur les personnages créés par Sir Arthur Conan Doyle.
Musique de Hans Zimmer.

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Lorsqu'il n'a pas d'affaires à traiter, Sherlock Holmes déprime. Fort heureusement, le criminel Blackwood, pendu pour ses meurtres rituels, semble s'être relevé de sa propre mort. Voila donc Holmes et son fidèle ami Watson à nouveau sur les traces du meurtrier... mais comme un problème n'arrive jamais seul, c'est sans compté sur Mary Morstan, la fiancée de Watson, dont la présence semble considérablement contrarier le détective et sur Irène Adler, qui en sait beaucoup plus que ce qu'elle veut bien en dire.
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Une nouvelle fois, le célèbre détective Sherlock Holmes fait l'objet d'une transposition à l'écran. cette fois, c'est le surprenant Guy Ritchie qui s'intérèsse au personnage, s'entourant d'un casting fort "jeune" et bénéficiant de lourds moyens que les adaptations de Sherlock Holmes avaient jusque là rarement pu se permettre, bien souvent reléguées au rang de téléfilms.
Au casting de cette adaptation plutôt surprenante, on retrouve bien sûr Robert Downey Jr dans le rôle du célèbre détective et Jude Law en Dr Watson. Les deux acteurs insufflent à leurs personnages une jeunesse, certes inabhituelle en comparaison des grandes figures qui ont prété leurs traits au duo (Basil Rathbone/Nigel Bruce, Peter Cushing/André Morel, Christopher Plummer/James Mason...) mais assez proches des personnages apparus dans A Study in Scarlet, qui n'ont que 28 ans lors de leur première rencontre. Rachel McAdams dans le rôle d'Irène Adler, n'a elle, rien du personnage évoqué dans Un Scandale en Bohème, son côté minette a pour effet d'annuler son caractère premier de femme fatale, on est bien Loin de Charlotte Rampling qui reste la meilleure incarnation de la seule femme qu'aie jamais aimé Sherlock Holmes (Sherlock Holmes in New York, 1976). Cet aspect "dépoussiéré" s'accompagne d'une intrigue totalement inédite, quelque peu convenue, mais qui laisse une grande part à l'action, obligeant nos personnages préférés à littéralement crapahuter dans Londres, nous laissant tout le loisir d'admirrer le travail fourni sur les décors.


S'il faut parler des décors, commençons par le 221B Baker Street, dont le plan sur le numéro nous sera servi à plusieurs reprise dans le film, comme pour nous rappeler que nous sommes bien là dans une adaptation de Sherlock Holmes. L'appartement, dans un désordre soigneusement organisé, pourrait exactement être celui d'un détective célibataire cocaïnoman qui classe ses dossiers en fonction de l'épaisseur de la couche de poussière qui s'y est accumulée. On pourra regretter que malgré une excellente réplique, Mme Hudson fasse elle-même partie du décor. Le film de Guy Ritchie frappe d'emblée par son esthétique très sombre, léchée au possible, d'un londres fin XIXème baignée de brume, déjà vu bien entendu, mais produisant toujours son petit effet. L'intrigue elle-même fonctionne selon des poncifs déjà vu et le sous-génie du mal, Lord Blackwood (dont le nom a dû exiger un effort surhumain d'originalité) qui nous est présenté n'est pas toujours convaincant, le personnage de Mark Strong, au delà de son ambition mégalomane, manque cruellement de personnalité. Heureusement que les "second rôles" viennent mettre un peu de piment dans l'intrigue, lors d'une scène de dîner avec Mary Morstan (Kelly Reilly) ou une entrevue avec Lord Coward (Hans Matheson).



Contre toute attente, Sherlock Holmes par Guy Ritchie est loin d'être détestable, film d'aventure esthétisant, hautement divertissant, plus proches du Secret de la Pyramide que de Meurtre par Décret, il offre une vision tendre, mais non dépourvue d'un certain cynisme, des personnages créés par Conan Doyle. On saluera au final le score intrigant de Hans Zimmer qui compose un "Sherlock Holmes' theme" au accents tziganes, au violon bien entendu !

31 janv. 2010

Sherlock Holmes et le Fantôme de l'Opéra


Roman de Nicholas Meyer, publié chez l'Archipel en 1995 (réédition poche en 2009). 248 pages.

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1891. Alors que toute l'angleterre le croit mort, Sherlock Holmes, s'est en fait mis en tête de découvrir Paris (où certains de ses ancêtres auraient vécu), et apprenant que l'orchestre du prestigieux Opéra Garnier recrute un violoniste, décide de tenter sa chance et se fait engager. Très vite il va découvrir que le palais Garnier est le théâtre d'évènement étranges, à commencer par le retour d'une certaine Irène Adler qui charge Holmes de protéger la jeune Christine Daaé. Mais il semblerait qu'un autre homme se soit mis en tête de protéger la jeune soprano et ce de façon radicale...
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Sherlock Holmes et le fantôme de l'opéra prend la suite logique de La Solution à 7% de Nicholas Meyer en extrapolant joyeusement les aventures de Holmes durant ses années de "disparition".
Ce qu'on peut dès les premiers instant remarquer, c'est que Nicholas Meyer ne se départ pas d'un certain humour dans le traitement de l'histoire de son personnage principal, jouant avec toutes les zones d'ombres et expliquant les tribulations d'édition que connurent ces manuscrits inédits du Dr Watson ou décrivant la nouvelle passion de Sherlock Holmes pour l'apiculture.
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La lecture se révèle très facile, peut-être un peu trop, car le rythme du roman suit presque à la lettre celui du Fantôme de l'Opéra de Leroux, et les 250 pages ne permettent certainement pas de développer suffisamment et Sherlock Holmes et le Fantôme. Cependant, on reconnaitra que l'utilisation de certains personnages, notamment la troublante Irène Adler est au service de l'humour et que certains passages se déroulant lors d'une expédition nocture au Père Lachaise ou dans le labyrinthe des sous-terrains du Palais Garnier aident à retrouver un peu de la noirceur du récit de Leroux, tout comme une confrontation finale qui se termine de façon surprenante (pas tant que ça finalement) - qui évoque le stratagème de Bob Garcia dans Duel en Enfer pour faire disparaître à jamais le corps de Jack l'Eventreur - sans pour autant assombrir un texte qui reste plutôt bon enfant. On s'amusera d'ailleurs beaucoup d'un clin d'oeil à Degas, lorsque qu'Irène affirme avoir reconnu Sherlock Holmes en la personne de l'un des violonnistes de la fosse sur une toile du peintre, ou de l'accent carricatural (euphémisme) de la Carlotta, ou encore des clins d'oeil malicieux de Holmes aux différents lieux ou il s'est pu trouver durant le grand hiatus.
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Au final plus holmesien que "fantomesque" (on aimerait réellement retrouver toute l'atmoshpère du roman de Leroux couplée à celle d'une enquête de Sherlock, mais on reste quelque peu sur sa faim), Sherlock Holmes et le Fantôme de l'opéra est une lecture délicieuse, indispensable à tout fan du détective et du Fantôme, mais qui aurait gagné à être beaucoup plus développée, surtout en ce qui concerne le "point d'orgue" un peu trop minimaliste.
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La critique de Clélie ici !

3 janv. 2010

Whitechapel ; Le Retour de Jack l'Eventreur




Réalisé par S.J. Clarkson en 2009.
Ecrit par Ben Court et Caroline Ip.

Avec : Rupert Penry-Jones, Phil Davis, Steve Pemberton, Sam Stockman, Sophie Stanton...

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Londres, 2008, quartier de Whitechapel, une série de meurtres atroces rappelle tristement ceux qu'à vu l'année 1888. La police songe à un simple copicat, mais c'est à un spécialiste qu'ils ont à faire, et peut-être même à l'éventreur lui-même tant le meurtrier s'arrange pour que l'affaire prenne les mêmes proportions qu'il y a 120 ans tout en restant tout à fait anonyme : Il veut réïtérer le même schéma, en se basant visiblement sur les meilleures théories...
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Produite à l'origine par Canival Films pour la chaine de télévision britanique ITV, la mini série Whitechapel (Le Retour de Jack l'Eventreur) a été diffusé sur Arte à deux reprises.
Produit télévisuel d'une grande qualité, Whitechapel, est bien sûr une réactualisation de l'enquête autour de Jack l'éventreur, prenant pour base l'apparition d'un "nouveau Jack" et entrainant les enqueteurs sur les traces de l'éventreur original pour comprendre le fonctionnement du tueur et la raison possible des meurtres qui n'auraient pas été commis au hasard, mais la série développe aussi une galerie de personnages très intéressant, à commencer par l'inspecteur Chandler (Rupert Penry-Jones), maniaque de la propreté pour qui c'est la première affaire sérieuse et Edward Buchan (Steve Pemberton), un ripperologue qui n'attend que de pouvoir se lancer sur les traces d'un imitateur aussi doué que le meurtrier actuel pour pouvoir en quelque sorte résoudre l'énigme qui le fascine tant.
Remarquablement bien écrite et prenant en compte des théories peu connues et très intéressantes sur l'identité du Ripper de 1888, la série est construite sur un suspens haletant en proposant des théories croisées sur le tueurs de 2008 et Jack l'éventreur ainsi qu'un ambiance glauque qui sied parfaitement à un possible retour du célèbre meurtrier.
Whitechapel bénéficie aussi de très bonnes interprétations et malgré une durée assez courte de 3H (3épisodes), elle s'inscrit facilement dans la lignée de séries comme Jekyll (produite par Hartswood films pour BBC One), la surpassant peut-être même à mes yeux. Bref, Le retour de Jack l'Eventreur vaut qu'on lui accorde le plus grand intérêt.

21 déc. 2009

The Undying Monster

Réalisé par John Brahm en 1942.
Avec James Ellison, Heather Angel, John Howard, Bramwell Fletcher, Heather Thatcher, Aubrey Mather, Halliwell Hobbes. D'après le roman de Jessie Douglas Kerruish.


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Une malédiction étrange semble planer depuis des siècles sur la famille Hammond dont les membres finissent tous par mourir prématurément des suites de l'attaque d'une créature étrange, c'est du moins ce que dis la légende, mais le Dr Colbert penche pour une tout autre théorie qui implique la lycanthropie...
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Produit par la 20th Century Fox en réponse au Wolfman d'Universal réalisé un an plus tôt par Georges Waggner, The Undying Monster (aussi connu sous le titre The Hammond Mystery) est la première incursion de John Brahm dans l'épouvante, suivront The Lodger (1944 avec Georges Sanders, Merle Oberon et Laid Cregar), fameuse adaptation du roman de Mary Belloc Lowndes sur Jack l'éventreur, et le superbe thriller Hangover Square (1945), bénéficiant d'un score mémorable de Bernard Herrmann.

John Brahm n'est certes pas parvenu à s'affirmer comme un auteur à la manière de Hitchcock, mais il a démontré à travers sa filmographie qu'il était un maître du suspens et avec The Undying Monster, il réalise une transposition du mythe du loup-garou tout en se démarquant radicalement du film de Georges Waggner qui restera LA référence en la matière.
Tourné dans des décors gothiques rappelant le superbe manoir de Manderley dans Rebecca de Hitchock ou la demeurre Baskerville dans le film de Terence Fisher, magnifiés par un noir et blanc à la photographie parfaite, l'intrigue de The Undying Monster se rapproche d'ailleurs des deux films sus-mentionnés pour donner au final un cross over inattendu entre Sherlock Holmes et Dark Shadows sur fond de lycanthropie lattente.
Dans le même ordre d'idée on remarquera que le duo d'agents de Scottland Yard, Robert Curtis et son assistante Christy se rapprochent d'un Holmes facétieux et d'un (ou une) Watson survoltée.
Plus orienté vers le suspens que vers l'action, The Undying Monster ne nous gratifie pas d'une scène de transformation comme The Wolfman et préfère jouer la carte du mystère jusqu'à la toute fin, ce qui rend le film quelque peu bavard et entrave l'approfondissement de la psychologie de certains personnages, du loup-garou surtout.
Techniquement irréprochable, le film de John Brahm a beau présenter des cadrages intéressants (notamment un point de vue depuis l'intérieur d'une cheminée qui sera repris par Corman 20 ans plus tard), de magnifiques décors, des personnages attachants (Heather Angel dans le rôle d'Helga Hammond) et un huis-clos qui fonctionne à merveille, il peine tout de même à passer pour autre chose qu'une belle série B.
Il en reste une réussite gothique indéniable qui ravira les amateurs du genre et que tout cinéphile doit absolument découvrir même si on préfèrera aisément The Wolfman (1941) dont le remake est d'ailleurs attendu pour février 2010.

30 nov. 2009

Le Chien des Baskerville (1983)

Réalisé par Douglas Hickox en 1983.
Avec : Ian Richardson, Donald Churchill, Denholm Elliott, Glynis Barber, Ronald Lacey, Martin Shaw...

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Sherlock Holmes reçoit à Bakerstreet la visite du Dr Mortimer qui vient l'entretenir des étranges évènements qui entourent la mort de Sir Charles Baskerville... Un manoir perdu dans la lande, des marécages, une malédiction ayant pour objet un chien monstrueux... exactement ce qu'il fallait à Holmes pour se changer les idées !
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Produite en 1983 pour la télévision, cette version du Chien des Baskerville, bénéficie certes d'un casting intéressant, mais ne présente rien de nouveau sous le soleil. En effet sans être une déception, il s'agit là d'une retranscription relativement fidèle, relativement bien jouée du célèbre roman de Conan Doyle.
Ce qui frappera d'emblée, c'est le thème composé par Michael J.Lewis, qui évoque plus un film d'aventure qu'une enquête holmesienne, cette musique, excellente au demeurant est un peu trop présente et tend à faire oublier le caractère gothique de la trame. L'ambiance en est quelque peu altérée alors que les décors participent à rappeler le film de Terence Fisher (1959) ce qui n'est pas pour servir ce téléfilm qui ne tient certainement pas la comparaison avec le chef-d'oeuvre de la Hammer.
Au niveau du casting, qui est intéressant donc, Ian Richardson est un choix des plus pertinent, bien que son interprétation de Holmes soit des plus classiques, beaucoup trop pour être retenue même si le physique de l'acteur est très proche de l'idée qu'on se fait habituellement du personnage. Donald Churchill quant à lui semble s'évertuer à reprendre la partition immortalisée tristement par Nigel Bruce dans les années 40, celle d'un Watson assez bedonnant et quelque peu crétin... nous voila face à un duo bien carricatural, mais fort plaisant car l'humour n'est jamais bien loin. Le reste du casting suit, toujours intéressant mais jamais brillant, on a connu Glynis Barber plus à l'aise et plus naturelle, la pauvre femme semble jouer comme si elle était continuellement constipée, Denholm Elliott et Ronald Lacey aussi d'ailleurs à croire qu'il y a eu un virus sur le tournage, ou une odeur étrange, tant tous les interprètes semble constamment mal à l'aise.
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Mais passant sur ces détails, préférons nous tourner vers les qualités esthétiques de cette production qui sont louables, les lents travellings sur la lande brumeuses accompagnés de la bande son onirique de Lewis parviennent à nous plonger entièrement dans une intrigue vue et revue, et le montage très efficace lors des attaques du chien redonne un peu de piment à l'ensemble. On appréciera aussi les magnifiques intérieurs du manoir Baskerville et les costumes créés par Julie Harris.
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Pour être bref, cette adaptation du Chien des Baskervilles de Sir Arthur Conan Doyle peine à briller et on lui préfèrera inévitablement la version de 1959 avec Peter Cushing, ou celle plus récente de 2003 avec Richard Roxburgh, mais elle reste un divertissement de qualité, production honnête bénéficiant d'interprètes honnêtes, de beaux décors et de beaux costumes et d'une relative éfficacité pour ceux qui n'auraient jamais ni lu, ni vu The Hound of The Baskervilles.

28 oct. 2009

Les Vampires (1956)

Réalisé par Mario Bava et Ricardo Freda en 1956.
Avec :Gianna Maria Canale, Dario Michaelis, Carlo D’Angelo, Wandisa Guida, Angelo Galassi, Renato Tontini, Antoine Balpêtré, Paul Muller...

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Paris, 1956 - Le corps d'une jeune femme est retrouvé exsangue dans la scène. Pour la presse à sensation, il ne fait aucun doute que c'est là un nouveau crime perpétré par le tueur en série surnommé Le Vampire. Pierre Lantin, journaliste, n'hésite pas à marcher sur les platte-bandes de la police pour tenter d'élucider l'enquête. Le zèle du jeune homme déplait au chef de la police et le patron du journal interdit à Lantin de rester sur l'affaire, l'obligeant à écrire un papier sur le bal donné par Gisèle Du Grand et auquel il est par ailleurs convié. Malheureusement, Giselle, malgré sa beauté, ses titres, et le château de sa famille, ne plait guère à Pierre. Un signe du destin, puisqu’autrefois, la Duchesse Marguerite Du Grand éprouva un amour fou pour le père du journaliste ; un amour qui, lui aussi, n’était pas réciproque…
I Vampiri, est un film marquant dans l'histoire du cinéma, on peut en effet dire qu'il s'agit du premier film d'épouvante Italien (le genre étant interdit auparavant en Italie), ainsi que du seul film d'horreur néo-réaliste qui soit, selon Jean Pierre Dionet, ayant ouvert la voie du gothique fantastique au cinéma italien. Sans entrer dans les détails de ces répercussions, Les Vampires est avant tout une oeuvre splendide malgré les difficultés du tournage :
Ricardo Freda quitte le plateau suite à une crise contre la production, laissant le film inachevé, et inexploitable (pour cause, il en manque plus de la moitié). C'est à Mario Bava que revient la tache d'achever le film, lui qui n'a encore aucun long métrage à son actif et à qui ne dispose plus que de 3 jours. Heureusement, le directeur de la photographie (c'est ainsi qu'il est crédité au générique) a plus d'un tour dans son sac.
Mario Bava est un réalisateur de talent et un auteur fascinant à plus d'un titre, Les Vampires, dont il peut assumer en grande partie la paternité le prouve à chaque instant. Tourné tantôt dans des décors se voulant réalistes d'un Paris fantasmé (il ne s'agit que de surimpressions de monuments parisiens en arrière plan des ruelles de Rome), tantôt dans des décors gothiques (crypte, Château etc...) qui peupleront bientôt les chef-d'oeuvres de Bava (Le Masque du Démon, le corps et le Fouet et Opération peur, pour n'en citer que 3), il distille une atmosphère d'une rare élégance, magnifiée par un noir et blanc superbe et par une photographie exemplaire.
Evoluants dans ces décors, des personnages typés de films noirs nous sont peu à peu dévoilés, tournant autour du couple phare et impossible : Le journaliste en imperméable clair, Pierre Lantin et la femme fatale à la cigarette, Gisèle Du Grand.
Leur situation est dangereuse, Gisèle est éperdument amoureuse de Pierre, comme Margueritte sa tante, était amoureuse de son père. Si la situation est dangereuse, c'est bien parce que c'est Gisèle qui est amoureuse, elle qui n'a qu'une peur, vieillir et qui est toujours rejetée par l'homme qu'elle aime, comme sa tante fut rejetée par celui qu'elle aimait.
Ces similitudes vont conduire Paul, mais surtout le spectateur à soupçonner l'horrible vengeance qu'accomplit Gisèle, non sur Pierre mais sur le temps...


Le film est dominé par l'éblouissante et terrifiante prestation de Gianna Maria Canale (l'épouse de Ricardo Freda) dans un double rôle tragique qui donne au film une ampleur qu'on retrouvera dans très peu de films sur le sujet et qui permet à Bava une très belle reflexion sur la perversité du cinéma, qui aime mettre ses personnages déchéants face à leur propre image.


Autour de la scène du miroir

(le texte qui suit contient d'importantes révélations sur l'intrigue)

La scène la plus mémorable du film reste sans conteste celle ci : Gisèle, après le bal, allume une cigarette et enclenche un phonographe, puis s'admirant dans le miroir répète "Je suis belle", comme pour se convaincre que ça ne changera pas et soupir "Pierre".
Elle est interrompu par l'arrivée d'un homme qui n'est pas Pierre et qui dit l'aimer.
le début de la scène semble hors du temps : Gisèle est masquée par la fumée de sa cigarette, comme derrière un voile de brume qui la coupe du monde réel, impression renforcée par la musique diégétique, qui s'arrêtera lors d'un brusque retour à la réalité.
Lorsque Margueritte fait son apparition, la transition est fluide (le génie d'un maquillage très simple) et les deux femmes apparaissent successivement dans le même plan, l'arrêt de la musique souligne le changement. Margueritte tue le gêneur puis se dirige à nouveau vers le miroir revolver à la main.

le reflet qui jusqu'ici nous avait été caché nous apparait dans un cruel contre champ et le "je suis belle" de départ devient "je te hais" avant que la vampire ne supprime cette image d'elle-même que lui renvoie le miroir. Elle hais cette autre qui est vieille et qui donc n'est pas elle, elle ne vit que lorsqu'elle est Gisèle, elle ne vit qu'hors du temps.

Il n'est pas nécessaire que nous soit montré le visage de Gisèle rajeunit, puisque pour elle, c'est sa véritable image qu'elle voit et face à laquelle elle emploie la première personne: "je". Alors que le reflet de Margueritte lui apparait comme celui d'une étrangère, non qu'elle ne la connaisse pas, elle ne la connait que trop bien, mais refuse de partager son physique avec cette vieille femme incapable de séduire l'homme qu'elle aime. Tirer sur le miroir après avoir crié à cette autre "je te hais" est une manière d'annuler cette ressemblance, de faire disparaitre Margueritte.
Ce reflet à pour nous une fonction révélatrice : avec l'arrêt de la musique la scène s'est à nouveau ancrée dans la réalité et avec cette réalité c'est le véritable visage de Gisèle qui réapparaît, beaucoup plus insistant que celui qu'elle voudrait conserver.

La destruction de cette image de Margueritte par Gisèle préfigure la fin du personnage, lorsqu'une dernière fois, l'éphémère Gisèle reprendra les traits de la duchesse qui la trahiront et la conduiront à sa perte : La victoire du temps sur cette comtesse Bathory moderne.

18 oct. 2009

Anno Dracula


Roman de Kim Newman, publié en 1992.
Avon Books (fiction) n°72345.
403 pages.
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1992, grande année pour un certain vampire, c'est en effet l'année de la sortie du fameux Bram Stoker's Dracula de F.F. Coppola. Les années 90 dans leur globalité ont été une décénie intéressante pour le vampire puisque, plus que les films, les romans autour du personnages ont été somme toute prolifiques. On peut citer en vrac la saga de Fred Saberhagen, débutée avec Les Confessions de Dracula (suivront Les dossiers Holmes/Dracula et une floppée d'autres), l'excellente sequelle de Freda Warrington, Le Retour de Dracula, ou encore le pastiche savoureux de Tony Marks, L'Autre Dracula. Ces romans sont aujourd'hui malheureusement de grands oubliés de nos librairies (même si la sortie récente de Dracula The Un-Dead, par Dacre Stoker va peut-être changer la donne) et Anno Dracula ne fait pas exception !
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Nous sommes en 1888, et l'Angleterre est sous le joug d'un nouveau prince consort, en effet la Reine Victoria est l'épouse du Prince Vlad Tepes, connu dans toute l'Europe sous le nom de Comte Dracula ! L'ère des vampires est arrivée, une ère de décadence et d'oppression dont le symbole radicale est la tête d'Abraham Van Helsing...au bout d'une pique, pourrissant devant Buckingham Palace. Mais tandis que Londres sombre peu à peu dans les ténèbres, un minutieux tueur en série s'applique à dépeupler les bouges de Whitechapel en éventrant les prostituées...l'affaire semble assez banale jusqu'à ce qu'un message à la craie apparaisse sur l'un des murs d'une ruelle "Vampires will not be blamed for nothing" dès lors, l'affaire recquiert l'intervention des services secrets, menés par un Mycroft Holmes désabusé.
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Voila pour la petite histoire, un pitch intéressant pour un cross over sinon maintes fois vu, maintes fois fantasmé. Mais en dehors des grandes lignes qui revisitent la chûte de Dracula et les évênement de 1888, qu'offre réellement Anno Dracula ?
Kim Newman, dandy des temps modernes ancien artiste de cabaret et spécialiste des vampires sous toutes leur formes réussit à nous emmener dans un londres ténébreux plus vrai que nature et à nous faire cottoyer les protagonistes les plus connus du monde littéraire de l'époque, auteurs comme personnages, c'est ainsi qu'on croisera le temps d'une reception Florence Stoker, veuve de l'opposant Bram Stoker, riant flûte de champagne à la main, d'un trait d'humour piquant de Lord Godalming, ce cher Arthur que nous avions quitté chaud et que nous retrouvons froid comme la mort mais toujours aussi vif, pour une petite autopsie, ça sera avec le taciturne et frèle Dr Jekyll qui partage un antique laboratoire avec le Dr Moreau, on retrouvera dans les bureaux de Scotland Yard l'inspecteur Abberline désemparé, Sir Charles Warren qui risque sa tête et qui passe ses colères sur un Lestrade "jeune-vampirisé", un Dr Seward Nevrosé, et le temps d'une entrevue à Buckingham palace, un Josef Merrick effacé, Une veuve Harker qui s'est plutôt bien remise, Un prince Consort féroce et une reine qu'on sort, littéralement.
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Inutile de vous préciser que les choses vues sous cet angle rendent la lecture savoureuse sans que pour autant le tout paraisse trop léger. Kim Newman ne propose pas une telle galerie de personnages pour rien et l'utilise au mieux, même si certaines figures sont par trop sous-employées. En plus de ses figures connues, il est agréable de découvrir de nouvelles têtes avec Charles Beauregard, employé par la Diogènes Society et surtout, le personnages le plus remarquable du roman, Geneviève Dieudonné, une "ancienne" plutôt avant-gardiste, élégante et petillante, si vivante qu'elle parait traverser les pages !
Avec le personnage de Dracula, Newman réussit un petit tour de force, car la figure malfaisante est presque absente de l'intégralité du livre, mais elle est sans cesse suggérée et l'oppression qui règne dans Londres est la digne conséquence des menaces apocalyptiques proférées par le comte dans le roman de Stoker.
Il serait dommage de divulguer un quelconque pan de l'intrigue tant toutes les surprises que recèle Anno Dracula sont délicieuses et souvent d'une extraordinaire complexité, depuis la révélation concernant l'identité de coupable jusqu'à une foule de références qui feront la joie des amateurs de littérature et de cinéma vampirique !
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Anno Dracula est un véritable roman gothique, sombre et remarquablement écrit, d'autant plus remarquable qu'il s'affranchit du style épistolaire du Dracula de Stoker, duquel tant d'auteurs s'étant essayés à l'exercice n'ont pas su se détacher : Un magnifique hommage et un premier tome brillant pour une trilogie trop peu connue.